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Culture et idées

Les petits trafics intellectuels de Pascal Bruckner

Les écolos ? Pétainistes, fascistes, maurrassiens, selon M. Bruckner, qui se place sur le marché encombré du pamphlet anti-vert. Mais en trafiquant les textes qu’il cite...

Dans son nouveau livre, Le fanatisme de l’Apocalypse (Grasset, 286 p., 20 €), Pascal Bruckner défend la thèse rabâchée des réactionnaires depuis que Luc Ferry a ouvert le marché : les écologistes sont des écofascistes, des pétainistes, ils veulent nous imposer la pénitence, ils prêchent l’Apocalypse pour nous châtier, etc.

Thèse au succès garanti dans les médias, et de France Inter à L’Express en passant par Le Journal du Dimanche, les micros se tendent pour recueillir la divine parole. Tous ne sont pas dupes, heureusement, tels Daniel Schneidermann ou Les Inrockuptibles

Ce livre présente assez peu d’intérêt et l’on n’a pas le temps de l’analyser ici. Cependant, il recourt comme Luc Ferry à des procédés indignes du débat intellectuel, injures (José Bové est un « maurassien d’extrême-gauche », par exemple), mais aussi citations tronquées et détournées du sens que leur donne le contexte.

Hans Jonas (philosophe auteur du Principe responsabilité) et Naomi Klein (auteure de La stratégie du choc), notamment, sont présentés de manière caricaturale et faussée.

De même, Hervé Kempf, à propos duquel M. Bruckner écrit : « Le tremblement de terre en Haïti en janvier 2010 ? C’est aussi de notre faute puisque nous avons colonisé cette île au XIXe siècle, explique un journaliste. Comment l’ancienne puissance coloniale qui a quitté Haïti en 1825, non sans exiger un tribut inique, c’est vrai, a-t-elle pu provoquer un terrible séisme 185 ans après, mystère ! »

On jugera d’après l’original du texte « Haïti, Sichuan, demain... » que le journaliste en question dit tout autre chose que la bêtise que lui attribue M. Bruckner.

De même, sortant de son contexte ce passage - « Américains et Européens doivent réduire leur consommation matérielle. S’appauvrir, pour parler clair. C’est ce qu’ils commencent à faire, nolens volens, du fait de la crise économique, qui est née de leur oubli de l’environnement par une surconsommation qu’a entretenue un endettement démesuré » -, M. Bruckner affirme que les écologistes s’allient avec les capitalistes pour imposer des politiques d’austérité aux pauvres.

Voici le texte original, qui dit à peu près le contraire, et dont son auteur ne retire pas une virgule : « Le noeud de la crise ».

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