Le photojournaliste Jean Segura relâché sans charges après une journée de garde à vue

Durée de lecture : 3 minutes

10 janvier 2020

Le photojournaliste Jean Segura a été libéré ce vendredi 10 janvier à 15 h 15. Il avait été arrêté jeudi 9 janvier au cours de la manifestation contre le projet de réforme des retraites, à Paris, vers 16 heures. Quand il est sorti de sa garde à vue, une cinquantaine de personnes, étaient présentes devant le commissariat du 10e arrondissement. Elles avaient répondu à l’appel à soutien du collectif Reporters en colère.

À sa sortie, Jean Segura a expliqué que le motif de son interpellation, d’après la police, était « violence sur personne dépositaire de l’autorité publique ». « Mais je n’ai exercé aucune violence et c’est pourquoi je suis libéré aujourd’hui. L’affaire a été classée sans suite faute d’éléments », a-t-il déclaré.

« Au moment de mon interpellation, j’intervenais pour signaler que la personne en train d’être interpellée par la police était journaliste. À ce moment-là, quelqu’un m’a attrapé dans le dos et fait une clé d’étranglement. J’ai d’ailleurs encore mal au cou des deux côtés ainsi qu’une plaie à la jambe », a-t-il poursuivi. « J’ai été frappé par le plaisir manifeste qu’éprouvait le policier à faire cela et à détruire mon matériel. »

Jean Segura a également souligné que c’est face à la répétition de plus en plus fréquente de ce genre d’événements qu’a été créé le collectif Reporters en colère, qui rassemble une centaine de reporters de terrain, souvent indépendants, précaires et donc victimes de violences policières. « On l’a fondé car si on n’y allait pas collectivement, personne ne nous prendrait au sérieux », a-t-il expliqué.

L’arrestation de Jean Segura le 9 janvier 2020 à Paris

Pour rappel, le photojournaliste Jean Segura et le vidéaste Simon-Pierre Sokoury avaient été arrêtés jeudi 9 janvier au cours de la manifestation contre le projet de réforme des retraites, à Paris. « C’était à 16 h 03, au niveau du 80 rue Saint-Lazare, raconte à Reporterre le photographe indépendant MTG, qui a filmé la scène. Nous n’étions pas très loin de la gare Saint-Lazare, point d’arrivée de la manifestation. Plusieurs personnes avaient des fruits dans leurs sacs et les jetaient sur la police. Après avoir reçu quelques oranges, les policiers — des membres de la Brav [brigade de répression de l’action violente] avec des casques de moto, les autres équipés de casques à bande bleue ou de casques noirs — ont fait une percée dans la foule. » D’après le photographe, Simon-Pierre Sokoury s’est alors mis à filmer et Jean Segura à prendre des photos. « Puis les policiers se sont tournés vers eux. Les journalistes ont eu peur pour leur matériel et ont essayé de le protéger. C’était assez violent, ils ont pris des coups. Simon-Pierre a pris un coup sur la tête et s’est mis à saigner. Au moment où Jean s’est fait arrêter, je me suis pris un coup sur la main et mon téléphone est tombé par terre. » La brutalité de l’interpellation a été telle qu’après le départ des deux journalistes, les témoins de la scène ont retrouvé le chapeau de Jean et « des chaussures, probablement celles de Pierre-Simon », sur la chaussée.

La vidéo de la scène, filmée par le photographe TGG.

Jean Segura est membre du collectif de photojournalistes indépendants « La Meute », formé lors des grèves et manifestations contre la loi Travail au printemps 2016 en France. « Nous sommes une dizaine de membres, majoritairement franciliens. L’idée est de faire du reportage de photographie sociale en assumant notre engagement », explique Jaya, une photographe du collectif. Jean Segura est par ailleurs membre du collectif Reporters en colère (Rec) et travaille régulièrement pour Fumigène Magazine. Il a réalisé plusieurs reportages pour Reporterre.



Chapô : ©Émilie Massemin / Reporterre
.L’arrestation de Jean Segura le 9 janvier 2020 à Paris (capture d’écran). ©MTGphotographe
.Le chapeau de Jean Segura et les chaussures de Pierre-Simon Sokoury. ©Reporters en colère



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  La vidéo de la scène, filmée par le photographe TGG.

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