La justice s’acharne contre les militants du climat à Nancy

Durée de lecture : 3 minutes

13 mai 2019



« Ce matin [9 mai 2019], Florent Compain, président des Amis de la Terre France, a été convoqué au poste de police pour se faire remettre une convocation devant le tribunal correctionnel de Nancy. Cela fait suite à la convocation de Denys Crolotte, du Mouvement pour une Alternative Non-violente, à qui on a remis les mêmes documents.

La Marche pour le Climat qui s’est tenue le 8 décembre à Nancy et qui a réuni 1.500 personnes sans le moindre incident avait été interdite par le préfet sur des motifs plus que discutables. À la fin de cette marche, Florent Compain et Denys Crolotte avaient été placés 21 heures en garde à vue, provoquant un large mouvement de soutien de nombreuses personnalités et organisations sur l’ensemble du territoire. Localement, des délibérations de soutien demandant l’absence de poursuites ont été prises par les communes de Vandoeuvre, Damelevières ou encore par le Conseil Départemental.

« Une atteinte extrêmement grave au droit fondamental que constitue la liberté de manifester »

Ces gardes à vue ont été décidées dans le cadre d’une enquête en flagrance, requalifiée en enquête préliminaire à leur sortie de garde à vue. On pouvait penser que cela allait en rester là. Or, il n’en est rien, le procureur a décidé de les poursuivre. Cela constitue une atteinte extrêmement grave au droit fondamental que constitue la liberté de manifester, des poursuites à l’encontre des organisateurs n’ayant jamais eu lieu sur un tel motif.

Alors que Florent Compain et Denys Crolotte ont répondu systématiquement qu’ils n’avaient rien à déclarer à l’ensemble des questions qui leur ont été posées à l’occasion de leur garde à vue, le procureur leur propose de « bénéficier » de la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité au motif : « Qui a reconnu lors de ses précédentes auditions les dits faits qui lui sont reprochés ». La convocation dans le cadre de cette procédure de plaider coupable est fixée le 19 novembre 2019. Cette procédure sera bien évidemment refusée, car c’est bien sur le fondement de cet arrêté préfectoral qu’il faut revenir et qui constitue une atteinte grave à la liberté de manifester. Le procès qui s’ensuivra aura donc lieu le 27 février 2020 à 8h30.

Suite à l’interdiction prise par le préfet le 7 décembre à 16 h, 85 personnes s’étaient déclarées publiquement co-organisatrices de cette manifestation.

On peut s’interroger sur l’acharnement à poursuivre ces deux co-organisateurs alors que le 26 janvier, 106 personnes s’étaient présentées au commissariat de police pour se dénoncer comme co-organisateur.trice.s ou comme participant.e.s à cette manifestation. Le poste de police avait alors été fermé et il leur fut impossible de pouvoir déposer leur témoignage.

Suite à cela, ce sont 146 personnes qui ont déposé la déclaration de manifestation en format géant à la préfecture pour la Marche pour le Climat du 16 mars. Encore une fois, elle s’est déroulée dans une ambiance festive et 100 % non-violente et a réuni 4.500 personnes, fait historique à Nancy.

Face à l’urgence climatique et à l’effondrement de la biodiversité et au vu du fait que le 8 décembre, ce sont 135 villes qui se sont mobilisées sans interdiction, nous ne pouvons considérer que cela s’apparente à une quelconque forme de justice. Nous nous mobiliserons encore et nous montrerons que notre action était et est plus que jamais légitime. »

  • Source : Courriel à Reporterre
  • Florent Compain et Denys Crolotte devant l’hôtel de police en décembre 2018 (©Franck Depretz/Reporterre)




Lire aussi : La garde à vue du président des Amis de la terre : « Les ordres venaient d’en haut »


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