Les dangers cachés du « grand carénage » des vieux réacteurs nucléaires

Durée de lecture : 3 minutes

17 juillet 2015 / Martial Chateau (Réseau Sortir du nucléaire)

Deux évacuations et onze personnes contaminées à la centrale nucléaire du Blayais (Gironde), un incendie de six heures à Paluel (Seine-Maritime) : ces dernières semaines donnent un avant-goût des problèmes à venir avec la mise en application du « Grand carénage », ce vaste programme de travaux destiné à prolonger la durée de fonctionnement des réacteurs au-delà de trente ans.


17 juin 2015, centrale nucléaire du Blayais (Gironde) : lors de travaux de maintenance, 118 personnes doivent être évacuées, le taux de radioactivité ambiant dépassant les 500 Becquerels par m3. Une semaine plus tard, 125 personnes sont évacuées à nouveau, dont onze contaminées « à très faible dose », selon les termes employés par l’industrie.

2 juillet 2015, centrale de Paluel (Seine-Maritime) : pendant des travaux de découpe de tubes en titane (métal inflammable) en salle des machines, un incendie se déclenche sur un condenseur. Il faudra plus de 6 heures et 71 pompiers pour en venir à bout, et les pompiers devront rester plus d’une journée pour surveiller le métal fondu à très haute température.

Ces opérations se déroulaient à chaque fois dans le cadre de travaux de maintenance destinés à prolonger la durée de fonctionnement des deux centrales bien au-delà des trente ans pour lesquelles elles avaient initialement été prévues. Et à chaque fois, il semblerait qu’EDF n’ait pas pris toutes les précautions nécessaires pour prévenir des risques qui avaient pourtant été identifiés.

Des défaillances susceptibles de se reproduire dans le cadre du « grand carénage »

Ces défaillances suite à des travaux qui tournent mal risquent de se multiplier dans les années qui viennent. En effet, dans l’espoir de faire durer ses centrales plus de trente ans, EDF a prévu de dépenser au moins 55 milliards d’euros dans un vaste programme de travaux dénommé « Grand Carénage ». Si importants soient-ils, ces travaux ne pourront répondre au vieillissement inéluctable des centrales : des pièces essentielles pour la sûreté et qui montrent déjà des signes de fatigue, comme les cuves des réacteurs qui ne peuvent être changées. Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », ce grand rafistolage n’est qu’un gaspillage d’argent qui serait plus utilement investi dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables.

Surtout, dans quelles conditions se dérouleront ces travaux, alors qu’aux dires de l’Autorité de sûreté nucléaire, EDF est déjà débordée par les opérations de maintenance qu’elle a elle-même programmées ? Qu’en sera-t-il avec des travaux inédits, réalisés sur des équipements vieillissants et donc très contaminés ? Et avec quelle main-d’oeuvre, s’il s’agit de mener de front plusieurs chantiers de grande ampleur nécessitant un grand nombre de prestataires ?

Les sous-traitants de l’industrie nucléaire, qui subissent 80 % de l’exposition à la radioactivité sans suivi médical adéquat et alertent régulièrement sur la dégradation de leurs conditions de travail et sur les cadences insoutenables qu’ils subissent, risquent de voir leur situation empirer. Alors qu’une part importante du personnel d’EDF et de ses entreprises sous-traitantes partira en retraite dans les années à venir, il faut craindre un recrutement massif de nouveaux travailleurs peu formés et mal informés sur les risques de contamination qu’ils encourent.

Un « grand carénage » qui pourrait virer au carnage !

Opérations réalisées à la va-vite, précautions non prises, travailleurs exposés : au final, les centrales rafistolées ne connaîtront sans doute aucune amélioration de leur sûreté et d’importantes sommes auront été gaspillées en vain, au prix de souffrances humaines non négligeables, d’éventuelles nouvelles contaminations… voire d’un accident.

Pour éviter ce gâchis humain et financier et cet accroissement des risques, le Réseau « Sortir du nucléaire » appelle à une sortie du nucléaire en urgence, en commençant par la fermeture des réacteurs ayant dépassé trente ans de fonctionnement (et en premier lieu ceux de Fessenheim) et à la mise en place d’un vaste programme permettant la reconversion des travailleurs du nucléaires qui le souhaitent dans les alternatives énergétiques.



Lire aussi : Une école installée à l’ombre d’une centrale nucléaire au mépris des règles de sécurité, c’est la France

Source : Courriel à Reporterre

Martial Chateau est adminstrateur du Réseau Sortir du nucléaire pour la région Pays de Loire.

Photo de la centrale nucléaire du Blayais : Flickr (CC/Pierre-Alain Dorange)

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