La clémentine corse renaît grâce à ses producteurs

15 mars 2018 / Maxime Bergonso (Campagnes solidaires)

En Corse, la culture de la clémentine est en plein renouveau. À l’origine de cette réussite, un cahier des charges garantissant la qualité du fruit, et surtout la capacité des producteurs à s’auto-organiser tout au long de la filière.

La clémentine corse revient de loin. Dans les années 1990, les productrices et les producteurs n’ont pas échappé à la concurrence impitoyable engendrée par le dogme libéral suivi par la Commission européenne. La concurrence espagnole a provoqué de sérieux dégâts dans la filière. Pour Jean Paul Mancel, président de l’Association de promotion et de défense de la clémentine corse (Aprodec) : « Le verger a diminué de moitié à cette période : sur les presque 3.000 hectares de verger d’il y a 25 ans n’en restent aujourd’hui que 2.000, dont 1.300 en indication géographique protégée (IGP). [1] » La filière commence cependant une lente renaissance.

Ce fruit porte en lui une partie des troubles méditerranéens du vingtième siècle. Il est ainsi nommé en l’honneur du frère Marie-Clément, membre de la congrégation du Saint-Esprit, qui le découvre en 1883 près d’Oran, en Algérie, alors colonie française. Ce n’est que bien plus tard, lors de l’arrivée des pieds-noirs en Corse, que le fruit se développera dans la plaine orientale de l’île. Au début des années 2000, une réflexion est lancée par l’Aprodec pour mettre en place un signe de qualité et mieux valoriser les caractéristiques organoleptiques de la clémentine corse. Un cahier des charges est rédigé : une culture à moins de 15 km de la mer pour bénéficier de son influence climatique, une absence de traitement chimique post-récolte (coloration, conservation) et un fruit récolté avec la feuille pour en garantir la fraîcheur.

Calibrage des clémentines au centre de conditionnement et d’expédition d’Agrucorse, à Folelli, dans le nord de la plaine orientale corse.

Pour autant, les productrices et les producteurs se sont rapidement rendu compte que pour peser sur le marché et dépasser les contraintes de l’insularité, un signe de qualité ne suffisait pas. Plusieurs organisations de producteurs (OP) ont été mises en place, comme Terre d’agrume, reconnu par le ministère de l’Agriculture. Cette OP permet de regrouper suffisamment de productrices et de producteurs pour peser dans les négociations commerciales, en maintenant un nombre d’adhérent·es et une aire géographique cohérents, ainsi qu’un cahier des charges qualitatif, afin d’éviter les travers que connaissent de nombreuses OP en fruits et légumes sur le continent. Pour Laurent Gerandi, paysan et gérant de l’OP : « Les producteurs ont l’avantage d’avoir une période de récolte de neuf semaines ainsi qu’un produit de qualité, avec une offre limitée, ce qui garantit un rapport de forces équilibré. » L’organisation apporte également un appui technique et travaille au respect du cahier des charges de l’Aprodec.

« On est passé du désespoir à la perspective »

Les contraintes logistiques sont lourdes : il faut être sur les étals au plus tard quatre jours après la récolte, le produit ayant une durée de vie courte. C’est en partant de ce constat que cinq paysans, convaincus que l’agrume corse avait de l’avenir, ont créé il y a dix ans Agrucorse, une société qui se charge du conditionnement, de la vente et de l’expédition des fruits. L’objectif de ces cinq précurseurs était à la fois de tirer un maximum de valeur ajoutée de leurs produits mais aussi d’attirer vers leur démarche d’autres producteurs. Aujourd’hui, ils sont une trentaine à passer par les services d’Agrucorse. Mathieu Donati, le directeur de la société, est fier d’afficher un chiffre d’affaires en constante augmentation : « Il est passé de 3 millions à 13 millions d’euros en l’espace de dix ans. Ceci dit, notre objectif n’est pas tant d’augmenter les volumes, mais plutôt les prix. » Avec ces 5.000 tonnes expédiées par an, Agrucorse représente aujourd’hui 20 % du marché de la clémentine corse. « On est passé du désespoir à la perspective », conclut Mathieu Donati. Une perspective solidement adossée à un outil de transformation, réellement contrôlé par des paysans.

Pour Paul-André Fluxia, porte-parole de Via campagnola, syndicat corse membre de la Confédération paysanne, le travail des arboriculteurs et des arboricultrices qui consiste à se réapproprier leur métier et à mettre en valeur les caractéristiques spécifiques de leurs produits est une tendance qui se développe parmi les paysan·nes corses. De nombreux projets, notamment de jeunes installé·es, passent par une meilleure valorisation qualitative et commerciale des produits. Dans un contexte économique et politique extrêmement mouvant, ils et elles ont fait le choix d’enraciner leur démarche et son succès dans un terroir.




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[1L’indication géographique protégée (IGP) est un signe d’identification de l’Union européenne d’origine et de qualité qui permet de préserver les dénominations géographiques contre les usurpations et imitations, et aide les consommateurs à déterminer l’origine d’un produit agricole alimentaire quand il tire une partie de sa spécificité de cette origine.


Source : Article transmis amicalement à Reporterre par Campagnes solidaires.

Photos :
. chapô : Clémentine de Corse
. conditionnement : © Campagnes solidaires

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