Le débat vu par les écolos : « La transition est passée au dixième plan »

21 mars 2017 / par Emilie Massemin (Reporterre)



Les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle ont débattu pendant trois heures et demie... et évacué les questions environnementales en moins de dix minutes. Au Tank, à Paris, la quinzaine d’associations écolos et citoyennes qui ont assisté à la retransmission sont restées sur leur faim.

- Paris, reportage

« La transition écologique est passée au dixième plan... » Après trois heures et demie à suivre attentivement les discussions, Célia Gautier, du Réseau action climat, replie enfin son écran d’ordinateur, dépitée. Comme elle, plus de 80 personnes, simples curieux ou membres d’une quinzaine d’associations comme Greenpeace, Sherpa et Emmaüs, se sont réunies au Tank pour assister au débat entre François Fillon (Les Républicains), Benoît Hamon (Parti socialiste), Marine Le Pen (Front national), Emmanuel Macron (En marche) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), lundi 20 mars à 21 h sur TF1.

Damien Cahen, le directeur de cet espace de coworking du XIe arrondissement de Paris, s’attarde pour ranger les chaises et les bouteilles de bière vides : « Les débats étaient quand même très orientés sur la sécurité, peut-être parce qu’ils se sont déroulés sur TF1. Les candidats ont très peu parlé du numérique ou de la délinquance financière », regrette-t-il. Alexis Chailloux, de Greenpeace, partage sa déception. « Pendant le débat de la primaire de la droite, les candidats avaient consacré sept minutes à l’écologie. Là, c’était encore moins ! »

Seuls Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron ont parlé d’environnement dès l’introduction. « Je serai le président écologiste dont on a besoin pour relever les défis actuels : changement climatique, menace sur les écosystèmes », a annoncé le candidat de la France insoumise en préambule, avant de s’engager pour la transition vers 100 % d’énergies renouvelables, la sortie du nucléaire et la fin de « l’agriculture chimique ». Emmanuel Macron s’est contenté d’évoquer le « changement climatique et environnemental » parmi les « menaces » qui pèsent selon lui sur le pays. Quant à Benoît Hamon, il a appelé les Français à être un peuple « soucieux du monde qu’[il laissera] à [ses] enfants ».

  • Immigration : Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon sensibles à la question des réfugiés climatiques

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont été les seuls à évoquer la question des réfugiés climatiques quand le thème de l’immigration a été abordé. « Si la température continue d’augmenter, on comptera bientôt un milliard de réfugiés », a prévenu le premier.

Le second préconise « d’arrêter les traités commerciaux qui dévastent les économies des autres pays » et de « prendre en charge, ensemble, les conséquences du changement climatique ».

  • Réforme des institutions : VIe République, « règle verte » et lutte contre les lobbies

Les candidats du PS et de la France insoumise souhaitent tous deux proclamer la VIe République. « Je propose qu’une assemblée constituante soit élue et comporte des délégués et des personnes tirées au sort », a déclaré Jean-Luc Mélenchon. Parmi ses autres mesures, un « référendum révocatoire » permettant de destituer n’importe quel élu, président de la République compris, pendant son mandat, et le vote obligatoire, avec extension du vote à partir de 16 ans et reconnaissance du vote blanc. La nouvelle Constitution intégrera une « règle verte » qui imposera de ne pas « prendre à la nature plus qu’elle ne peut donner ».

Benoît Hamon, lui, promet un « 49.3 citoyen », la reconnaissance du vote blanc et un septennat non renouvelable. Il a reproché à Emmanuel Macron sa campagne financée par « des gens riches » parmi lesquels, a-t-il insinué, « des cadres de l’industrie pharmaceutique, chimique et pétrolière et de la banque ». « Demain, quand il s’agira de prendre des décisions sur les perturbateurs endocriniens ou sur le diesel, qui tue plus de 50.000 personnes par an, comment cela va-t-il se passer ? », a-t-il demandé au candidat d’En Marche. Lequel s’est engagé à « n’être tenu par personne » s’il était élu.

Sans évoquer les affaires dans lesquelles elle est empêtrée, Marine Le Pen s’en est également prise à Emmanuel Macron en attaquant le « pantouflage, quand on est fonctionnaire, puis qu’on devient banquier, avant de revenir en politique », source selon elle du « gigantesque problème des intérêts privés qui s’invitent dans cette campagne ».

François Fillon, lui aussi englué dans les poursuites judiciaires, s’est borné d’annoncer qu’il confierait à un groupe de travail le soin de « faire des propositions sur la transparence et la moralisation de la vie publique ». Comme Mme Le Pen, il ne juge pas nécessaire de changer la constitution actuelle de la 5e République.

  • Environnement : dissensions sur la sortie du nucléaire

Le débat sur l’environnement s’est concentré sur la question de la sortie du nucléaire et de la transition énergétique. Benoît Hamon a confirmé vouloir fermer « les centrales en fin de vie » et amorcer la transition vers les énergies renouvelables. Même volonté chez Jean-Luc Mélenchon : « En 1999, il s’en est fallu de peu pour que la centrale nucléaire du Blayais connaisse un accident majeur, a-t-il rappelé. Dans le prochain mandat, 18 réacteurs vont arriver au bout de leur durée de vie. Les caréner pour les prolonger va coûter 100 milliards d’euros. Je préfère mettre 50 milliards d’euros dans la transition énergétique ! »

François Fillon n’en a pourtant pas démordu : « Sortir du nucléaire est contraire à l’intérêt général. Il faut continuer à moderniser les centrales sans entrer dans des discussions théologiques sur la sortie du nucléaire. » Quant à Emmanuel Macron, il a vanté une énergie nucléaire « très décarbonée » tout en affirmant vouloir « réduire notre dépendance » à l’atome.

Sur les autres sujets écolos, les candidats ne se sont pas montrés très diserts. Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé sa volonté de « tourner la page de l’agriculture chimique et passer une agriculture paysanne source d’emplois » : on pourrait en créer 400.000, souligne-t-il. M. Mélenchon veut aussi, pour soutenir cette nouvelle agriculture, que toutes les cantines publiques passent en bio.

François Fillon, qui veut "réconcilier croissance et environnement", veut fixer le prix du carbone à 30 euros la tonne.

Emmanuel Macron a déclaré qu’il continuerait à faire converger les fiscalités du diesel et de l’essence. Une mesure dénoncée par la candidate frontiste, au motif qu’elle pénaliserait les ménages modestes.

Marine Le Pen a préféré fustiger « le libre-échange intégral, anti-écologique absolu, qui fait qu’on fabrique à 10.000 kilomètres des produits qu’on va consommer 10.000 kilomètres plus loin » et s’est attaquée aux produits alimentaires importés « dont on ne sait pas comment ils sont fabriqués, élevés, mais dont on sait qu’ils ne respectent aucune norme ».

Un peu plus tard dans le débat, Benoît Hamon s’est inquiété de l’augmentation des « maladies chroniques liées au cadre de vie » et a proposé de lutter contre la pollution atmosphérique et « les perturbateurs endocriniens liés au développement des pesticides et de certains procédés industriels ».

Des propositions somme toute connues et peu débattues, qui ont laissé les téléspectateurs du Tank sur leur faim. « J’aurais aimé qu’on parle beaucoup plus de systèmes alimentaires, des mesures pour proposer des produits sains aux consommateurs et un avenir aux agriculteurs, regrette Célia Gautier. Rien non plus sur la mobilité et en particulier le train ! »

Alexis Chailloux, de Greenpeace, s’étonne de ne pas avoir entendu une seule fois le mot « agroécologie ». Damien Cahen, lui, finit de remettre la salle en ordre. « On est quand même contents d’avoir organisé cette soirée, pour que les associations puissent discuter entre elles et apporter leurs propositions sur les réseaux sociaux. Rendez-vous le 20 avril pour le prochain débat ! »




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Source : Emilie Massemin pour Reporterre

Photos : © Emilie Massemin/Reporterre et captures d’écran.

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