Les méduses envahissent les mers en raison de la surpêche

Durée de lecture : 3 minutes

16 mars 2013 / IRD

Serons-nous bientôt contraints de manger des méduses ? Depuis le début des années 2000, ces organismes gélatineux envahissent plusieurs mers du globe comme la mer du Japon, la mer Noire, la Méditerranée, etc. Une nouvelle étude scientifique montre que la surpêche est la cause principale de cette prolifération


Les prédateurs des méduses, tels que les thons ou les tortues, disparaissent du fait de la pêche. Mais les méduses profitent avant tout de la surpêche des petits poissons pélagiques. Sardines, hareng, anchois… se nourrissent comme ces cnidaires [groupe d’espèces auquel appartiennent les méduses] de zooplancton. Ils constituent leurs principaux compétiteurs pour l’alimentation.

Dans les zones où ces petits poissons sont prélevés en trop grand nombre, ils libèrent une niche écologique. Les méduses ont alors le champ libre et peuvent prospérer. De plus, les petits poissons mangent les œufs et les larves des méduses. En temps normal, ils en régulent donc la population. En leur absence, plus rien ne freine la multiplication des animaux gélatineux.

La preuve par comparaison

Pour mettre en évidence ce rôle majeur de la surpêche, les chercheurs ont comparé deux écosystèmes appartenant au même courant océanique, le Benguela, qui borde le sud de l’Afrique. Le premier est situé au large de la Namibie. Les mesures de gestion des réserves de poissons y sont peu contraignantes. A peine les stocks rétablis, la pêche redémarre de plus belle. Les méduses y colonisent aujourd’hui les eaux littorales.

Le second se trouve 1 000 km plus bas, au large de l’Afrique du Sud. La pêche y est à l’inverse très contrôlée depuis 60 ans. La population de méduses n’a pas augmenté.

La pêche en pâtit en retour

Dans les zones touchées, un cercle vicieux s’instaure. Sous l’eau, les maillons de la chaîne alimentaire sont beaucoup plus modulables que sur terre : une proie peut se nourrir de son prédateur. Les méduses dévorent ainsi les poissons à l’état larvaire. Leur prolifération empêche le renouvellement des ressources halieutiques. Cette espèce invasive menace de fait en retour la pêche. En Namibie, les quelque 10 millions de tonnes de sardines dans les années 1960 ont laissé place à 12 millions de tonnes de méduses.

Les méduses sont la bête noire des touristes. La piqûre de leurs filaments venimeux, si elle est rarement mortelle, est très urticante. Elles mettent donc en péril les activités économiques dans de nombreuses régions du monde. En particulier dans les pays qui dépendent de ces ressources, comme de nombreux pays en développement.

Ces travaux de recherche soulignent la nécessité d’une approche écosystémique de l’exploitation des mers. Autrement dit, la mise en place de mesures de gestion tenant compte de tous les niveaux du réseau trophique. Seul moyen d’après les scientifiques de ne pas avoir bientôt plus que des méduses dans nos assiettes.

Le saviez-vous ?

Sans cerveau, ni cœur, ni dents... les méduses sont de redoutables prédateurs ! Elles immobilisent leurs proies à l’aide de leurs tentacules venimeux .

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Références

Roux J-P, van der Lingen C., Gibbons M., Moroff N., Shannon L., Smith A., Cury Philippe, Jellyfication of marine ecosystems as a likely consequence of overfishing small pelagic fishes : lessons from the Benguela, Bulletin of marine science, 2013.

Philippe Cury, spécialiste des écosystèmes marins à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), publie un livre intitulé Mange tes méduses ! aux éditions Odile Jacob. Écoutez ses préconisations pour « conjurer le sort » d’une mer sans poissons (2’ 20) ici.



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Source et photo : IRD

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