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Agriculture

Les gros tracteurs des agriculteurs, victimes de la hausse des prix du carburant

Manifestation des Jeunes agriculteurs (JA) dans le centre-ville de Toulouse, le 22 novembre 2023.

Les agriculteurs multiplient les actions pour dénoncer la fin de l’avantage fiscal sur le gazole des tracteurs. Les engins les plus gros seront davantage affectés.

La colère monte. Dans la nuit du 22 novembre, des agriculteurs de Saint-Lô (Manche) ont retourné tous les panneaux routiers d’entrée et de sortie de la ville, à l’appel de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Le même jour à La Roche-sur-Yon, en Vendée, une quinzaine de tracteurs, des bœufs et un cheval de trait ont manifesté jusqu’à la préfecture. Le 7 novembre, 150 agriculteurs et 30 tracteurs parcouraient les rues d’Auch, dans le Gers, direction la permanence du député Renaissance Jean-René Cazeneuve. En septembre, la direction départementale des finances publiques de Rodez (Aveyron) avait été emmurée et la pelouse de la préfecture de Rouen, en Seine-Maritime, labourée par des agriculteurs mécontents.

Ces éruptions de colère ont toute la même raison : la fin de l’exonération fiscale sur le gazole non routier (GNR) agricole, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur. Cette mesure, annoncée par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire le 7 septembre dernier, est inscrite dans le projet de loi de finances pour 2024.

Elle prévoit une hausse progressive de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (Ticpe), de 2,85 centimes d’euros par litre et par an entre 2024 et 2030. Cette taxe, d’un montant de 3,86 centimes d’euro par litre aujourd’hui, devrait ainsi atteindre 23,81 centimes par litre dans sept ans.

Facture salée

Depuis le mois de septembre, les évaluations s’accumulent pour estimer le surcoût pour les exploitations. Cette hausse de la fiscalité pourrait rapporter 70 millions d’euros à l’État dès l’année prochaine, autant d’argent en moins sur les comptes en banque des agriculteurs. « Nous avons chiffré une hausse de 5 000 à 10 000 euros supplémentaires par an, par exploitant », a indiqué Patrice Bétard, président de la Coordination rurale de la Vendée, à Ouest-France.

Selon les calculs de Centre Presse Aveyron, la facture énergétique des fermes serait lestée de 3 500 euros par an pour une ferme de 70 hectares. Le quotidien économique Les Échos, moins pessimiste, évoque un surcoût de 2 000 euros sur sept ans pour une exploitation de 100 hectares, avec une consommation de carburant de 10 000 litres par an. Pour les grandes fermes, qui brûlent 30 000 à 35 000 euros par an, la hausse pourrait atteindre 7 000 euros.

Plus le tracteur est gros, plus il consomme. Pexels/CC/Sergio Souza

La taxation progressive du GNR sera mise en œuvre dans un contexte où les dépenses en carburant pèsent déjà lourd dans le budget des exploitations. D’après le service statistique du ministère de l’Agriculture, elles représentent actuellement 53 % de la facture énergétique des fermes — 70 % pour une exploitation céréalière et jusqu’à 75 % pour les éleveurs bovins viande.

En cause, une hausse continue des tarifs du GNR ces dernières années, sur la même pente que le gazole : de 70 centimes en 2021, le prix du litre s’est envolé à 1,278 euro en moyenne en 2023.

Des tracteurs plus puissants et énergivores

L’agrandissement et la mécanisation accélérés des exploitations ne sont pas pour rien dans ces difficultés économiques. « Aujourd’hui, comme les exploitations sont de plus en plus grandes, les distances parcourues sont plus importantes. Et les exploitants veulent faire plus de tâches en moins de temps, donc ils roulent encore plus vite », observe Jean-Marc Roussel, animateur machines à la Fédération bretonne des Cuma, interviewé par Ouest-France.

Quant aux tracteurs, ils sont de plus en plus puissants et énergivores. Le tracteur moyen immatriculé en 2022 faisait au moins 15 chevaux de plus qu’en 2017, indique le syndicat de constructeurs Axema. Les ventes de tracteurs de puissance inférieure à 100 chevaux ont baissé de plus de 55 % en cinq ans, celles de tracteurs de puissance inférieure à 150 chevaux de 11 %.

À l’inverse, les tracteurs de plus de 150 chevaux représentent aujourd’hui plus de la moitié des immatriculations. Quant aux ventes de tracteurs de plus de 300 chevaux, elles ont bondi de 52 % depuis 2017. Or, « plus le tracteur est gros, davantage il consomme : pour 100 kilomètres par exemple, on passe de 61,2 litres si la puissance est de 125 chevaux à 67,9 litres pour 220 chevaux », rappelle Jean-Marc Roussel.

Pour faire passer la pilule, Bruno Le Maire a accordé de nouveaux avantages financiers aux agriculteurs. Le ministre de l’Économie a aussi promis que « l’intégralité de ces recettes fiscales sera reversée aux agriculteurs pour qu’ils puissent transformer leurs exploitations. […] Il n’y aura pas 1 euro dans les poches de l’État ».

Pour l’heure, il existe peu d’alternatives décarbonées au GNR pour les agriculteurs. Les tracteurs électriques de plus de 100 chevaux ne peuvent pas se recharger intégralement en une nuit et n’ont pas l’autonomie nécessaire pour travailler une dizaine d’heures au champ. Les premiers tracteurs à hydrogène ou à méthane ne sont pas prévus avant 2040. Pour l’heure, le gouvernement et la profession placent leurs espoirs dans le B30, un biodiesel contenant 30 % de biocarburants, fabriqué à partir de betteraves, colza ou tournesol. À défaut de réfléchir sur la taille des fermes et des tracteurs ?

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