Média indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité, financé par les dons de ses lecteurs
Recevoir la lettre d'info

Entretien — Luttes

« Le climat devrait être au menu de toutes les matières scolaires »

Manifestation des jeunes pour le climat, le 24 mai 2019, à Paris.

En cette rentrée scolaire, les jeunes de Fridays for Future France demandent au gouvernement que les enjeux climatiques soient davantage enseignés à l’école. Ils organisent ainsi une grève pour le climat, vendredi 23 septembre.

Pablo Flye, 18 ans, et Alice Dubois, 19 ans, en deuxième année de licence, sont les portes-paroles de Fridays for Future France.


Reporterre — Ce jeudi 1er septembre, quelque 12 millions d’élèves vont faire leur rentrée, après un été de sécheresse et d’incendies. Dans quel état d’esprit vous sentez-vous ?

Pablo Flye — On a vécu un été au rythme de la catastrophe climatique, et on est censés revenir en cours comme si de rien n’était. C’est dur. Après ce qu’on a traversé, les restrictions d’eau, les alertes canicule, on ne peut pas retourner en classe, suivre des cours, apprendre un métier « normalement ». Pourtant, nous n’avons entendu aucune annonce, aucune action du ministère de l’Éducation nationale sur cette crise climatique.

Alice Dubois — Nous sommes dans l’expectative. D’un côté, les problèmes semblent s’accumuler (crise climatique, manque d’enseignants) et de l’autre, on a un peu d’espoir que les choses bougent avec le nouveau ministre de l’Éducation nationale [Pap Ndiaye].


Qu’attendez-vous de l’Éducation nationale face à la crise climatique ?

Alice Dubois — Il faudrait une prise de conscience et une honnêteté intellectuelle : que l’Éducation nationale reconnaisse que la formation des jeunes est insuffisante en matière de climat.

J’ai étudié l’économie au lycée. En trois ans, seules les toutes dernières séances de Terminale évoquaient le problème écologique. Il m’a fallu attendre la fin de mes études secondaires pour aborder un sujet primordial ! On devrait commencer par là.


Pablo Flye — Nous voudrions être mieux formés. Bien sûr, l’école ne peut pas tout face à la crise écologique. Mais elle peut nous apprendre à faire face. Nous enseigner ce qu’est le changement climatique, ses causes et les alternatives qu’on peut mettre en œuvre. Et aussi nous apprendre à nous adapter.

Le climat n’est pas complètement absent des programmes, mais la question n’est pas transversale. On en parle en sciences, en SVT [Sciences de la vie et de la terre], avec un point de vue physique : on nous enseigne l’effet de serre, l’effet d’albédo. On ne parle jamais des conséquences globales de ces dérèglements ou des solutions. Le climat devrait être au menu de toutes les matières !

Cette rentrée est marquée par un manque de personnel enseignant, mal payé et peu considéré. Comment voyez-vous la situation ?

Pablo Flye — C’est extrêmement dommageable pour les élèves. Avec ces recrutements express, de dernière minute, nous allons nous retrouver avec des enseignants moins bien formés et peu préparés. Si l’on considère qu’ils doivent être des relais de la formation aux enjeux climatiques, cette impréparation est encore plus problématique. On ne s’improvise pas professeur, on n’improvise pas un cours sur le changement climatique, surtout quand on a face à soi des jeunes paralysés par l’écoanxiété.


Alice Dubois — Le métier d’enseignant est compliqué, peu attractif, avec peu de moyens, alors que c’est un métier à la base du fonctionnement de la société. Nous aimerions plus d’effectifs et plus de formation des enseignants aux enjeux écologiques.

« La mobilisation des jeunes ne s’est pas éteinte. »

Vous organisez, avec d’autres associations, une grève pour le climat, vendredi 23 septembre : qu’en attendez-vous ?

Alice Dubois — Nous voulons montrer que la mobilisation des jeunes ne s’est pas éteinte. Malgré le Covid, l’engagement de la jeunesse est toujours aussi vif. Nous voulons remettre au cœur du débat public nos revendications : apporter une meilleure formation vis-à-vis du changement climatique à toutes les personnes qui sont en études, et aussi à tous les décideurs.

Pablo Flye — Cette grève, c’est une réaction à l’été qu’on vient de vivre. Beaucoup de gens ont pris conscience de la gravité de la crise. Maintenant qu’on a réalisé qu’il y avait un problème, il ne faut pas en rester à l’indignation ou à la peur, il faut passer à l’action. D’où l’idée d’une grève. On se mobilise pour rappeler l’urgence, pour rappeler l’importance d’une rupture, qui doit être impulsée par les décideurs.

On veut relancer la dynamique du mouvement climat. Nous, la jeunesse, nous sommes une force importante, qui pèse dans l’opinion publique, auprès des décideurs.

Bien sûr, il reste plein de jeunes que notre message ne touche pas. Tout le monde n’en est pas au passage à l’action. Notre but, vendredi 23 septembre, c’est justement de toucher le plus d’établissements scolaires possible. Ce sera une première étape pour relancer le mouvement climat. On ne sera peut-être pas très nombreux, mais l’idée c’est de faire tache d’huile [Fridays for Future a lancé une carte interactive pour recenser les grévistes].

On organisera aussi des marches dans les grandes villes. Mais surtout, nous donnons rendez-vous à toutes et tous devant les mairies le 23 septembre à 11 h 30. Nous serons 1, 10 ou 5 000 personnes selon les villes. Greta [Thunberg] a commencé toute seule, et elle a peu à peu agrégé du monde autour d’elle, jusqu’à peser sur les décideurs internationaux.


Alice Dubois — Notre message aux décideurs est simple : « Écoutez-nous parce que nous, les jeunes, souffrons et allons souffrir de la crise climatique, et écoutez les scientifiques, le Giec [1], parce qu’eux, ils savent. »

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner
Fermer Précedent Suivant

legende