La taxe carbone doit financer un revenu climatique pour tous les citoyens

Durée de lecture : 3 minutes

8 juin 2020 / Brendan Guevel



Taxer la production de carbone à la source ? C’est ce que propose le CCL, le Lobby climatique des citoyens, dont l’auteur de cette tribune est membre. Cette contribution financerait un revenu climatique distribué aux citoyens. L’occasion de mettre cette dette invisible du carbone dans le processus économique.

Brendan Guevel est ingénieur en informatique, et membre de l’association CCL-France, le lobby climatique des citoyens.


Alors que la pandémie de Covid-19 touche encore le monde entier, l’économie est à bout de souffle, et la crise climatique, elle, est toujours bien présente. La chancelière allemande, Angela Merkel, ou encore la cheffe du FMI, Kristalina Georgieva, appellent les pays à taxer les émissions de CO2 pour inciter l’argent créé par les banques centrales à être dirigé vers des moyens de production bas carbone. C’est une bonne chose mais il est possible de faire encore mieux : taxer la production de carbone à la source, puis reverser intégralement et équitablement les recettes de cette taxe à la population : c’est le revenu climatique.

Cette solution est soutenue par plus de 3.500 économistes, dont pas moins de 27 prix Nobel. Encore mieux : elle a été adoptée au Canada en 2019, et est en discussion parlementaire aux États-Unis. Une version limitée existe également en Suisse depuis 2008. En Europe, cette mesure plébiscitée par les experts peine à s’imposer. La relance économique constitue une opportunité cruciale de prendre les bonnes mesures aujourd’hui, pour le climat et la société.

Comment fonctionne le revenu climatique ? La production de gaz à effet de serre par les industriels forme ce que les économistes appellent une « externalité négative ». C’est une forte nuisance pour le bien-être général, mais pour laquelle aucun des acteurs concernés ne paie une quelconque compensation. Faire payer les producteurs pour leurs émissions de CO2 à la source est donc une proposition très sensée : elle ramène cette dette invisible du carbone dans le processus économique. Et ce n’est pas pour rien que l’écrasante majorité des économistes les plus reconnus sont aujourd’hui pour l’instauration d’une taxe carbone pour lutter contre le réchauffement climatique.

Mais qui dit taxe, dit retombées économiques sur le produit final, que le consommateur devra payer. Pour ne pas le pénaliser, il suffit de reverser les recettes de cette taxe à la population !

Cette solution a plusieurs avantages :

  • Elle est socialement égalitaire, car les ménages aisés sont ceux qui consomment le plus de produits carbonés. Leur contribution au revenu climatique sera donc bien supérieure à celle des ménages défavorisés.
  • Les consommateurs qui se tourneront vers des produits moins carbonés verront leur pouvoir d’achat grandement augmenter.

Soumises à ces nouvelles mesures, les entreprises à forte empreinte écologique seront tentées de délocaliser leur production là où cette contribution ne les pénalise pas. Pour éviter cela, un ajustement carbone sera mis en place sur l’importation de produits provenant de pays sans taxe sur le CO2, et un bonus à l’exportation vers ces mêmes pays. L’Union européenne réfléchit d’ailleurs déjà à cet ajustement frontalier, sous le nom de Border Carbon Adjustment, mais doit accélérer sa mise en œuvre.

Cette solution est portée par le Citizens’ climate lobby (CCL), le Lobby climatique des citoyens, une association citoyenne internationale de défense de l’environnement, fondée aux États-Unis en 2007. Elle compte aujourd’hui des branches dans plus d’une cinquantaine de pays, dont la France depuis l’automne 2019.

Son objectif est de former des citoyens bénévoles à entrer en relation avec leurs élus afin de les conseiller dans leur prise de décision. C’est d’ailleurs CCL qui a grandement aidé à l’instauration du revenu climatique au Canada, et qui est actuellement en train de suivre la même voie aux États-Unis avec l’Energy Innovation and Carbon Dividend Act. L’Union européenne pourrait être la suivante !





Lire aussi : Une taxe carbone « juste » pour concilier justice fiscale et écologie

Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : Pollution. Pixabay

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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