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En brefClimat

Les banques françaises investissent massivement dans des secteurs climaticides

À deux jours du Climate Finance Day qui réunira les grands acteurs de la finance internationale à Paris, Oxfam France publie un rapport intitulé Banques : des engagements climat à prendre au 4e degré. Il évalue la température à laquelle conduirait les émissions de gaz à effet de serre issues des activités des six principales banques françaises.

L’étude révèle que les banques françaises n’ont pas pris de mesures suffisantes pour respecter l’objectif de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, inscrit dans l’Accord de Paris, et nous amènent au contraire sur une trajectoire de plus de 4 degrés.

Les six grandes banques étudiées — BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Banque Populaire Caisse d’épargne, Crédit Mutuel et la Banque Postale — ont une empreinte carbone qui représente près de huit fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière (3,3 milliards de tonnes équivalent CO2 par an, à rapporter aux 445 millions de tonnes de éqCO2 de la France). À elles seules, BNP Paribas et Société Générale émettent chacune deux fois plus que l’ensemble du territoire français.

« Ces chiffres font froid dans le dos, en même temps qu’ils font exploser le thermomètre, regrette Alexandre Poidatz, chargé de plaidoyer Finance et climat et auteur du rapport. L’impact climatique de la finance est d’autant plus nocif qu’il est encore mal connu des Français.es : nous polluons – sans le savoir – davantage via ce que finance notre argent à la banque, que via notre propre consommation. En d’autres termes, l’argent de nos comptes en banque représente notre premier poste d’émissions de éqCO2. »

« Loin d’être irréprochable, le monde de la finance se rend même coupable », estime Oxfam France. Le 1er octobre dernier, Bruno Le Maire appelait les banques à « faire mieux » sur la question de la finance verte et reconnaissait lui-même les limites de sa politique comptant sur les seuls engagements volontaires des banques.

« Il ne suffit pas de faire mieux, il faut être exemplaire, rétorque Oxfam France. Si les banques françaises se sont toutes engagées publiquement à être alignées avec l’Accord de Paris depuis 2015, elles sont surtout dans le verdissement de leur image : aucun acteur financier ne s’est publiquement engagé à réduire l’intégralité de son empreinte carbone, et les quatre plus grandes banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE) continuent de soutenir le développement de nouveaux projets de pétrole et de gaz, représentant 40 % des émissions de leur portefeuille de crédits aux entreprises. »

Oxfam France recommande à la France de créer un label «  en transition » permettant de définir le degré d’alignement d’un portefeuille avec l’Accord de Paris et de contraindre les banques à satisfaire deux conditions :

  • Exclure de son portefeuille toute entreprise inscrite sur une « liste noire » commune, qui inclut les entreprises qui développent des projets incompatibles avec l’objectif 1,5°C, comme dans le secteur des énergies fossiles, ou qui n’auraient pas de plan de transition climatique juste. La liste noire et les plans de transition doivent être définis par les autorités publiques.
  • Définir une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre de chaque banque crédible, qui intègre notamment une réduction de son empreinte carbone complète de 15 % d’ici à 2023.

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