Le plan d’aide aux éleveurs ne sera pas géré par un homme d’affaires proche de M. Beulin - mais ça a failli

Durée de lecture : 2 minutes

5 octobre 2015 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Le ministère de l’Agriculture a envisagé de nommer un membre du conseil d’administration du groupe d’affaires Avril pour piloter le « plan national pour l’investissement dans les filières d’élevage », selon un document que Reporterre s’est procuré. Or, ce conseil est présidé par Xavier Beulin, aussi président de la FNSEA. Les intéressés ont fait marche arrière.

C’est une petite phrase qui n’a l’air de rien, glissée tout en bas de la première page d’un document du ministère de l’Agriculture. Dans ce « Relevé de conclusion » en date du 3 septembre 2015 concernant le plan national pour l’élevage, il est inscrit que « Pierre Pringuet sera chargé de piloter ce plan national pour l’investissement dans les filières d’élevage » :

- Voir le document :

Relevé de conclusion / 3 septembre 2015.

Hormis Gilles Luneau, qui a détaillé le CV de Pierre Pringuet dans Global magazine, personne n’a relevé ce fait. Qui interroge : Pierre Pringuet est en effet connu comme « parrain du capitalisme français » pour ses activités à la direction de Pernod Ricard et à la présidence de l’Afep (Association française des entreprises privées - qui regroupe les cent plus grandes entreprises du pays) mais il est aussi membre du conseil d’administration d’Avril, comme l’avait révélé Reporterre au printemps dernier.

Intérêts industriels et commerciaux

Un conseil d’administration présidé par… Xavier Beulin, celui-là même qui est allé en personne négocier un plan d’investissement visant un peu plus à éteindre la petite paysannerie française. Problème : c’est au nom de la FNSEA, premier syndicat agricole français, qu’il préside depuis bientôt cinq ans, que Xavier Beulin était à la table des négociations.

Xavier Beulin à la tribune, place de la Nation, à Paris, le 3 septembre.

En pleine crise structurelle de l’élevage français, « l’homme aux mille bras » aurait donc profité de sa casquette syndicale pour placer un représentant de ses intérêts industriels et commerciaux à une fonction essentielle, celle de distribuer l’enveloppe de trois milliards d’euros prévus sur les trois prochaines années.

Intrigué par cette anomalie, Reporterre a contacté les principaux acteurs concernés.

Le malaise est réel

Joint par mél, Pierre Pringuet nous a répondu deux jours plus tard. Surprise, il infirme l’information : « Finalement, ce ne sera pas moi et donc je ne peux rien dire de plus. » Une marche arrière confirmée par l’entourage du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll : « C’était effectivement une des hypothèses que Pierre Pringuet assure le pilotage, mais cela ne devrait pas être le cas en définitive. Mais la mission aura bien lieu ! »

Selon nos informations, le nom du « remplaçant » est attendu pour cette semaine.

Mais la gêne observée du côté du cabinet ministériel – « Si c’était ça l’angle de votre papier, il n’a plus de raison d’être » - laisse entendre que le malaise est réel autour de la nomination de ce poste stratégique… pour Xavier Beulin.





Lire aussi : Le plan de Xavier Beulin qui va faire disparaitre les petits paysans

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos : © Marie Astier/Reporterre
Chapô : Lors de la manifestations des éleveurs à Paris, le 3 septembre.



Documents disponibles

  Relevé de conclusion / 3 septembre 2015.
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