La culture de cannabis a un bilan écologique désastreux

27 mars 2014 / Zamnesia



La culture du cannabis se développe rapidement aux Etats-Unis. A un coût énergétique très élevé : jusqu’à 1 % de l’électricité totale du pays !


Notre bien-aimée plante verte n’est pas si verte après tout. Du moins, lorsqu’on s’intéresse à l’impact sur l’environnement de la culture en intérieur. En considérant l’énergie nécessaire pour rendre les plantes heureuses, on observe qu’un kilogramme de têtes produit trois tonnes de CO2.

C’est assez important, surtout si l’on considère les coûts associés. Il a été calculé que la production et la distribution de toute cette herbe coûte environ cinq milliards de dollars par an, seulement pour les États-Unis.

La culture de cannabis devient très importante

Cultiver du cannabis en intérieur ne se pratique pas depuis très longtemps, c’est un développement récent largement soutenu par la prohibition. Comme il est difficile de cacher des cultures importantes dans un champ ou une forêt, la production a été déplacée en intérieur, où elle est beaucoup plus facile à cacher.

En raison du secret des opérations et de leur nature illégale qu’il est très difficile de quantifier l’impact de la culture. Ce n’est que maintenant que des chiffres deviennent disponibles.

Alors que la réforme des politiques sur le cannabis se répand dans le monde, la culture du cannabis devient une industrie encore plus importante qu’elle ne l’était dans l’illégalité. De plus en plus d’opérations de culture à grande échelle autorisées surgissent, consommant des quantités d’énergie en augmentation, sans parler du fait que la légalisation et la décriminalisation permet aux patients de cultiver par eux-même légalement pour une consommation personnelle dans plusieurs États et pays.

Les effets peuvent facilement être constatés dans des régions où des opérations de culture de cannabis à grande échelle ont lieu. Un bon exemple est le comté d’Humbolt en Californie. Depuis que la culture du cannabis médical y a été légalisé en 1996, le comté d’Humbolt a connu une augmentation de 50 % de la consommation résidentielle d’énergie en comparaison avec les autres régions.

En Californie, plus de 400 000 personnes ont le droit de cultiver du cannabis, et ce nombre est en constante augmentation. En se basant sur le nombre de consommateurs, il a été estimé que 17 000 tonnes de cannabis ont été produites en 2011 en Californie, dont le tiers en intérieur. Ce nombre ne peut qu’augmenter avec la vague actuelle de tolérance du cannabis, de décriminalisation et de légalisation. Il fait du cannabis la première culture des États-Unis en valeur.

Des équipements de cultures gourmands en électricité

Les espaces de culture en intérieur, surtout ceux des professionnels, utilisent beaucoup d’équipement gourmands en électricité pour améliorer les rendements et assurer un fonctionnement sans accrocs. Ils nécessitent un éclairage à haute intensité, des humidificateurs et déshumidificateurs, des systèmes avancés de ventilation, des chauffages et des appareils de contrôle de la température, des émetteurs de dioxyde de carbone, des systèmes d’irrigation, de contrôle des odeurs, de l’air conditionné pour éliminer la chaleur résiduelle, et des générateurs d’électricité supplémentaires pour que la facture d’électricité reste normale (dans le cas des cultures illégales).

Bien sûr, toutes les salles de culture n’ont pas tous ces équipements, mais ils ne sont pas rares dans les laboratoires avancés et les installations professionnelles.

En se basant sur ces facteurs, un petit espace de culture mesurant 1,2 x 1,2 x 2.4 mètres consommera 13 000 Kwh (kilowatt-heure) d’électricité par an. Si on considère que beaucoup de cultures professionnelles peuvent facilement occuper dix fois plus d’espace, les coûts s’additionnent, financièrement et pour l’environnement.

Il est estimé qu’aux États-Unis, la quantité d’énergie utilisée pour cultiver du cannabis en intérieur (y compris l’électricité volée au réseau) est d’environ vingt térawatts par an, environ un pour cent de la consommation électrique de tout le pays, et assez pour alimenter vingt millions de foyers. Ceci produit dix-sept millions de tonnes de dioxyde de carbone en un an rien qu’aux USA, l’équivalent de l’utilisation de trois millions de voitures américaines moyennes en un an.

Un joint émet comme une ampoule allumée pendant dix-sept heures

Décomposer ces chiffres dans un joint est assez révélateur. Un joint roulé avec du cannabis cultivé en intérieur aux États-Unis a provoqué l’émission d’un kg de dioxyde de carbone, soit l’équivalent d’une ampoule de cent watts allumée pendant dix-sept heures.

Produire un kilo de cannabis en intérieur créée trois tonnes d’émissions de dioxyde de carbone, l’équivalent de cinq traversées des États-Unis avec une voiture 44 mpg (mile per gallon). Un espace de culture de 1,2 x 1,2 x 2.4 m utilise le double de l’électricité consommée par un foyer américain moyen, et c’est le triple en Californie, l’équivalent de l’utilisation de trente réfrigérateurs.

Il faut aussi noter que les coûts en énergie et les émissions de dioxyde de carbone nécessaires pour produire les engrais, l’eau, l’équipement et les matériaux de construction utilisés dans la culture du cannabis en intérieur ne sont pas pris en compte dans ces calculs.

On peut écologiser la culture !

La grande majorité de ces coûts et émissions peuvent être réduites jusqu’à 75 pour cent. Très peu de considérations lors de la conception d’un espace de culture sont portées aux coûts, car l’accent est plutôt mis sur la sécurité et la discrétion, aux dépens de l’efficacité énergétique. Si des pratiques similaires à celles des serres professionnelles étaient utilisées dans la culture du cannabis en intérieur, l’utilisation d’énergie serait grandement réduite.

Pour une opération à grande échelle, une planification sérieuse des questions énergétiques pourrait rapidement provoquer des économies à hauteur de 25.000 dollars par an, et une réduction significative des émissions de carbone.

Toutefois, les meilleurs pratiques et les solutions les plus élégantes sont également les plus simples : cultiver simplement en extérieur à nouveau. Le passage de la culture de cannabis de l’intérieur vers l’extérieur élimine la plupart des coûts dans leur ensemble (sauf les coûts de transport).

De plus, comme le cannabis capture le CO2, tout le processus pourrait devenir neutre en bilan carbone. Évidemment il existe de bons arguments en faveur de la culture en intérieur, tels le contrôle du climat et la fréquence des récoltes. Mais d’un autre côté, avec une bonne planification, de grandes quantités peuvent être récoltées à peu de frais environnementaux et financiers.

C’est une option qui vaut le coup d’être considérée, surtout si vous vivez dans une région dont le climat permet la culture naturelle du cannabis. Les cultures légales pourraient économiser tout en réduisant fortement leur impact environnemental en cultivant en extérieur, et ceci pourrait ouvrir la voie pour une culture écologique plus répandue.

L’industrie du cannabis est en croissance, et c’est dans l’intérêt de tous de considérer les coûts cachés de la culture de cannabis en intérieur. Agir pour minimiser la perte d’énergie peut être d’une grande aide pour rendre la culture de cannabis plus durable.




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Source : Zamnesia, traduit par Elisabeth Schneiter pour Reporterre.

Photos :
. chapô : Zamnesia
. culture en intérieur : lefigaro.fr
. culture en extérieur : Cannaweed.

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