Les écologistes surprennent aux Pays-Bas : les raisons de leur succès

17 mars 2017 / Édouard Gaudot



Les élections législatives du mercredi 15 mars aux Pays-Bas ont conforté le parti libéral-démocrate du Premier ministre, Mark Rutte, mais marqué une progression forte et inattendue des écologistes. L’auteur de cette tribune analyse le succès des Verts de GroenLinks et de Jesse Klaver, leur charismatique chef de file.

Édouard Gaudot est conseiller du groupe des Verts au Parlement européen.

Édouard Gaudot.

L’Europe a peur. Cependant, c’est un grand soupir de soulagement qu’on a pu entendre ce jeudi 16 mars, à travers le spectre politique européen — et tout particulièrement dans les deux capitales européennes, Bruxelles et Strasbourg, où la crainte que les populistes ne détruisent l’Union européenne préoccupe les esprits. Finalement, malgré un léger recul, Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, et son parti libéral-démocrate (VVD) plutôt centre droit arrivent largement en tête des élections législatives du 15 mars.

Avec une participation exceptionnellement haute — 82 % —, les Néerlandais n’auront donc pas cédé aux sirènes de Geert Wilders. Certes le leader d’extrême droite accroit légèrement sa présence au Parlement et arrive en deuxième position des votes, ce qui est loin d’être un mauvais résultat. En outre, la victoire de Rutte est un peu celle de Wilders, dans la mesure où le Premier ministre a repris à son compte certaines tonalités de son adversaire concernant la gouvernance de l’Union européenne ou dans son bras de fer diplomatique mâtiné d’insultes avec le nouveau sultan turc, Recep Erdogan.

Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, ici au Forum économique mondial de 2013.

Pour Wilders, ça n’est donc finalement qu’une demi-défaite, mesurée à l’aune de la dynamique générale favorable aux tribuns populistes (surtout à chevelure blonde) ces dernières années. Car les fameuses « surprises » de 2016 ont nourri le fantasme, angoissé chez les uns, enthousiaste chez les autres, que Wilders était en route pour produire une version néerlandaise des révoltes victorieuses contre « l’establishment ». Tous les éléments nécessaires étaient présents, entre la focalisation médiatique sur un provocateur audacieux, et l’exaspération croissante d’une société plutôt libérale et conservatrice contre ce qu’elle perçoit comme des menaces. C’est sur cette idée de liberté menacée que prospère le Parti pour la liberté (PVV). Une double menace incarnée selon lui par l’Union européenne et par l’Islam, deux grands monstres avides et abstraits, conjoints dans la même détestation : le Léviathan technocratique d’une organisation antidémocratique et supranationale au service de la mondialisation néolibérale combinée à la menace d’une religion absolutiste qui opprime les femmes et les minorités sexuelles, nie les libertés individuelles, et nourrit le terrorisme. On reconnaît la formule magique de l’internationale des populismes d’extrême droite.

L’optimisme écologiste contre à la désespérance d’extrême-droite

Pourtant, il y a un autre grand vainqueur dans ces élections. Avec plus de 10 % des votes et 14 sièges (+ 10) les Verts de GroenLinks ont presque quadruplé leur score. À la fois résolument proeuropéens et fortement critiques des politiques d’austérité et du biais néolibéral des institutions de l’UE, les Verts néerlandais sont devenus le premier parti de gauche – à la faveur de l’effondrement spectaculaire des travaillistes néerlandais, non seulement victimes de l’axiome qui condamne à l’échec les membres juniors des coalitions au pouvoir, mais surtout en voie de « Pasokisation » [du Pasok, le Parti socialiste grec] comme la plupart des partis sociaux-démocrates européens. Mais l’effondrement des travaillistes n’explique pas à lui seul cette embellie verte assez unique en Europe aujourd’hui.

La campagne des GroenLinks a su surtout répondre au climat de peur par une mobilisation positive des valeurs qui les animent. En affirmant explicitement leurs engagements proeuropéens, l’ouverture aux réfugiés, voire la critique des Pays-Bas comme paradis fiscal, ils ont aussi renoué avec les fondamentaux d’une campagne « grassroot », joyeuse, chaleureuse avec porte-à-porte et volontaires sur le terrain au quotidien. Une campagne à l’image de leur actuel leader, jeune, charismatique et crâne.

Surnommé avec affection le « Trudeau néerlandais », Jesse Klaver, 30 ans, est devenu la coqueluche et la figure marquante de cette élection. Apportant une note de fraîcheur « cool » dans des débats compassés, affichant ses origines marocaines et indonésiennes où se mêlent l’immigration d’hier et celle d’aujourd’hui, le jeune écologiste ne craint pas de personnaliser le débat et d’entraîner sur le terrain de l’identité nationale des Verts traditionnellement rétifs à ces sujets autant qu’à la personnalisation de la politique. Pari gagnant puisque la campagne Groenlinks a bénéficié d’une dynamique constante, culminant avec un grand meeting réunissant plus de 5.000 participants à la veille du scrutin à Amsterdam – ville d’ailleurs où le parti écolo est arrivé en tête avec presque 20 % des votes.

Jesse Klaver, le « Trudeau néerlandais » et chef de file de GroenLinks, ici en 2014.

Avec cette mobilisation positive pour surmonter les peurs de la société, bien illustrée par ce clip de campagne, les Verts néerlandais donnent corps à une forme de « populisme positif » tant nécessaire pour contrer les démons de l’extrême droite.

Après la Lituanie, où la réponse à un gouvernement socialo-conservateur démonétisé s’est concrétisée par la victoire écrasante de l’alliance verte-paysanne en octobre 2016, puis l’Autriche, où Alexandre Van der Bellen, issu des Grünen, a battu l’extrême droite à l’élection présidentielle en décembre, GroenLinks offre une nouvelle preuve que l’écologie peut prétendre être dans les urnes l’alternative à la désespérance et à la colère qui nourrissent les populismes d’extrême droite. La formule est encore à affiner, mais elle semble être la bonne.




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Lire aussi : Face à l’extrême-droite, un écologiste est élu président de l’Autriche

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos :
. chapô : Jesse Klaver et des militants du GroenLinks à Amsterdam, le 15 mars. Twitter
. portrait : © EELV
. Rutte : Wikimedia (World Economic Forum/CC BY-SA 2.0)
. Klaver : Wikipedia (BoelensLeon/CC BY-SA 4.0)

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