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Le vin bio transporté à la voile a le vent en poupe

1er septembre 2014 / Marion Paquet (Reporterre)



Vanessa et Christian ont jeté leurs bouteilles à la mer. Ce jeune couple fait commerce en Bretagne d’un vin particulier : il est transporté à la voile et conservé dans l’eau de mer.

- Quimper, reportage

Entre les maraîchers, bouchers et vendeurs de produits laitiers, le stand de Vanessa Puisais et de Christian Penneau retient l’attention des clients sur le marché bio de Quimper. Leurs bouteilles de vin portent une étiquette inconnue des grandes surfaces : « Transportées à la voile ».

Elle est Marseillaise, lui est Breton et depuis début juillet, ils vendent sur les marchés du Finistère des bouteilles de vin bio. En plus de ce label, leur vin a deux autres caractéristiques : il est transporté en bateau à voile et sera conservé dans l’eau de mer.

Trouver du vin bio sur les marchés de producteurs locaux n’est pas chose courante dans le Finistère. « Ce n’est pas une région viticole, explique Christian Penneau, qui travaille depuis huit ans dans le domaine du vin. Il faut l’importer. » « Nous faisons nos courses sur les marchés, explique Vanessa Puisais, et, en arrivant en Bretagne, en avril 2013, nous n’avions pas trouvé de vin. » Les deux trentenaires y ont vu une opportunité et ont créé une association : Vin de voile.

Passionné de la mer, Christian Penneau est à l’aise sur les flots depuis tout petit. « Je ne me souviens même plus de la première fois que je suis monté sur un bateau », raconte-t-il. Pour celui qui est né à Brest et a grandi en Normandie, cette anecdote sonne comme une évidence. Pourtant, il s’est éloigné de l’océan pour parcourir les vignobles de France : « Je crois que j’ai fait tous les métiers en rapport avec le vin, sauf sommelier », poursuit-il.

Une alternative au pétrole

Les amateurs de vins soucieux du respect de l’environnement vont pouvoir trinquer tranquille : « Pas besoin de pétrole ou autre carburant pour transporter nos bouteilles, la seule force du vent suffit. Nous faisons transporter les bouteilles en bateau à voile depuis Nantes jusqu’à Concarneau [Finistère, ndlr], poursuit Christian Penneau. Pour l’instant, c’est un transporteur privé qui se charge de nous les livrer, mais l’objectif de l’association est de trouver un vieux gréement, des années 50/60, à restaurer, pour transporter nous-mêmes le vin. »

Huit vignerons de cinq régions françaises les soutiennent dans cette aventure : du vignoble alsacien, de la Loire, des Côtes du Rhône, du Languedoc et du Bordelais. « C’est impossible d’effectuer le transport à la voile de tous les vins », reconnaît Christian Penneau, qui connait tous les domaines d’où viennent ses vins.


- Le port de Concarneau -

« Cette démarche s’inscrit dans la logique des circuits courts, précise Vanessa, pour qui discuter et informer le client est aussi important que l’acte de vente. Entre le vigneron et le consommateur, il n’y a que l’association. Christian peut expliquer d’où viennent les vins, décrire les vignobles… et ça plaît au consommateur, se réjouit la jeune femme. On aimerait que d’autres personnes reprennent notre idée pour la développer partout en France et aussi la promouvoir à l’étranger. Une fois qu’on aura un bateau, on pourra faire une transatlantique pour vendre le vin aux Antilles françaises ».

C’est la globe-trotteuse qui parle. Après avoir vécu en Espagne, la Marseillaise ne compte pas rester attachée au port breton trop longtemps : « Avec Vin de voile, on va pouvoir vivre de notre passion, faire découvrir notre manière de faire et le vin bio là où on aura envie d’aller ».

Des activités diversifiées

Enthousiaste, le couple ne ménage pas ses efforts. Six jours par semaine, il parcourt les marchés du Finistère. Chaque fois, une vingtaine de bouteilles vendues fait fructifier le capital de l’association. « À ce rythme, on ne va pas pouvoir acquérir un bateau tout de suite, regrette Christian Penneau, qui estime le coût de l’entreprise à une centaine de milliers d’euros et à au moins deux années de travail, alors on propose d’autres actions pour se faire connaître et soutenir », dont des soirées de dégustation sur un voilier de tourisme, le Popof.

Entre deux marchés et festivals, le couple rentre à Concarneau. Ils vivent sur un bateau. Là, sur le port, en se promenant, ils regardent, admiratifs, les vieux voiliers...

Après avoir créé trois entreprises, Christian Penneau s’investit à temps plein dans Vin de voile : « Le statut d’association est plus simple que celui d’une entreprise, explique-t-il. Nous n’avons pas besoin de beaucoup investir, seulement le prix du transport, 1,20€ par bouteille, et la location de l’emplacement de vente, que nous répercutons sur le prix des bouteilles. Nous proposons aux gens d’adhérer à l’association, pour 5€, en guise de soutien financier. Ils peuvent suivre nos activités sur notre site internet ou facebook, ce qui renforce la confiance et crée un sentiment de proximité avec nos adhérents ».


- Le Popof, navire sur lequel l’association organise des soirées de dégustation -

« Pour bien démarrer, nous avons choisi de nous adresser à un public déjà sensibilisé aux problématiques environnementales, complète Vanessa Puisais. Nous n’allons que sur les marchés bio. Ils sont plus petits, il y a moins de monde, et nous pouvons prendre le temps de discuter avec les clients, de leur expliquer notre démarche. »

La mer comme cave à vin !

Pour pousser jusqu’au bout la logique « écolo-bio », comme ils se plaisent à la nommer, Vin de voile va stocker ses bouteilles au fond de la mer. « Pour l’instant, on les conserve dans un hangar climatisé, mais on va expérimenter l’élevage en immersion. Nous avons trouvé un endroit parfait dans la baie de la Forêt, près de Concarneau », explique le couple.

Gare aux ivrognes pirates ! Vin de voile garde la cachette secrète : « Il faut que le butin soit au calme, dans le noir, à l’abri des changements de température », explique Christian Penneau, qui imagine bien les poissons venir se frotter aux bouteilles reposant sur le sable. L’idée est inspirée des nombreux reportages et lectures dont se nourrit le couple, passionné des océans. « Sous l’eau, on retrouve les conditions parfaites pour la conservation du vin, poursuit le connaisseur. En plus, c’est écologique ! »

La technique a déjà fait ses preuves chez certains vignobles côtiers. D’après Loïc Schmidt, un des sommeliers qui a eu l’occasion de goûter des vins élevés dans le courant des marées, « le vin vieillit plus rapidement dans la mer. Pour les vins de garde [qui se bonifient avec le temps, ndlr], c’est un avantage. L’élevage en immersion donne des vins plus évolués ».

Conclusion pour le couple de l’association : « Un argument supplémentaire de boire du vin en Bretagne sans nuire à l’environnement ».




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Lire aussi : Le transport à la voile, alternative au pétrole, prend la mer le 19 juin

Source et photos : Marion Paquet pour Reporterre

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