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Le gouvernement lance une LGV absurde dans le sud-ouest, l’opposition se lève

4 juin 2016 / Baptiste Giraud (Reporterre)



Une enquête publique défavorable et l’absence de plan de financement n’ont pas arrêté le gouvernement. Il va déclarer d’utilité publique les LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax dimanche 5 juin. Les opposants se réunissent en Gironde. Ils vont relancer la bataille contre la réalisation de ces lignes.

- Bordeaux (Gironde), correspondance

L’affaire semblait pourtant mal emmanchée pour le gouvernement. Il veut réaliser le « Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest » (GPSO), qui consiste à réaliser deux nouvelles lignes à grande vitesse entre Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse (Reporterre vous en a parlé ici). Mais la commission d’enquête publique a rendu un avis défavorable en mars 2015. Une première pour un projet de cette ampleur.

Dans le rapport de la commission, les critiques ne manquent pas. Des impacts environnementaux « insuffisamment pris en compte » ; un besoin de LGV « non partagé » (« Aucune catégorie, même les entreprises, n’est majoritairement favorable au projet », est-il écrit) ; des alternatives « insuffisamment explorées » ; un budget très important (9,5 milliards d’euros), dont le financement n’est pas assuré, une rentabilité très incertaine, etc.

Pourtant, le 25 mai dernier, le secrétaire d’État aux transports, Alain Vidalies, par ailleurs natif des Landes, député de la 1re circonscription du département et plusieurs années adjoint au maire de Mont-de-Marsan, affirmait que le Conseil d’État venait d’émettre un avis favorable sur ce projet. Il a depuis confirmé dans la presse que la déclaration d’utilité publique (DUP) serait signée ce dimanche 5 juin.

9,5 milliards d’euros de budget prévisionnel 

Mais cette note du Conseil d’État reste... secrète ! « Seul le gouvernement peut décider de rendre publics les avis du Conseil d’État sur les textes qu’il lui soumet. En l’espèce, il semble que le gouvernement n’ait pas souhaité rendre cet avis public », nous explique le service de presse du Conseil d’Etat. On ne connaîtra donc pas les arguments du Conseil d’Etat, qui s’assied sur l’avis de la commission d’enquête publique. Le secrétariat d’État aux transports, interrogé par Reporterre à ce sujet, n’a pas donné suite à nos relances.

Pourtant, sur une autre affaire de train, la LGV Poitiers-Limoges, le même Conseil d’État a rendu récemment une décision opposée. La DUP de ce projet avait été prise en janvier 2015 par Manuel Valls. Mais, saisi par les opposants, il a finalement annulé la DUP, estimant que le projet n’était pas d’utilité publique et que la procédure n’avait pas été suivie de façon régulière.

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Vue aérienne d’une route traversant la forêt landaise.

« C’est affligeant, peste Denise Cassou, porte-parole du collectif vigilance LGV Gironde. Le tout TGV va dans le mur, les français n’en veulent pas : l’enquête publique a recueilli 15.000 contributions [6.912 contributions et 7.099 signataires de pétitions], ça ne s’est jamais vu. Cette décision est un déni de démocratie, on cherche à nous faire avaler ce projet de force. »

Selon elle, ce sont quelques élus de poids qui sont à la manœuvre : « Les grands élus des Landes veulent absolument cette LGV, pour être relié à Paris. Vidalies et [Henri] Emmanuelli notamment. » Mais aussi Alain Rousset, le président de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente (ALPC), Carole Delga, présidente de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, et Alain Juppé, soutiens inconditionnels de la LGV.

Si la DUP est bien signée d’ici le 8 juin, il faudra maintenant pour le gouvernement rassembler les 9,5 milliards d’euros de budget prévisionnel. Aucune ébauche de financement n’a encore été rendue publique. La région ALPC, pourtant favorable au projet, ne devrait rien donner : Alain Rousset s’y est engagé dans le cadre d’un accord avec EELV aux dernières régionales et a déclaré sur Twitter qu’il appartenait « au gouvernement de trouver des sources de financement nouvelles ».

En face, les opposants à la LGV sont loin de lâcher leur combat. Dernièrement, ils ont déclaré avoir acheté en 2011 deux terrains à Landiras, dans le sud de la Gironde, situés sur le tracé prévu de la nouvelle ligne Bordeaux-Dax. Et les 140 copropriétaires en indivision ne vendront pas de leur plein gré. « À travers cet achat collectif, nous sommes décidés à faire de l’obstruction, à mener une guérilla juridique, et à aller jusqu’à l’expropriation au tribunal », explique Denise Cassou. « Nous avons reçu énormément de retours positifs après l’avoir rendu public. C’est très clairement une action qui fait tilt car elle est positive, collective... et quelque peu facétieuse par sa “clandestinité”. Elle symbolise le côté David contre Goliath de cette lutte. »

« Vu le mépris qui nous est opposé… » 

Il s’agit aussi pour les militants - qui se retrouvent samedi 4 juin à Landiras de montrer aux autres propriétaires concernés par la ligne qu’ils « ne doivent pas se laisser faire. Car il y a vraiment une opposition de fond ici, chez les citoyens comme chez les élus. » Les associations d’opposants (Coordination Vigilance LGV Gironde, Très Grande Vigilance en Albret, la Sepanso, les Amis de la Terre Landes, la Coordination pour une alternative Midi-Pyrénées) se préparent également à déposer des recours, une fois la DUP signée.

Beaucoup ici imaginent la constitution d’une Zad pour empêcher le début des travaux, le jour où ils se profileront. Même l’enquête publique l’évoque au titre d’un « contexte peu porteur » et propice à la « contestation ». « Nous, associatifs, on ne va pas appeler à ça, on a choisi d’autres moyens d’actions, précise Denise Cassou. Et puis la Zad ne se décrète pas. Ceci dit, vu le mépris qui nous est opposé, je comprends que des personnes, notamment jeunes, passent à d’autres moyens d’actions. D’ailleurs la question n’est pas de savoir s’il y aura une Zad, mais où elle sera, voire où elles seront... »

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Une rame de TGV Atlantique circulant en Eure-et-Loir.

Les LGV Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse sont en réalité des étapes dans la réalisation d’une liaison ferroviaire à grande vitesse entre Paris et l’Espagne. Le tronçon Paris-Tours (« LGV Atlantique ») étant en service depuis 1989, c’est sa prolongation qui est en jeu. La construction de la LGV Tours-Bordeaux a commencé en 2012, dans le cadre d’un partenariat public-privé — l’acteur privé en question étant Vinci. Elle devrait coûter un peu moins de 7 milliards d’euros au total et être inaugurée à l’été 2017. Quant au dernier tronçon, de Dax à Hendaye, il avait été reporté par Jean-Marc Ayrault dès 2013, en raison du coût très important des travaux dans cette zone plus densément urbanisée, ainsi que des mobilisations dans le Pays basque dont, déjà, l’achat de parcelles du tracé par 500 copropriétaires militants. « Ils avancent géographiquement pas à pas, une étape à la fois. Ils n’ont pas abandonné l’idée de prolonger les nouvelles voies vers le Pays basque », rappelle Alice Leiciagueçahar, élus EELV au conseil régional ALPC.




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Lire aussi : Les LGV ne dynamisent pas les territoires

Source : Baptiste Giraud pour Reporterre

Dessin : © Tommy/Reporterre

Photos :
. Forêt : © Laurent Mignaux/Terra
. TGV : © Arnaud Bouissou/Terra

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