La lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires s’amplifie à Bure

Durée de lecture : 5 minutes

20 février 2017 / Sébastien Bonetti (Reporterre)

Des centaines d’opposants au projet Cigeo d’enfouissement des déchets nucléaires ont convergé à Bure samedi 18 février. Reportage photos.

  • Bure (Meuse), reportage

C’était le moment pour les hiboux de Lorraine et de France, les opposants à Cigeo, projet d’enfouissement des déchets nucléaires, de sortir du bois Lejuc pour montrer leur détermination. Et ils l’ont fait en nombre ce week-end. Le 22 février, le tribunal de Bar-Le-Duc doit rendre son jugement sur l’expulsion des occupants cette forêt visée par l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) pour y faire les futurs puits de ventilation de Cigeo. Six jours plus tard, le tribunal administratif pourrait remettre en cause la propriété de l’Andra sur le bois, le rapporteur public ayant souligné des vices de procédure dans la délibération du conseil municipal de la commune de Mandres-en-Barrois, propriétaire du bois.

Il était donc l’heure pour les manifestants (masqués pour tenter d’éviter la répression) de montrer leur détermination. Et ce fut fait avec brio.

De nombreux manifestants portaient un masque de hibou

Un foule hétéroclite et colorée de près de 700 personnes a en effet convergé vers le bois Lejuc samedi 18 février où différents « animations-ateliers » les y attendaient. Avant de prendre la direction de l’Ecothèque (bâtiment où l’Andra conserve des échantillons d’espèces locales). Après avoir mis à terre une partie des grillages déjà endommagés lors d’une action quelques jours auparavant, des affrontements ont eu lieu avec les gendarmes mobiles et des barricades ont été érigées.

« Nous vivons un moment crucial, où nous pouvons consolider notre puissance ou subir des revers, au regard des échéances juridiques commentaient Michel et Sylvie au moment de regagner samedi soir la maison de résistance à Bure. Et la destruction des grilles de l’Ecothèque, lieu où l’Andra affirme (aux centaines d’enfants et adultes qui s’y rendent) qu’elle protège l’environnement et notamment la forêt, alors qu’elle a défriché illégalement le bois Lejuc l’été dernier et envisage d’en raser une bonne partie pour ses installations nucléaires, n’est que l’expression d’un ras-le-bol. Cette énergie nous a été imposée, tout comme ce laboratoire et ce projet Cigeo. Il est donc légitime que cette colère s’exprime. »

« Ici, que ce soit dans une cabane en haut d’un chêne centenaire, à la maison de résistance, dans une caravane retapée, dans des maisons peu à peu habitées et dans tous les autres espaces dans lesquels nous mettons notre amour, nous voulons devenir un point de ralliement contre la poubelle nucléaire, un espace de convergence contre toutes celles et ceux qui veulent mettre au pas nos existences au nom du fric, du contrôle social, ou des frontières. Nous voulons faire de Bure un lieu où il fait bon vivre et s’organiser, là où l’Andra mise sur 150 ans de nettoyage par le vide. »


Plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux locaux et anciens d’une lutte vieille de plus d’un quart de siècle, ont grossi les rangs samedi vers le bois Lejuc, qu’elles comptent bien défendre. « Ca faisait très très longtemps qu’on avait pas vu autant de monde », se réjouissaient des habitants du territoire.

Des dizaines de gendarmes mobiles ont tenté de barrer la route aux manifestants, décidés à rejoindre les installations de l’Andra. Malgré l’utilisation d’un nombre très important de grenades de désencerclement ou lacrymogènes, ils n’ont pu empêcher la destruction des grilles de l’Ecothèque.

Attaque des grillages entourant l’Ecothèque

Ils ont blessé plusieurs manifestants avec leurs grenades, puis procédé à quatre interpellations, avant de sonner la charge à la tombée de la nuit, après plusieurs heures d’affrontements. Il s’en est fallu de peu pour que le cortège fasse plusieurs percées. A noter que l’Ecothèque avait déjà été l’objet d’une action deux jours plus tôt. « Cet endroit est le summum de l’hypocrisie et du mensonge de l’industrie du nucléaire et de l’Andra, qui prétend à ceux qui s’y rendent qu’elle préserve l’environnement », expliquait Gilles, l’un des hiboux.

Samedi, une fois dans le bois Lejuc « encore et toujours libéré des gendarmes et de l’Andra », dixit un Camille, mais aussi tout au long de la journée de dimanche, les hiboux ont renforcé les barricades.

Car ces dernières sont attaquées depuis quelques semaines, les représentants de l’agence effectuant quelques visites dont certaines ont failli virer au drame, comme lorsqu’un ingénieur a aspergé d’essence des militants. Qu’allait-il faire s’il n’avait vu la caméra en train de le filmer ? (voir la vidéo ici).

Des rubans jaunes, couleur du collectif Bure stop, ont été accrochés aux arbres pour les protéger symboliquement, les pans du mur de béton détruit l’été dernier ont été colorés, et des concerts ont fait danser jours les présents.

Moment fort de la journée de samedi, les prises de parole ont permis de faire circuler les infos sur la lutte à Bure et ailleurs (rassemblement antinucléaire les 11 et 12 mars à Strasbourg, etc.), et aux hiboux de crier : « Gardez vos déchets, nous gardons la forêt. Andra dégage, résistance et sabotage ! »


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Lire aussi : À Bure, la lutte s’envole joyeusement contre la poubelle nucléaire

Source : Sébastien Bonetti pour Reporterre

Photos : © Sébastien Bonetti/Reporterre

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