Les Verts, grands gagnants des élections en Bavière, continuent leur percée dans la Hesse

15 octobre 2018 / Violette Bonnebas (Reporterre)

Lors des élections bavaroises organisées dimanche, le parti écologiste est devenu la deuxième force politique régionale. Ce succès reflète un engouement national pour les Grünen outre-Rhin. Le parti affiche nettement sa priorité environnementale et est clair sur les migrants.

  • Actualisation - Lundi 29 octobre Deux semaines après le scrutin en Bavière, qui a vu les Verts doubler leur score de 2013, l’élection en Hesse de dimanche 28 octobre a confirmé cette tendance, le parti écolo recueillant 19,5 % des voix.

  • Actualisation - Lundi 15 octobre 2018 - Lors des élections qui se sont déroulées en Bavière, le parti des Verts a recueilli 19 % des voix, soit presque le double de leur score précédent en 2013. Les partis conservateur CSU et social-démocrate SPD reculent fortement, tandis que le parti d’extrême-droite AfD obtient 10 %, moins que ce qu’il escomptait (détails ici).

  • Article du 12 octobre :
  • Berlin (Allemagne), correspondance

« Il y a du changement dans l’air, sourit Katharina Schulze, la tête de liste des écologistes bavarois. On enregistre tous les jours de nouveaux membres, et de plus en plus de sympathisants de la droite modérée me disent que, cette fois, ils vont voter pour nous. » À deux jours d’un scrutin très attendu, la trentenaire achève son tour de la Bavière en voiture électrique entre Nuremberg, Bayreuth et Schweinfurt.

« Insuffler du courage plutôt que faire peur » : son slogan est une référence directe à ses adversaires conservateurs, notamment l’Alternative für Deutschland (AfD), populiste et xénophobe. « La haine, ça suffit ! explique Katharina Schulze à Reporterre. Ce n’est pas une parole en l’air. Cette élection est particulièrement importante parce que tout ce qui semblait aller de soi, comme l’ouverture sur le monde, sur l’Europe, est remis en cause. Les électeurs sentent que nous sommes à la croisée des chemins. »

Les élections de ce dimanche promettent un tournant historique, dont les conséquences se feront sentir bien au-delà des limites de « l’État libre de Bavière ». Pour la première fois depuis 1950, la CSU, parti frère de la CDU d’Angela Merkel, très influent à Berlin et Bruxelles, devrait y perdre largement sa majorité absolue. Selon les sondages, les conservateurs bavarois pourraient ne recueillir que 30 à 33 % des voix, en chute libre par rapport aux dernières élections (48 %), un score qui les contraindrait à former une coalition pour gouverner.

 « La fin d’un parti de protestation au profit d’un parti de gouvernement »

Les Grünen, eux, oscillent entre 16 % et 18 %. Du jamais-vu dans cette région catholique où ils jouaient jusqu’ici les figurants. Si les sondages se confirment dimanche, ils deviendraient la deuxième force politique de Bavière, derrière la CSU et devant l’AfD.

La dynamique des Verts ne se limite pas à la Bavière. « C’est une tendance de fond dans toute l’Allemagne, analyse le politologue Michael Weigl. La société allemande est de plus en plus polarisée sur la mondialisation et ce que cela implique sur les frontières, le rapport à l’Europe, le rapport aux migrants. Les deux partis qui en profitent sont ceux qui apparaissent comme les plus cohérents sur ces thèmes : l’AfD, et, à l’autre bout du spectre, les Verts. » Dans le Land voisin de Hesse, qui vote à son tour fin octobre, ils atteignent également 18 %, tout comme dans les enquêtes d’opinion réalisées à l’échelle nationale. C’est plus du double que le score réalisé aux élections législatives il y a un an.

Les Grünen captent les électeurs déçus par la « grande coalition » des conservateurs et des sociaux-démocrates au pouvoir depuis six mois. Loin des crises gouvernementales à répétition sur la politique migratoire, ils montrent un parti soudé autour d’une ligne claire. D’après l’institut Forsa, 40 % des électeurs prêts à voter pour les Verts avaient voté pour le SPD (le Parti social-démocrate d’Allemagne) aux législatives de 2017, et 25 % d’entre eux pour les conservateurs.

Katharina Schulze, la tête de liste des écologistes bavarois.

Il y a quelques mois, alors qu’ils étaient traumatisés par l’échec de leur tentative d’entrée au gouvernement d’Angela Merkel, les Verts allemands n’auraient osé rêver d’un tel succès. Mais le plus petit parti du parlement allemand a repris du poil de la bête. Une nouvelle génération de cadres veut en faire le prochain grand parti de centre gauche allemand, emmené par le charismatique Robert Habeck. Issu de l’aile droite du parti, ce docteur en philosophie revendique « la fin d’un parti de protestation au profit d’un parti de gouvernement » recentré autour de deux piliers, l’environnement et la justice sociale.

Des thématiques qui collent aux priorités des électeurs allemands. En Bavière, la protection de l’environnement est considérée comme le deuxième sujet le plus important après l’éducation, selon une étude de l’institut Infratest dimap. Le 6 octobre dernier, 18.000 personnes ont manifesté à Munich pour une politique plus écologique, à l’appel d’associations environnementales. « Les Grünen ne sont plus seulement un parti de grandes villes, observe le politologue Stefan Wurster. À la campagne aussi, ils capitalisent désormais sur l’intérêt de la population pour la protection de la nature. »

 « Nous sommes prêts à gouverner, mais pas à n’importe quel prix »

Dans cette région de plein-emploi, la thématique de la justice sociale intéresse moins. Mais le positionnement promigrant et pro-européen séduit des chrétiens attachés à l’accueil des réfugiés, tout comme des entrepreneurs qui comptent sur les demandeurs d’asile pour compenser un manque criant de main-d’œuvre. Un électorat traditionnellement acquis à la CSU, aujourd’hui déboussolé par le virage à droite du parti sur la question migratoire. « Parmi la foule de Bavarois qui sont venus accueillir les demandeurs d’asile dans les gares en 2015, il y avait de nombreux électeurs conservateurs, souligne Stefan Wurster. Aujourd’hui, ils vont voter vert. »

Incapable de faire le grand écart entre son électorat très droitier, tenté par l’AfD et son aile plus centriste, la CSU éparpille ses voix. « La CSU parle de “tourisme de l’asile”, ça ne me plait pas », a expliqué le Bavarois Josef Mayerhofer au journal Der Spiegel. Après avoir voté pendant 32 ans pour la CSU, ce directeur des ventes donnera cette fois sa voix aux écologistes.

Pour séduire ces nouveaux venus, Katharina Schulze n’hésite pas à se rendre dans les fêtes locales en costume traditionnel, une chope de bière à la main. Elle défend l’identité régionale, se montre favorable à un renforcement des effectifs de police. « Elle ne marque pas des points grâce à cela, souligne Michael Weigl. Mais elle montre ainsi qu’elle est compatible avec les conservateurs. Les Verts n’agissent plus comme des repoussoirs. »

Dimanche soir, les écologistes devraient être en position de force pour négocier la formation d’une coalition au gouvernement régional avec la CSU. « Nous sommes prêts à gouverner, mais pas à n’importe quel prix, met en garde Katharina Schulze. Si elle veut travailler avec nous, la CSU devra mettre fin à sa politique antimigrants. » Les discussions d’après scrutin s’annoncent compliquées.



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Lire aussi : Les Verts allemands tentés de s’allier à Merkel

Source : Violette Bonnebas pour Reporterre

Photos :
. chapô : Les candidats du parti des Verts allemands début octobre manifestant pour « sauver les abeilles ». @Gruene_Bayern sur Twitter
. Katharina Schulze : © Dennis Williamson

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