La moitié de nos aliments contiennent du glyphosate, constate une étude

14 septembre 2017 / Marie Astier (Reporterre)



L’ONG Générations futures révèle dans un rapport publié ce jeudi que plus de la moitié d’aliments du quotidien testés recèlent du glyphosate. Début octobre, les États-membres de l’Union européenne doivent discuter de la prolongation ou non de l’autorisation de cet herbicide, composant majeur du Roundup de Monsanto.

Trente échantillons d’aliments du quotidien, et plus de la moitié subtilement épicés au glyphosate… C’est le résultat du rapport dévoilé aujourd’hui jeudi 14 septembre par Générations futures. Le Roundup, désherbant fabriqué à base de glyphosate, est l’herbicide le plus vendu au monde. Logiquement, donc, « le glyphosate est la matière active herbicide déclarée la plus utilisée au monde », note l’ONG de lutte contre les pesticides.

Elle l’est aussi en France, où environ 8.000 tonnes de glyphosate sont vendues chaque année, soit 13 % des ventes totales de pesticides. Il est d’ailleurs celui le plus fréquemment détecté dans les cours d’eau. En avril 2017, une précédente analyse de Générations futures avait montré que l’on retrouvait du glyphosate dans l’urine de la totalité des 30 personnalités ayant bien voulu participer au test.

Restait à montrer que l’on est exposé via notre alimentation. C’est chose faite avec ce nouveau rapport. Dans le détail, l’ONG s’est concentrée sur des produits identifiés dans la littérature scientifique comme pouvant contenir des résidus de glyphosate, c’est-à-dire des céréales et des légumineuses. Elle a ensuite acheté au supermarché des céréales du petit déjeuner, des pâtes, des biscottes ou encore des lentilles, des pois chiches et des haricots secs. Sur les 30 échantillons, 16 contenaient du glyphosate (soit 53,3 %) et trois présentaient en plus des traces de son métabolite, l’AMPA. Les aliments les plus touchés sont les céréales du petit déjeuner (7 sur 8, soit 87,5 %) et les légumineuses (7 sur 12 échantillons, soit 58,3 %).

« On ne s’attendait pas à en trouver autant »

« On ne s’attendait pas à trouver du glyphosate dans plus de la moitié des cas, c’est énorme, estime François Veillerette, porte-parole de Générations futures. D’habitude on recherche plusieurs pesticides à la fois, c’est pour cela que beaucoup de produits présentent des résidus. Si l’on recherchait n’importe quel autre pesticide tout seul, on le trouverait dans bien moins d’échantillons ! »

À noter qu’aucun aliment ne contient une quantité de l’herbicide dépassant la limite maximale de résidus (LMR), c’est-à-dire le seuil réglementaire. « Mais la dangerosité d’un produit peut-être indépendante de sa quantité », rappelle François Veillerette. Certaines substances perturbatrices endocriniennes ont même des effets décuplés à petite dose. « Et puis le glyphosate a été classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer [Circ] », rappelle-t-il.

Par ailleurs, deux échantillons de lentilles et un de pois chiches présentent des résidus de glyphosate plus importants que les autres aliments, au-dessus de 1 mg/kg. Si cela reste en dessous de la LMR, cela fait tout de même beaucoup, selon le militant : « D’autant plus que la LMR pour les lentilles, par exemple, est énorme : elle est fixée à 10 mg/kg, soit assez haute comparée à d’autres pesticides dont la LMR est plutôt formulée en microgrammes. Cela montre qu’elle a été faite pour ne jamais être dépassée, car le glyphosate est un produit très courant. »

Les légumineuses testées, comme les pois chiches, contiennent du glyphosate.

L’exposition à cet herbicide est pourtant, paradoxalement, peu étudiée. L’association cite à ce titre les deux rapports, qui, au niveau français et européen, présentent les résultats des tests officiels de surveillance des résidus de pesticides dans les aliments. Celui de l’Union européenne, sur 84.000 échantillons prélevés, ne cherche le glyphosate que dans 5.000 (soit un peu plus de 6 % des échantillons). En France, en 2015, la DGCCRF (la « répression des fraudes ») a recherché le glyphosate dans dix fois moins d’échantillons qu’une autre molécule pourtant 50 fois moins utilisée.

La raison de ce décalage est toute bête, nous explique François Veillerette : « Pour le glyphosate et son métabolite l’AMPA, il faut une méthode d’analyse spécifique à ces molécules. Donc, quand vous allez voir un laboratoire, il vous propose de rechercher une liste de 400 à 500 molécules, mais si vous demandez d’y ajouter le glyphosate, cela fait quasiment doubler la facture. »

Peser sur le débat européen

Avec ce test, François Veillerette explique avoir voulu « mettre la question de la sécurité du consommateur sur la table : elle n’était pas présente dans le débat, alors que c’est la base du sujet. Notre rapport rappelle que l’on est tous exposés, quotidiennement, au glyphosate. Sur cette base, nous demandons juste l’application de la réglementation européenne, qui dit qu’on ne met pas sur le marché un produit identifié comme cancérogène probable ou certain ».

L’ONG espère donc peser sur un débat européen ravivé autour de la réautorisation ou l’interdiction du glyphosate. En effet, les États-membres devraient se prononcer bientôt sur le sujet, sans doute lors de la prochaine réunion du comité dédié aux pesticides (Scopaff, de son petit nom), les 5 et 6 octobre prochains. L’UE doit en tout cas prendre une décision d’ici fin décembre, date à laquelle l’autorisation du glyphosate expire. Le 28 juin 2016, faute d’obtenir une majorité qualifiée des États membres, la Commission européenne avait déjà réautorisé le pesticide pour 18 mois.

Cette dernière s’est prononcée en faveur d’une nouvelle autorisation de 10 ans. Pour cela, elle s’appuie notamment sur les conclusions de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa), qui juge « improbable » que le glyphosate soit cancérogène et considère qu’il n’y a pas suffisamment de preuves pour le classer dans la catégorie des perturbateurs endocriniens. En mars, l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) a également assuré qu’on ne pouvait pas considérer ce pesticide comme potentiellement cancérigène, mutagène ou toxique pour la reproduction.

Un bidon d’herbicide contenant du glyphosate dans une oliveraie de Corfou (Grèce).

Ces expertises vont donc à l’inverse des conclusions du Circ (la branche de l’Organisation mondiale de la santé spécialisée sur le cancer), et sont remises en cause par la société civile. Fin août, un rapport de l’ONG Autrichienne Global 2000, signé d’un toxicologue allemand, expliquait que les deux agences européennes n’avaient pas pris en compte sept des douze études montrant un risque accru de cancer chez les rongeurs exposés au glyphosate.

Alors qu’aucune majorité ne se dégage pour l’instant, la position de chaque État-membre risque donc d’être cruciale dans ce dossier. En particulier celle de la France, alors que le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a réaffirmé, fin août, son opposition à une prolongation de l’autorisation pour 10 ans. Elle a été ensuite confirmée par le Premier ministre.

L’ire des défenseurs du glyphosate

Cette décision suscite l’ire des défenseurs du glyphosate. « C’est l’incompréhension », indique à Reporterre Eric Thirouin, président de la Commission environnement de la FNSEA, le principal syndicat agricole. Selon lui, il n’y a pas de quoi s’inquiéter pour les consommateurs : « Les agences de santé de l’Union européenne, de la France et de l’Allemagne ont indiqué que le glyphosate n’était ni cancérigène, ni perturbateur endocrinien. Par ailleurs, la DGCCRF et les agences européennes ont montré que les produits français respectaient à 97 % les LMR. Malgré tout cela, on veut interdire le glyphosate. Ce n’est pas cohérent ! »

Il défend à l’inverse les bénéfices de l’herbicide, permettant de pratiquer le non-labour et donc de « favoriser des pratiques écologiques permettant de stocker du carbone dans les sols ».

La Plateforme Glyphosate, regroupant des entreprises qui le commercialisent, met en avant l’impact économique. Une étude qu’elle a commandée à l’Institut Ipsos, dévoilée début septembre, a ainsi évalué les pertes à 2 milliards d’euros pour les filières céréales et viticulture réunies, pointant une baisse des rendements et donc des exportations.

« On estime qu’environ deux tiers des agriculteurs ont recours au glyphosate à un moment ou un autre, dit Eric Thirouin. Et ce alors qu’il n’y a pas de produit équivalent sur le marché, à la fois en matière d’efficacité et en matière économique. On a besoin d’engager plus d’efforts dans la recherche d’alternatives. »

Des alternatives qui existent déjà, selon François Veillerette. « Plein d’agriculteurs qui ne sont pas en bio n’utilisent pas de glyphosate, affirme-t-il. Et puis, ce produit est tellement peu cher et efficace, que tant qu’on le maintiendra sur le marché, il n’y aura pas d’alternative ! »




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Quel impact le glyphosate a-t-il sur les populations rurales d’Argentine ?

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. chapô : Épandage de glyphosate dans un champ du Yorkshire du Nord (Angleterre). Flickr (Chafer Machinery/CC BY 2.0)
. pois chiches : Pixabay (CC0)
. Corfou : Wikimedia (Parkywiki/CC BY-SA 4.0)

DOSSIER    Pesticides Alimentation

22 septembre 2017
Les femmes restent exclues de la politique
Tribune
21 septembre 2017
Les 3 moyens par lesquels le Ceta va dégrader l’environnement
Info
21 septembre 2017
Bure : « En Meuse, nous vivons sous occupation militaire »
Tribune


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Pesticides Alimentation





Du même auteur       Marie Astier (Reporterre)