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Quotidien

La taxe sur les petits colis, un coup d’épée dans l’eau contre Shein et Temu

À partir du 1er mars 2026, les petits colis livrés par les plateformes chinoises seront taxés de 2 euros.

À partir du 1er mars, les petits colis livrés par les plateformes chinoises sont soumis à une taxe de 2 euros. Pas sûr que cela suffise à freiner leur essor, ni même à faire augmenter la totalité de leurs prix.

Inflation en vue chez les spécialistes des prix cassés ? Les géants chinois du e-commerce, comme Shein, Temu et AliExpress, doivent composer avec une nouvelle taxe à partir de ce 1er mars. Les petits colis importés en France seront soumis à un prélèvement de 2 euros par article. La mesure a été votée dans le cadre du projet de loi de finances. Mais ses effets pourraient être limités, avertissent plusieurs observateurs.

La « taxe petits colis » — correspondant à des envois d’une valeur de moins de 150 euros — est censée freiner l’explosion des ventes de ces plateformes et la cascade de problèmes associés. Les vêtements, objets de décoration ou autres y sont disponibles à des tarifs défiant toute concurrence. Revers des petits prix : les produits sont parfois dangereux ou illicites, souvent de piètre qualité et presque toujours fabriqués dans des conditions sociales et environnementales déplorables.

Le modèle repose sur les commandes directes des consommateurs auprès des fournisseurs chinois présents sur ces plateformes, livrées par avion dans de petits colis. Selon un récent rapport de la Cour des comptes, 775 millions d’articles dans de petits colis ont été importés en France en 2024, soit 9,5 fois plus que trois ans plus tôt (82 millions en 2021). Un déferlement rendant illusoires des contrôles douaniers autres que sporadiques.

La crainte d’un effet marginal

Pas sûr qu’un surcoût de 2 euros, à supposer qu’il soit toujours répercuté sur les prix de vente, suffise à casser leur attrait auprès des internautes. « La taxe ne va pas fondamentalement modifier la structure de prix de ces e-commerçants qui s’appuie d’abord sur les coûts de production chinois, extrêmement bas », analyse Henri Isaac, maître de conférences à l’université Paris Dauphine-PSL.

Certes, l’équation se corsera un peu à partir du 1er juillet. À cette taxe franco-française s’ajoutera un prélèvement européen de 3 euros par article, au titre de droits de douane, dont ces envois de faible valeur étaient exonérés jusqu’à présent. Au total, un tee-shirt à 5 euros sur Shein pourrait, en théorie, voir son prix doubler.

« La répercussion attendue sur les prix payés par les consommateurs pourrait freiner les ventes des vêtements ou babioles proposés à quelques euros », estime Pauline Debrabandere, responsable de plaidoyer à l’association Zero Waste France. Mais elle craint que l’effet reste marginal « sur le volume global de produits mis sur le marché par ces plateformes ». Or, c’est bien l’offre quasi infinie de ces acteurs qui génère une surproduction au lourd bilan climatique.

« Il faut imposer des pénalités conséquentes »

L’efficacité de ces mesures pourrait surtout être réduite parce que Shein et ses concurrents s’organisent pour y échapper. « Ces acteurs font preuve d’une forte agilité. Ils ont déjà entamé une mutation de leurs flux logistiques permettant en partie de contourner ces taxes », prévient Henri Isaac.

Les plateformes chinoises disposent aussi d’entrepôts dans l’Union européenne, livrés par des conteneurs acheminés par bateau. Elles font monter en puissance ce modèle de distribution plus traditionnel. Il permet d’échapper à la taxe petits colis, mais pas aux droits de douane. De la vitesse de cette adaptation dépendra la proportion des commandes qui sera vraiment concernée par ces ponctions, et par des hausses de prix.

Aussi, pour Zero Waste France, les taxes ciblant spécifiquement les plateformes chinoises sont insuffisantes. L’association plaide pour une action plus globale. « Il faut imposer des pénalités conséquentes à tous les produits ayant des effets néfastes sur l’environnement et encadrer les incitations à la surconsommation », argumente Pauline Debrabandere. Pour cela, elle compte notamment sur la proposition de loi anti-fast-fashion. Après avoir été retardée par les réserves de la Commission européenne, sa discussion pourrait reprendre dans les prochaines semaines.

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