La solitude des travailleurs de Fukushima

Durée de lecture : 3 minutes

16 mars 2011 / Claire Ané (lemonde.fr)


Combien sont-ils ? « Les cinquante de Fukushima », comme les a baptisés la presse anglaise après des déclarations du gouvernement japonais ? Soixante-dix, comme le suppose le Guardian, ou encore cent soixante-dix, comme l’a enfin déclaré Tepco, l’exploitant de cette centrale nucléaire japonaise où la multiplication des accidents depuis le séisme de vendredi 11 mars fait craindre une catastrophe majeure.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est la solitude de ces hommes. Ce n’est que mercredi qu’un hélicoptère de l’armée a été mobilisé, sans succès, pour tenter de refroidir un des réacteurs, et qu’il a été envisagé d’utiliser les canons à eau de la police. La plupart des huit cents salariés de la centrale ayant été évacués mardi quand la radioactivité a augmenté, le sort du pays est dépend largement d’un faible nombre d’employés et de sous-traitants, ce que le premier ministre a reproché à l’entreprise, tout en rendant hommage à ces personnels. Les soldats sont de plus en plus nombreux sur le site, selon le New York Times.

Quel est leur rôle ? Les systèmes de refroidissement des réacteurs ayant été détruits par le tsunami, il s’agit de pomper l’eau de mer, de la transporter dans des camions-citernes et de l’injecter dans les réacteurs. Il faut aussi actionner manuellement les vannes pour faire baisser la pression. Impossible donc pour les personnels de rester dans des bâtiments confinés. Ils ont probablement des combinaisons et des bonbonnes d’oxygène pour éviter toute inhalation et contact avec les poussières radioactives.

« DES DOSES POTENTIELLEMENT MORTELLES »

« Mais, comme au moins un des réacteurs a le ventre à l’air et crache des particules radioactives, ils n’échappent pas aux radiations », souligne le président de la Commission de recherche indépendante sur la radioactivité Roland Desbordes, cité par Le Parisien. Compte tenu du risque d’irradiation, « l’exploitant fait sans doute tourner les équipes au cœur de la centrale et leur ordonne d’agir le plus vite possible à chaque intervention », selon Julien Collet, directeur des situations d’urgence à l’Agence de sûreté nucléaire (ASN). Même la salle de contrôle centrale de Fukushima-1 n’offrait plus un abri suffisant mardi et les ingénieurs ont dû s’en éloigner.

Deux brèves évacuations du site ont eu lieu mardi et mercredi alors que des débits atteignant 400 mSv/h ont été signalés. « Un opérateur restant une heure à l’endroit concerné subirait donc plus que la dose maximale désormais autorisée », souligne Le Monde de mercredi. « Les doses peuvent même remettre en question le fait de maintenir des travailleurs sur place, a expliqué Agnès Buzyn, la présidente de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français (IRSN). On est inquiets pour leur capacité à tenir car la radioactivité a atteint des niveaux toxiques. »

La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) dénonce « des doses potentiellement mortelles ».

Mais nulle information n’a filtré sur l’ampleur des radiations subies par les personnels. L’AIEA a fait état de contrôles sur cent cinquante personnes vivant près de la centrale, qui ont donné lieu à vingt-trois décontaminations, sans préciser si les employés du site étaient concernés.

Même le décompte des victimes parmi les employés est difficile. Selon Tepco, cité par le New York Times, cinq salariés ou sous-traitants sont morts, deux sont portés disparus et vingt-deux ont été blessés, mais les communiqués de l’entreprise en anglais en recensent beaucoup moins : un grutier tué dans le séisme ainsi que quatre blessés, dont deux sous-traitants, dans l’explosion du réacteur numéro 1 de Fukushima-1, puis six blessés, dont deux sous-traitants, dans l’explosion du réacteur numéro 3, lundi.

« L’oncle de [mon épouse] travaille à la centrale. Il nous a envoyé un email qui était plutôt un au revoir », a témoigné sur France Info un Français vivant au Japon.



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