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La tracto-vélo de Notre Dame des Landes se dirige vers la COP 21

23 novembre 2015 / par Nicolas de La Casinière



Un bel élan militant et convivial a lancé le convoi de tracteurs et de vélos samedi 21 novembre de Notre Dame des Landes. Objectif : Paris, en fin de semaine, pour faire entendre la voix des landes et de l’écologie à la COP 21.

- Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

« Du courage, du jarret ! Réussir à partir, c’est déjà une victoire. On continue à dire non à l’aéroport mais pas que ! », dit Geneviève au mégaphone, au-dessus des thermos de café fumant. Le convoi a élargi son appel en « solidarité avec les populations qui subissent les guerres, le réchauffement climatique, l’Etat d’urgence ».

Samedi matin 21 novembre, le rayon de soleil oblique sur la ZAD chauffe la troupe des militants cyclistes. Ils baignent dans l’euphorie : lancer ce convoi en roue libre vers Paris affirme dans l’espace public une force politique en des temps troublés. Une énergie collective cordiale et enthousiaste, du café bouillant, des tartines généreuses en confiture emplissent la Vache-Rit. Ce hangar agricole est le QG habituel du mouvement et point de départ de cette « tracto vélo » qui associe deux centaines de cyclistes et cinq tracteurs. Six jours sont prévus pour rallier Paris pour la COP 21.

Certains révisent leurs freins à la dernière minute, revissent un garde-boue, d’autres réalisent des panneaux peints « Attention vélos devant ». Une perceuse bricole les montants de la banderole apposée au flanc d’un camion : « L’aéroport de Notre Dame-des-Landes, même pas COP ! ». La vaisselle du petit déjeuner géant fume dans les bassines. On refait du café. Les pains blonds de le boulangerie de la Zad sont en rangs serrés, à la parade, comme les bouteilles de jus de pomme. Le temps est aussi frais que l’ambiance est chaleureuse. « Bouffe, matos de réparation, de cuisine, textes et brochures de l’infokiosk, je vois pas de quoi on pourrait manquer... » « Faudrait des pompes à pied... »

Chacun s’affaire à la fièvre du départ, qu’une corne de brume va lancer par ce temps très clair, au ciel dégagé. Sur le bas côté de la départementale, les voitures des militants venus saluer le départ s’étirent sur deux kilomètres.

« Ce convoi offre l’avantage de nous retrouver ensemble, dans une belle unité. Sa réussite, ce sera déjà d’arriver aux portes de Paris, dit Marcel Thébaud, un des paysans historiques de Notre-Dame-des-Landes, en collant noir de cycliste bien équipé. Moi, je fais quatre étapes, jusqu’au Mans. A la ferme, on est trois, ca s’organise bien. On fait une rotation parmi les paysans présents sur le convoi. »

« Ne pas se laisser museler par l’état d’urgence »

« On tenait à maintenir cette critique sociale et environnementale de la COP21 et pas se laisser museler par l’état d’urgence, explique un zadiste. La COP21 déborde d’hypocrisie : le gouvernement s’apprêtait à venir ici nous expulser pour détruire des terres, bocages et zones humides. Le long du parcours, on va se reconnecter avec les comités locaux de soutien, ce qui permettra de redire que ce qui se passe notamment ici sur la Zad est un espoir politique, qui se construit depuis des années au cœur de la lutte , qui voir se réinventer des manières d’habiter, de pratiquer l’agriculture. Est-ce qu’on parviendra à entrer à Paris, ça, c’est le mystère. On se rejoindra en tous cas avec les autres convois venus d’autres luttes, notamment contre l’enfouissement des déchets à Bure, contre le Center Parcs de Roybon, pour le maintien des trois fermes potagères des Lentillères à Dijon... ».

- Voir la video du départ :

« Les raisons d’organiser ce convoi sont intactes. La Cop 21 va se tenir à l’abri des contestations, comme des discussions de salon entre gouvernements, lobbies et multinationales, ajouté Geneviève, militante d’Attac et de la coordination contre l’aéroport. Et si d’autres vont continuer à consommer, nous on continuera à vivre, à lutter, à militer, même si, dès 2012, on nous a traités de "terroristes"... Il est possible que les forces de police soient occupées ailleurs et que le début des expulsions [envisagé en janvier ou février] soit repoussé. Je ne suis pas madame Soleil... Il y aurait de toutes façons une opposition très forte des habitants et des gens de la région, voire plus large. Mais le retard n’est pas notre objectif. Ce qu’on veut c’est l’abandon du projet. »

Parti le 21 novembre de Notre Dame des Landes, le convoi veut parvenir à Saclay le 28 novembre

Quatre cents kilomètres les attendent avec de haltes à Ancenis, Angers, La Flèche, Le Mans, Nogent-le-Rotrou, Chartres et Saclay. « J’ai changé les freins, acheté une nouvelle chambre à air, mais au-delà, je saurais pas réparer. Dans le groupe, je devrais bien trouver des gens compétents. » Il y a des cyclistes bien équipés et les plus dilettantes. « T’as pas de gants ? on annonce des températures bien fraîches pour les prochains jours... » « Moi je suis jaloux : s’il pleut, les copains ont des protections étanches, pour les godasses... »

Un camp autogéré mais roulant

Edifiées en récupération de palettes, coiffée d’un bâche agricole noire, la cabane d’accueil pour chaque halte et étape a fière allure juchée sur sa remorque.

« Ah ! ça fait du bien de partir, finalement... Il y a trois jours, on s’est quand même demandé si on y allait ou pas, si on nous laisserait rouler... J’ai la bizarre impression qu’on a organisé une manif de 400 km... Aux étapes, les mairies PS bloquaient pour l’obtention de salles mais les comités et les gens qui nous accueillent ont fait pression, et un bel élan est né. A La Flèche, faute de salle autorisée pour dormir, l’appel à trouvé très vite 165 places d’hébergement chez l’habitant, et il y en aura sans doute plus à mesure qu’on va avancer sur le parcours... », dit une des Camille de la ZAD. Mais Camille, il y en a aussi dont c’est le vrai prénom, et justement, on la cherche.

Cinq tracteurs font le parcours de bout en bout, tractant des remorques où chaque cycliste dépose son fourbi, duvets et rechanges, le pain pour les repas, la vaisselle, le groupe électrogène, les brochures photocopiées de l’infokiosk militant, les légumes pour la cuisine... La remorque n°3 détaille son contenu : « Tréteaux, bancs et trop plein ». « Ca me fait comme organiser un camp autogéré mais roulant... » dit une autre Camille qui s’appelle en réalité Mathilde.

La procédure d’appels d’offres lancés par les services de l’Etat pour le débroussaillage avant travaux à Notre Dame des Landes se clôture ce lundi 23 novembre. « Ca n’aboutira à rien, dit un zadiste. Mais de notre côté, on lance nos propres appels d’offres de chantiers d’entretien des chemins, des haies, de nos communs. Il y a des lots à pourvoir pour les comités locaux de soutien, et tous les gens qui veulent réaliser une partie de ces chantiers collectifs et solidaires ». Rendez-vous les 30 et 31 janvier prochain.

On ne passe pas ! - Si !

Dimanche matin, à Anetz, un peu à avant la sortie de Loire-Atlantique, la police bloque le convoi. Prétexte : procéder à un contrôle individuel d’identité pour signifier personnellement à chaque participant l’interdiction de manifester en Ile de France. Une assemblée générale s’est improvisée au milieu de la route. Refus catégorique et unanime du contrôle d’identité. L’information a été vite relayée et d’autres militants de la région commençaient à se rendre sur place. Le ministère de l’Intérieur a finalement accepté de laisser repartir librement le convoi, en se contentant d’une déclaration au mégaphone. Après deux heures de tracasserie administrative, entre le test de la détermination des cyclistes et paysans, et le coup de pression pour affirmer son autorité, le cortège est reparti son petit bonhomme de chemin.

« C’était déjà arrivé lors de la précédente tracto-vélo, en 2011, précise un vétéran de ces périples militants d’escargots roulants. En cas de blocage, on avait prévu des itinéraires bis, comme cette fois. On était toujours très encadrés, parfois juste pour faire la circulation à notre passage, parfois pour nous bloquer... »

La dernière étape prévoit de rallier Chartres au plateau de Saclay. Mais une dizaine de kilomètres après Chartres, la limite entre l’Eure-et-Loire et les Yvelines marque l’entrée en région Ile-de-France, territoire interdit par les autorités.




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Source : Nicolas de La Casinière pour Reporterre

Photos :
. chapô : @Voltuan (twitter)
. vidéo du départ : France Bleu Loire Océan
. gendarmes : @mslc21 (twitter)