Le vrai sens du rapport Ademe : le nucléaire n’est plus compétitif face aux renouvelables

10 avril 2015 / Sylvain Lapoix



Dans un rapport d’abord caché puis révélé par Mediapart, l’Ademe constate que l’électricité française pourrait être à 100 % renouvelable en 2050. Mais son apport est surtout de poser que cela ne serait pas plus coûteux qu’avec le nucléaire.

En 2050, la France pourrait avoir une électricité 100 % fournie par les énergies renouvelables et se passer du nucléaire. C’est ce que conclut une étude de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maitrîse d’énergie). D’abord caché parce que dérangeant, ce rapport a été publié par Médiapart.

- Intitulé Vers un mix électrique 100% renouvelable en 2050, Le voici en téléchargement :

Et l’analyse de Sylvain Lapoix :


La publication du scénario de l’Ademe à 100 % d’énergies renouvelables pour 2050 par Mediapart ne change pas grand chose au débat technique sur ces ressources. Des côtes du Finistère aux terrasses de Menton, il est connu que le « gisement » français d’énergies renouvelables pourrait largement couvrir les besoins nationaux (même en tenant compte de l’évolution démographique et des ventes d’iPad).

Là où ce rapport bouscule totalement le débat, c’est en livrant un chiffre très gênant pour l’industrie électronucléaire française : installation, entretien, stockage et transport compris, le mégawatt-heure 100 % renouvelable Made in France coûterait en 2050 119 € contre 117 € avec le maintien du parc nucléaire et 40 % de renouvelables. Ou 3 € en comptant la part rendue renouvelable.

L’avantage compétitif « décisif » de la filière nucléaire fondrait donc, selon cette hypothèse, à 2 €, soit 1,7 % du coût au mégawat-heure. Une goutte d’eau dans le barrage aux renouvelables.

La révolution tient ici au retour dans le débat sur l’électricité d’une notion essentielle aux choix énergétiques : le « signal prix ». Il s’agit d’un seuil qui modifie (selon qu’on soit au-dessus ou en-dessous), les choix des consommateurs et donc l’orientation du marché. Passé sous un certain seuil aux Etats-Unis, le prix du gaz devenu compétitif par rapport au charbon a permis la bascule de nombreuses centrales d’une énergie à l’autre. Mais quand les prix du gaz ont repassé cette même barre dans l’autre sens, la manivelle est repartie en arrière et la consommation de charbon à la hausse. Et ainsi de suite.

La remise en cause que n’a pas provoquée Fukushima viendra peut-être des tableaux de l’Ademe

Jusqu’ici, le « signal » des énergies renouvelables en France était le prix d’une unité d’électricité ainsi produite par rapport à la même quantité sortie d’une centrale nucléaire. Et, à tout coup, les énergies renouvelables demeuraient incapables de rivaliser pour mille malédictions techniques : « non matures », « mal maîtrisées », « trop intermittentes » et autres plaies.

La levée de cet argument replace donc le débat énergétique sur le plan d’un vrai choix politique (et industriel) : pour ou contre le nucléaire. L’électrochoc que Tchernobyl et Fukushima n’ont pas délivré à cette question pourrait donc bien nous parvenir des tableaux de l’Ademe. Lesquels partagent certainement de nombreuses lignes avec ceux de NegaWatt.

Malgré ce changement notable deux questions restent quant au mix :

- Quelles filières de production des panneaux solaires, éoliennes et autres motrices seront choisi pour garder le bilan carbone de cette transition le plus bas possible (et éviter la production en masse de cellules photovoltaïques dans des usines alimentées au charbon) ?

- Quelle sera la place des économies d’énergies dans ce scénario (au regard des ambitions affichées du gouvernement quant à la voiture électrique) ?

Nul doute que ces deux nouveaux arguments seront brandis à leur tour par les tenants du tout nucléaire pour remplacer une supériorité économique de plus en plus contestée.




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Source : Sylvain Lapoix

Photo : Hervé Kempf/Reporterre



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