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Transports

« Le service va se dégrader » : en Île-de-France, la colère monte contre la privatisation des bus

Bus RATP.

Dégradation des conditions de travail, réseau moins sûr... Des agents de la RATP et des élus d’opposition ont dénoncé le 10 février la privatisation des bus en Île-de-France, voulue par l’autorité présidée par Valérie Pécresse. Une pétition a été lancée.

La colère monte dans les bus parisiens. Île-de-France Mobilités, l’autorité présidée par Valérie Pécresse chargée d’organiser les transports en Île-de-France, s’apprête à privatiser l’exploitation des lignes aujourd’hui assurée par la RATP et la SNCF. Ces quelque 350 autocars transportent plus de 1 milliard de voyageurs par an. La décision, qui devrait être actée le 17 février prochain, suscite une vive opposition : ce jeudi 10 février, agents et élus d’opposition se sont rassemblés devant le Conseil régional, au slogan de : « Bus privés : tous privés de bus ! »

« Cette ouverture à la concurrence va entraîner le transfert de l’ensemble des agents de la RATP — 19 000 agents du réseau bus RATP — dans des entreprises de droit privé, dit Cemil Kaygisiz, secrétaire général de la CGT RATP Bus, joint par Reporterre. Ce sera une dégradation de nos conditions de travail, et donc derrière, une dégradation du service aux usagers. » D’après le syndicaliste, les agents pourraient voir leur temps de travail augmenter d’une heure par jour, soit un mois et demi de labeur en plus chaque année.

La loi d’orientation des mobilités — dite LOM — a prévu l’ouverture à la concurrence des transports en commun. Mais Mme Pécresse a visiblement décidé d’aller plus vite et plus loin dans la privatisation. Selon le groupe Gauche communiste, écologiste et citoyenne de la région Île-de-France, rien n’empêchait la mise en place d’une régie publique régionale, et rien n’obligeait à une telle précipitation, qui plus est sans réel débat public. « Il y a clairement une volonté politique, idéologique même, de casser le service public », affirme M. Kaygisiz.

Un réseau « moins sûr » et « moins économe »

Dès 2020, Mme Pécresse indiquait sa volonté d’accélérer la machine. Objectif, selon la présidente : que « tout le réseau puisse être ouvert à la concurrence à l’horizon 2030 ». Les lignes concernées « seraient forcées d’améliorer leur offre pour être compétitives face à d’autres opérateurs, publics ou privés », avait insisté Valérie Pécresse. Sur le site d’Île-de-France Mobilités, on lit ainsi que la mise en concurrence vise à « offrir un meilleur service » aux Franciliens : plus de régularité, de propreté, d’information.

La libéralisation a ainsi démarré en 2021 par les 1 500 lignes de bus du réseau Optile, qui desservaient 90 % des communes de moyenne et grande couronnes. Une première étape qui ne s’est pas faite sans accroc. Grèves, incidents d’exploitation, plaintes des usagers. Les chauffeurs de bus nouvellement passés au privé ont notamment dénoncé des amplitudes de travail largement étendues, sans hausse de salaire. Après les bus RATP, dont la privatisation est prévue en 2025, les trains de banlieue, les tramways, les métros et les RER devraient suivre.

« La maintenance se fera à moindre coût et sera source d’encore plus d’incidents »

Pour les conseillers régionaux du groupe communiste et écologiste, qui ont lancé une pétition contre ce projet, la concurrence risque d’aboutir à « un réseau moins sûr — avec une recherche de profits, la maintenance se fera à moindre coût et sera source d’encore plus d’incidents, voire d’accidents graves — moins efficace et moins économe — chaque entreprise devra recréer des services de fonctions support (paye, communication) qui sont aujourd’hui largement mutualisés ».

Au-delà de la « casse sociale », la CGT craint aussi des effets désastreux sur le plan écologique : « Avec la privatisation, le service risque de se dégrader — faute de moyens investis, faute de conditions de travail satisfaisantes, alerte M. Kaygisiz, et derrière, ça va dégoûter les usagers d’emprunter les transports en commun. Ils préféreront prendre leur voiture. » Le syndicat préconise pour sa part un retour de la puissance publique, « afin de développer les transports en commun » : « Embaucher du personnel, dans de bonnes conditions de travail, afin qu’on puisse assurer un service de qualité », dit M. Kaygisiz. La CGT appelle donc, avec d’autres syndicats, à une grande mobilisation le 17 mars prochain.

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