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Monde

Le parc éolien marin le plus puissant du monde sera écossais

Une éolienne flottante à Agucadoura, Portugal.

L’Écosse a annoncé la construction de parcs éoliens en mer du Nord à la puissance impressionnante, et qui représente la plus grosse mise aux enchères d’éolien marin au monde. Les gagnants ? Total, Shell et autres majors pétrolières.

Édimbourg (Grande-Bretagne), correspondance

Coup de tonnerre dans le paysage des énergies renouvelables. Lundi 17 janvier, le gouvernement écossais a annoncé le verdict de la mise aux enchères de lots en mer du Nord pour y installer de nouvelles éoliennes offshore. Répartis sur une surface de 7 000 km2, les dix-sept projets sélectionnés devraient atteindre une puissance de 25 gigawatts (GW), environ un tiers de la puissance du parc nucléaire français. Un chiffre astronomique. À titre indicatif, la capacité totale européenne en termes d’éolien en mer est moitié moins importante (12 GW). La mise en service des projets de la plus grosse mise aux enchères d’éolien marin au monde devrait se réaliser à l’horizon 2030. Autre particularité : plus de la moitié de ces futurs parcs concerne des éoliennes flottantes, une technologie qui n’a encore jamais été développée à une aussi large échelle.

Plus de soixante-dix participants ont participé à cette mise aux enchères. Sans surprise, les grands gagnants sont les compagnies pétrolières comme Shell, BP et Total, déjà très actives en mer du Nord.

Le gouvernement écossais n’a pas caché son enthousiasme, jugeant cette opportunité « historique ». L’exécutif a promis un milliard de livres (1,2 milliard d’euros) d’investissement pour chaque gigawatt installé et des milliers d’emplois verts à la clé. De quoi « rendre la transition climatique acceptable », s’est réjouie la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon. Aujourd’hui en Écosse, près de 100 000 personnes travaillent dans l’industrie pétrolière et gazière. Ces méga-enchères devraient déjà permettre de rapporter au gouvernement écossais près de 700 millions de livres (840 millions d’euros).

La majorité des parcs éoliens sont détenus par des entreprises étrangères

« Ces résultats sont le signe de la confiance envers les énergies renouvelables et le développement d’une économie verte en Écosse, a réagi Fabrice Leveque, en charge des questions climatiques et énergétiques de la branche écossaise de l’ONG écolo WWF. L’éolien offshore a un rôle crucial à jouer pour nous aider à réduire les émissions et permet déjà d’alimenter des centaines de milliers de foyers écossais. Alors que nous électrifions notre réseau de transport et transformons nos modes de chauffage, il est logique que nous continuions à faire fructifier cette ressource naturelle de proximité. »

Lire aussi : L’éolien en mer menace la biodiversité

Friends of the Earth - Amis de la Terre -, l’une des plus importantes ONG de défense de l’environnement en Écosse, a également approuvé ce nouveau développement. Ryan Morrison, en charge des questions liées à la transition, a estimé dans un communiqué que cette mise aux enchères représentait « un moment clé vers un futur entièrement renouvelable ». Pour autant, l’ONG appelle le gouvernement écossais à la prudence. « L’expérience montre que ces multinationales cherchent le plus souvent à réduire les coûts au détriment des travailleurs et des communautés. »

De fait, la multiplication des projets d’éoliennes au large des côtes écossaises n’a jusqu’ici pas permis de créer des emplois localement. La vaste majorité des parcs éoliens sont en effet détenus par des entreprises étrangères, qui préfèrent en faire construire les fondations ailleurs, en Indonésie, en Chine ou aux Émirats arabes unis. « Le gouvernement écossais doit mettre en place des conditions strictes pour que ces entreprises utilisent des ressources locales et offrent des opportunités aux travailleurs du pétrole et du gaz. Si jamais ces conditions ne sont pas respectées, le gouvernement doit être prêt à annuler les contrats passés », a ainsi plaidé Ryan Morrison.

Plusieurs étapes restent encore à franchir avant que les éoliennes ne soient implantées en mer du Nord. Les financements des projets doivent notamment encore être discutés avant d’être définitivement adoptés.

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