Le quatrième Conseil de défense écologique se contente de mesurettes

Durée de lecture : 5 minutes

12 février 2020



Pas de grande annonce mais une série de mesures techniques : tel est le bilan du quatrième Conseil interministériel de défense écologique, présidé par Emmanuel Macron, qui s’est déroulé ce mercredi 12 février à 12 h à l’Élysée. À son issue, la ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, a annoncé une série de mesures sur trois sujets : l’adaptation au dérèglement climatique, et en particulier aux inondations et au recul du trait de côte ; la protection de la biodiversité ; et l’exemplarité des services en matière de transition écologique.

« 17 millions de nos compatriotes [sont] exposés au risque d’inondations », a indiqué la ministre aux journalistes présents. Face à cette situation, le Conseil de défense écologique a décidé de diviser par deux la durée d’élaboration des programmes d’action pour la prévention des inondations « qui peuvent aujourd’hui prendre jusqu’à huit ans », a rapporté Mme Borne. En-deçà de 20 millions d’euros, ces programmes de prévention seront désormais validés au niveau local. Le Conseil promet également de garantir la capacité du Fonds Barnier de prévention des risques naturels, et d’accompagner neuf sites, parmi lesquels Marseille, Dax et Vernon, dans la réduction de leur exposition au risque d’inondation, avec une équipe d’architectes, d’urbanistes et d’ingénieurs.

Pour ce qui est de prévenir les conséquences du recul du trait de côte, qui concerne 20 % de la surface maritime française et pourrait menacer 50.000 logements d’ici la fin du siècle, le conseil préconise, pour les sites menacés à court terme, d’interdire les nouvelles constructions, en relocaliser certaines, et de recréer les dunes, des forêts, des prairies qui limitent l’érosion d’ici trente ans. Il annonce également la création d’un permis de construire pour ces espaces menacés, [qui] autorisera seulement les constructions non pérennes et démontables et la création d’une obligation d’information transparente et objective des acheteurs et locataires sur le risque d’érosion.

Élisabeth Borne a présenté les mesures à l’issue du Conseil de défense écologique, mercredi 12 février

En matière de biodiversité, la ministre a rappelé la promesse d’Emmanuel Macron du 6 mai 2019, de mettre sous statut protecteur 30 % du territoire terrestre et maritime de la France — dont « 10 % sous protection forte ». Elle a rappelé la création de quatre parcs naturels régionaux, du mont Ventoux, du Doubs-Horloger, de la baie de Somme-Picardie maritime et de Corbière-Fenouillède, et du « plus grand parc de forêt d’Europe » en Bourgogne et Champagne fin 2019. Jeudi 13 février, Emmanuel Macron doit en outre annoncer un arrêté de protection du sommet du Mont-Blanc, qui bénéficie déjà du statut de site classé. Pour rappel, deux événements internationaux importants pour la protection de la biodiversité sont prévus en 2020, le congrès mondial de la nature, en juin à Marseille et la COP15 en octobre en Chine, et le président de la République entend bien s’y présenter comme champion de la biodiversité.

Enfin, Mme Borne a annoncé vingt mesures censées favoriser la transition écologique des services publics : forfait mobilité durable de 200 euros pour les agents de la fonction publique d’État se rendant au travail à vélo ou en covoiturage, arrêt des achats de plastique à usage unique pour les lieux de travail et les événements, fin de l’utilisation des pesticides sur tous ses sites ouverts au public ou non, fin des trajets en avion si un trajet alternatif de moins de quatre heures existe, etc.

Vingt mesures censées favoriser la transition écologique de la fonction publique seront déployées cette année

Ces mesures semblent anecdotiques en comparaison avec les annonces qui ont suivi les précédents conseils, depuis la création de cette instance le 15 mai 2019. Le premier Conseil, le 23 mai 2019, avait abouti à l’abandon « en l’état » du projet minier controversé de la Montagne d’or, en Guyane ; le second, le 9 juillet 2019, avait instauré une écocontribution sur les vols au départ de la France à partir de 2020 ; et le troisième, le 7 novembre 2019, avait été marqué par l’abandon du projet de mégacentre commercial EuropaCity, sans toutefois remettre en question l’urbanisation du triangle de Gonesse.

Elles n’ont en tout cas pas satisfait les associations écologistes. Greenpeace a dénoncé des « petits pas » et « l’hypocrisie (...) au sommet » d’Emmanuel Macron, rappelant que « dans sa stratégie nationale bas carbone, présentée récemment, le gouvernement envisage d’émettre plus de gaz à effet de serre que ce qui était prévu initialement ». Dans un tweet, le porte-parole climat de l’ONG, Clément Sénéchal, indique que « le même jour que le Conseil de défense écologique, les députés européens d’Emmanuel Macron [ont voté] un accord de libre-échange climaticide avec le Vietnam ». « Dans le secteur des transports, l’annonce d’un forfait mobilité durable de 200 euros pour les agents d’État constitue un recyclage d’une mesure de la loi d’orientation des mobilités. Par ailleurs ce dispositif n’a toujours pas été rendu obligatoire pour les salariés du secteur privé », rappelle pour sa part le Réseau Action Climat sur Twitter. En janvier, l’association avait dénoncé le « grand écart entre discours et petits pas » caractérisant la politique climatique du gouvernement.

Ce Conseil devait pourtant marquer le début d’une séquence politique visant à verdir l’image du président de la République, à la veille d’élections municipales que les partis écologistes abordent en position de force. Ce mercredi soir, M. Macron doit en effet dîner avec des scientifiques experts du climat et de la biodiversité au refuge du Montenvers, à Chamonix (Haute-Savoie). Demain, il enchaînera avec une visite du site de la Mer de Glace, en très fort recul à cause du réchauffement climatique, et par un discours à l’occasion du lancement de l’Office français de la biodiversité — alors que l’établissement, pas encore né, est affligé de coupes budgétaires drastiques dénoncées par les syndicats.

  • Source : Reporterre
  • Photos : © Émilie Massemin/Reporterre
    . Chapô : Élisabeth Borne au point presse à l’Élysée, mercredi 12 février 2020.




Lire aussi : Le gouvernement « constate l’incompatibilité du projet Montagne d’or » avec l’environnement


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