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Pollutions

Les plages bretonnes restent polluées, même sans touristes

La plage de Coulouarn à Saint-Pabu (photo d'illustration), dans le Finistère.

Entérocoques intestinaux, bactéries E. coli... Les plages polluées en été le sont également le reste de l’année, ont montré des analyses de l’association Eau & Rivières de Bretagne. La faute à l’agriculture industrielle notamment.

L’été indien vous donne des envies de baignade ? Si vous habitez en Bretagne, il peut être judicieux d’y réfléchir à deux fois. Ou du moins de consulter, avant de plonger dans l’eau fraîche, les résultats du projet Qualiplage d’Eau & Rivières de Bretagne. L’association s’est penchée sur la qualité de l’eau de neuf plages de la région, en dehors de la saison estivale. Elle en conclut que la pollution du rivage ne disparaît pas avec les touristes. Les plages souillées par les entérocoques intestinaux et la bactérie intestinale E. coli l’été le sont autant — voire plus — en automne et en hiver.

Eau & Rivières de Bretagne avait déjà montré, via deux études publiées en 2024 et 2025, qu’un cinquième des plages bretonnes sont régulièrement polluées à la belle saison — des bactéries y étant retrouvées à des taux considérés comme « moyens » ou « mauvais » par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Une personne prélevant des échantillons à Kerlouan. Eau & Rivières de Bretagne

L’association a voulu savoir si le problème persistait durant le reste de l’année. « La qualité de l’eau n’est surveillée [par l’Agence régionale de santé] que l’été, pendant la saison de baignade, explique Christophe Le Visage, vice-président d’Eau & Rivières de Bretagne. Mais il y a des activités toute l’année sur les plages : de la baignade, du surf, du longe-côte… »

Un bassin versant urbain et/ou agricole

Des bénévoles d’Eau & Rivières de Bretagne et d’autres associations locales ont donc effectué une série de prélèvements (trois par mois, dont un par temps de pluie) entre novembre 2024 et juin 2025, sur neuf plages — Le Ris à Kerlaz, Le Minou à Plouzané... [1] — des quatre départements bretons.

Leurs caractéristiques : un bassin versant urbain et/ou agricole, ainsi qu’une fréquentation à l’année, que ce soit par des conchyliculteurs, des pêcheurs à pied ou des amateurs de sports d’eau. Ces prélèvements ont été analysés par les laboratoires Labocéa et Inovalys.

Premier constat : les plages polluées en été le sont également le reste de l’année. Autrement dit, la mauvaise qualité des eaux n’est vraisemblablement pas attribuable à la surfréquentation de la côte pendant les vacances. Ainsi, sur la plage finistérienne du Lerret — déjà décrite par l’association comme « à éviter » l’été — seuls 2 des 18 prélèvements effectués hors saison ont été classés comme « bons » (d’après les critères de l’Anses).

Problème quand il pleut

Idem pour Saint-Laurent les Nouëlles à Plérin, dans les Côtes-d’Armor, avec seulement 44 % de prélèvements convenables. Parmi les mauvais élèves, on retrouve également Le Ris à Kerlaz, dans le Finistère, et La Grande Plage de Damgnan, dans le Morbihan. Le tableau n’est pas non plus tout noir : 3 des 9 plages étudiées (L’anse du Gorjen à Moëlan sur Mer, La Carrière à Arradon et Le Minou à Plouzané) ont eu plus de 85 % de bons prélèvements.

Eau & Rivières de Bretagne a également observé une corrélation entre les précipitations et la pollution des plages. Lorsqu’il pleut, explique Christophe Le Visage, les bactéries présentes dans les sols ruissellent jusqu’à la mer. En Bretagne — et en particulier sur la côte nord –, la présence de ces bactéries est majoritairement due à l’élevage, affirme-t-il.

La région concentre, à elle seule, 57 % des porcs, 31 % de la volaille et 11 % des bovins français. Dans les Côtes-d’Armor, on comptait en 2021 pas moins de 2,438 millions de porcs… soit environ quatre cochons par habitant. Ils produisent des montagnes d’excréments, stockés dans des fosses à lisier où peuvent fleurir des bactéries. Une fois épandus comme engrais dans les champs, ils peuvent être charriés par l’eau jusqu’à la mer… et les baigneurs.

Maladies dues au lisier de porc

Les plus vulnérables — notamment les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et immunodéficientes — ont davantage de chance d’être exposés aux « maladies en ite » (otite, conjonctivite, gastro-entérite) en fréquentant des plages polluées, détaille Christophe Le Visage.

En mai dernier, le collectif Stoppons l’extension avait montré que des salmonelles et des staphylocoques pouvaient également être retrouvés, à des taux supérieurs aux seuils de référence français, sur les rivages situés à proximité d’élevages industriels pratiquant l’épandage.

L’échantillon de plages analysées par Eau & Rivières de Bretagne (9 sur les 566 que compte la région) reste cependant restreint. « Avec cette étude, nous n’avons pas l’intention de faire une démonstration. Nous voulons montrer que le problème existe, justifie Christophe Le Visage, qui évoque une limite économique. Nous avons fait des analyses pointues et chères. Notre travail, ce n’est pas de remplacer les autorités, mais de montrer la route à suivre. »

L’association demande aux communautés de communes de maintenir une surveillance sanitaire à l’année des eaux de baignade. Elle recommande également de mener des enquêtes de terrain afin d’identifier précisément les responsables de ces pollutions. Il en va, affirme-t-elle, de la « protection des populations ».

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