Média indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité, financé par les dons de ses lecteurs
Recevoir la lettre d'info

Édito — Culture et idées

Le mariage et l’écologie

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) est favorable au mariage homosexuel. Plus cohérent que le Parti socialiste (PS), EELV lie logiquement cet état revendiqué du droit à sa conséquence, la possibilité de recourir à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples ainsi mariés. En effet, les couples homosexuels, en tant que couples, sont nécessairement stériles. Dès lors, le mariage leur ouvre le droit de recourir à la PMA. Une autre conséquence logique devrait être, dans la foulée, l’ouverture du droit au recours à la gestation pour autrui. La position d’EELV découle de ce qu’il considère que l’enjeu du mariage homosexuel est le refus de la discrimination et « le progrès du droit des individus » (Cécile Duflot, Libération du 9 décembre 2012).

Légitime, cette position n’exprime cependant pas celle de tous les écologistes. Car, si l’on peut avancer qu’ils s’accordent sur l’égalité des droits et le refus des discriminations sexuelles, nombre d’entre eux s’inquiètent des conséquences collectives de ce « progrès du droit des individus ».

Un des piliers de la réflexion écologiste, dans le fil notamment des réflexions d’Ivan Illich et de Jacques Ellul, est en effet le questionnement de la technique, la critique de son caractère autonome, le refus de son caractère illimité. Les effets en sont, selon les écologistes, à la fois néfastes pour l’environnement – parce qu’elle favorise une transformation de plus en plus nuisible de la biosphère – et aliénante – parce qu’elle conduit à rendre l’humain esclave de son outil. Or la PMA s’inscrit pleinement dans cette analyse : « On ne peut être contre la fuite en avant technologique quand il s’agit des prouesses des nanotechnologies et pour quand il s’agit de faire des enfants », dit Alain Gras (sociologue des techniques à l’université Paris-I).

Michel Sourrouille, membre d’EELV, rappelle qu’Ivan Illich distinguait les outils permettant à l’humain de s’épanouir et ceux qui l’asservissaient en créant de nouveaux besoins. Selon lui, la PMA appartiendrait à cette dernière catégorie. Jacques Testart, coauteur de Labo Planète (Mille et une nuits, 2011), estime que la PMA est justifiée quand il s’agit de femmes stériles, mais il « résiste à la perspective des PMA pour les homosexuels ». Débat tranché ? Certes pas. Mais l’enjeu technique donc écologique de cette évolution possible du droit doit être clairement posé et débattu.

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner
Fermer Précedent Suivant

legende