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Aux élections législatives, quatre candidats écolos très différents des autres

9 juin 2017 / Émilie Massemin (Reporterre)



7.882 candidats s’affrontent lors des élections législatives de dimanche, un record. Isabelle Attard, Ben Lefetey, Yves Frémion, Claire Dujardin… Reporterre vous présente des candidats très différents des autres.

Isabelle Attard : « Porter une voix contradictoire »

Isabelle Attard est candidate dans la 5e circonscription du Calvados.

« J’avais dit que je faisais deux mandats maximum, j’essaie au moins d’en faire deux ! » Élue députée (EELV) en juin 2012 dans la 5e circonscription du Calvados, Isabelle Attard, 47 ans, se présente à nouveau, sans étiquette. Elle a réussi à réunir Europe Écologie-Les Verts (EELV), le Parti socialiste (PS), le Parti communiste français (PCF) et la France insoumise (FI) autour d’elle. « Cette union s’est construite sur le long terme, souligne-t-elle. J’ai avec moi des militants qui me connaissent depuis longtemps, y compris sur le terrain. Ils connaissent mes votes. Il est peut-être aussi plus facile pour des candidats de gauche et écologistes de se retrouver autour d’une candidate sans parti. » Pour autant, la bataille n’est pas gagnée : « Il s’agit d’une circonscription de centre droit et de droite traditionnelle. Ce n’est pas simple. J’essaie de faire une campagne au plus proche du terrain. »

Si elle est réélue, Isabelle Attard souhaite « aller plus loin dans la participation de tous à l’élaboration des lois », en s’inspirant des « conventions de citoyens » tirés au sort imaginées par Jacques Testart. Elle a également « plein d’idées » concernant le projet de loi pour la moralisation de la vie politique, comme la suppression de la réserve parlementaire (dont elle confie la gestion à un jury de citoyens), et entend « porter une voix contradictoire » contre le projet de révision du Code du travail par ordonnances. « De nombreux combats, en particulier écologiques, restent à mener : la lutte contre les passoires thermiques, contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, contre les produits phytosanitaires… »

Après sept années en Suède et en Laponie, Isabelle Attard a suivi des études d’archéologie environnementale jusqu’au doctorat. Ce parcours l’a conduite à travailler au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), comme membre de l’unité de recherche en archéozoologie et archéobotanique. Après avoir réussi le concours d’attaché de conservation du patrimoine, elle a été directrice du musée de la Tapisserie de Bayeux puis du musée du Débarquement d’Utah Beach. Côté politique, Isabelle Attard a adhéré aux Verts en 2001, puis à EELV en 2010. Alors députée de la 5e circonscription du Calvados, elle a quitté EELV en 2013 et rejoint le parti Nouvelle Donne, avant d’en partir en 2015.

Claire Dujardin : « Empêcher Macron de légiférer par ordonnances »

Claire Dujardin et son suppléant, Pascal Frapperau, sont candidats dans la 1re circonscription de Haute-Garonne.

Claire Dujardin est surtout connue comme l’avocate de la famille de Rémi Fraisse, tué par la grenade d’un gendarme en octobre 2014 alors qu’il participait à une mobilisation contre le projet de barrage de Sivens. À 42 ans, elle se présente aux élections législatives dans la 1re circonscription de Haute-Garonne sous la bannière de la France insoumise (FI). L’aboutissement d’un long parcours d’engagement associatif et professionnel : « Originaire d’Île-de-France, j’ai milité très tôt dans des associations de défense des étrangers, comme le Groupe d’information et de soutien des étrangers (Gisti) de Paris puis en Essonne. » Avocate depuis onze ans, d’abord à Toulouse puis dans le Tarn, elle défend aussi bien des agriculteurs que des parents d’élèves et des étrangers.

Elle s’est encartée pour la première fois au Parti de gauche pour soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2012. Elle a ensuite été remplaçante de Clémentine Renaud, la candidate « Alternative citoyenne » (EELV, Nouvelle Donne, Front de gauche) dans le canton de Toulouse 3 aux élections cantonales de mars 2015, avant de figurer sur la liste « Nouveau Monde en commun » de Gérard Onesta (EELV) en Languedoc-Roussillon–Midi-Pyrénées aux élections régionales de décembre 2015. « Ce n’était pas une très bonne expérience à cause des négociations avec la liste PS de Carole Delga », regrette-t-elle. La FI l’a convaincue grâce à « la démarche de préparation du programme, fondée sur de nombreuses consultations de syndicats, d’associations, de chercheurs ».

Si elle est élue, son premier projet sera de s’opposer à la réforme du Code du travail : « Il faut empêcher Macron de légiférer par ordonnances. » Ensuite, fidèle à ses combats, elle entend travailler sur la lutte contre les discriminations et sur les questions de violences policières. « Pour cela, j’ai à cœur de poursuivre les ateliers des lois, qui réunissaient des groupes de citoyens sensibilisés au sujet pour qu’ils travaillent sur un texte. »

Yves Frémion : « Lancer la recomposition de l’écologie politique autour d’un noyau indépendant »

Yves Frémion est candidat dans la 6e circonscription de Paris.

« Ma candidature est fondée sur une idée claire : il ne faut plus attendre pour lancer la recomposition de l’écologie politique autour d’un noyau indépendant. » C’est ainsi qu’Yves Frémion, 69 ans, s’est porté candidat (Citoyens – Régions et peuples solidaires – Paris écologie) dans la 6e circonscription de Paris, avec pour suppléante Nathalie Delhommeau. « J’avais demandé à EELV de m’investir dans la 4e circonscription des Français établis hors de France, celle du Benelux, parce que ma compagne est belge et que j’y passe beaucoup de temps. Je me suis fait jeter au motif que je n’allais quand même pas être parachuté. Je me suis donc présenté là où j’habite, face à Cécile Duflot », rigole le dissident, qui a pourtant payé sa cotisation au parti écologiste en 2016.

Yves Frémion a derrière lui un long parcours au sein des Verts puis d’EELV, dont il est également l’historien. « J’ai adhéré en 1986, alors que je participais à la mobilisation contre un projet de barrage hydraulique en Aveyron », se souvient-il. Il a été élu député européen en 1989 et porte le projet d’exception culturelle française au Parlement européen. En 1998, il est élu au conseil régional d’Île-de-France grâce à une alliance avec le PS de Jean-Paul Huchon, où il est resté jusqu’en 2010. « J’y ai créé Motif, l’observatoire régional du livre et de l’écrit en Île-de-France », souligne-t-il.

Car Yves Frémion est également un homme de lettres. Il a commencé sa carrière comme écrivain et journaliste et dirigé pendant plusieurs années la revue de science-fiction Univers. Spécialiste de bande dessinée, il contribue toujours au Monde.fr, à Zélium et à Zoo (une revue spécialisée dans le neuvième art). L’été, il file dans la ferme qu’il a retapée à Saint-Jean-du-Bruel (Aveyron), où il organise depuis 27 ans les Gamberges de la Dourbie, un « fermival » qui rassemble des artistes de tous poils pour deux jours d’expositions, de littérature et de chansons. « L’an dernier, pour la première fois, des gens du village — où le vote Front national est majoritaire — sont venus. »

Ben Lefetey : « Tant qu’on aura les mêmes élus au pouvoir, on ne changera pas les grandes orientations »

Ben Lefetey et sa suppléante, Corinne Darmani, sont candidats dans la 2e circonscription du Tarn.

Porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet contre le projet de barrage de Sivens, Ben Lefetey se présente dans la 2e circonscription du Tarn sous la bannière de la Relève citoyenne. Un aboutissement « après avoir milité pendant treize ans dans les contre-pouvoirs » chez Greenpeace France, à l’Alliance paysans-écologistes-consommateurs, à la fédération Artisans du monde et aux Amis de la Terre, et après avoir dirigé l’entreprise de tourisme responsable Thaïlande autrement. « Le bilan que je tire de ces années est que, malgré le dynamisme de ce milieu et quelques belles victoires, contre les OGM ou au Larzac, les choses ne changent pas sur le plan structurel, observe cet homme de 47 ans. Tant qu’on aura les mêmes élus au pouvoir, on gagnera quelques batailles, mais on ne changera pas les grandes orientations. J’ai donc décidé de m’investir davantage en politique. »

Ben Lefetey a adhéré à EELV en 2013. Il a figuré sur la liste « Gaillac à gauche » aux élections municipales de 2014. S’il privilégie aujourd’hui les élections législatives, c’est en raison de son « intérêt pour les questions nationales et internationales ». Il a dépassé la question de l’union à gauche — « J’avais signé un appel pour une candidature unique Hamon-Jadot-Mélenchon, mais j’ai très vite compris que les trois partis n’avaient aucune intention de s’unir et cela m’a ôté mes scrupules » — et se donne une mission : « Convaincre les indécis, les abstentionnistes. Je ne cherche pas du tout à convaincre les personnes que j’ai côtoyées dans le cadre de la mobilisation contre le barrage de Sivens et qui sont contre le système représentatif. »

Pour convaincre, il défend quatre axes prioritaires : une transition écologique juste et créatrice d’emplois, la lutte contre la précarisation du travail, la mise en œuvre d’une VIe République et la coopération internationale pour la paix et contre le changement climatique. S’il échoue à se faire élire, il n’a pas l’intention de baisser les bras : « Je profite de ma campagne pour identifier les personnes prêtes à s’engager dans des mouvements citoyens. L’idée est de les aider à préparer des listes citoyennes pour les prochaines échéances électorales, pour les municipales par exemple, pour installer une véritable démocratie locale type Saillans. »

Mouvement écologiste indépendant, décroissants, Parti animaliste 

• Parmi les organisations écologistes, le Mouvement écologiste indépendant (MEI) d’Antoine Waechter présente quelques candidats, comme sa vice-présidente Francine Herbaut-Dauptain, également conseillère municipale à Wattignies (Nord). Le mouvement s’est associé à La France qui ose, au Mouvement hommes-animaux-nature et au Trèfle au sein d’une Confédération pour l’homme, la nature et la planète qui revendique 350 candidats.

• Par ailleurs, la mouvance décroissante présente seize candidats répartis dans toute la France. Enfin, six mois après son lancement, le Parti animaliste, qui plaide pour la création d’un ministère de la protection animale et lutte contre la souffrance animale dans les élevages, présente 147 candidats. En désunion avec le Parti citoyen pour les animaux, créé en mars dernier, qui a investi de son côté une vingtaine de personnes.

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Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photos :
. chapô ; Ecoclubrivne
. Attard : © Maëlle Guéroult/Reporterre
. Dujardin : compte Facebook de la candidate.

DOSSIER    Elections 2017

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