123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

EntretienPolitique

« Les politiques d’adaptation de la France sont insuffisantes »

Inondation à à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans les Yvelines, le 18 octobre 2024.

Le troisième plan national d’adaptation au changement climatique a été présenté le 25 octobre. Manque de contraintes et de fonds financier propre : Quentin Ghesquière, d’Oxfam, déplore un texte « largement insuffisant ».

Quentin Ghesquière est responsable de l’adaptation chez Oxfam France et est coauteur du rapport « Changement climatique — Nous ne sommes pas prêtes », publié en juillet dernier par l’ONG.


Reporterre — Que vous inspire le troisième plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc 3), dévoilé le 25 octobre par l’exécutif ?

Quentin Ghesquière — Il faut déjà rappeler qu’il intervient un an et demi après la date butoir d’obligation légale : le Pnacc aurait dû être publié le 1er juillet 2023. L’État était donc dans l’illégalité jusqu’ici, avec un dossier qui n’a cessé d’être dépriorisé. Ce Pnacc 3 est aussi une version rabougrie du plan programmé par le gouvernement précédent. Il y a pourtant urgence : la France est déjà largement atteinte par les effets du changement climatique et, comme les inondations des 17 et 18 octobre dans plusieurs régions de France l’ont montré, nous ne sommes pas prêts face à la multiplication des aléas climatiques extrêmes.


75 millions d’euros supplémentaires seront alloués au fonds Barnier pour la protection des personnes et des biens exposés au changement climatique, le portant à 300 millions d’euros. Pourtant, ce plan n’est accompagné d’aucun fonds financier propre...

Depuis 1980, on arrive à plus de 120 milliards d’euros de dommages liés au changement climatique en France. Où sont les financements dédiés à l’adaptation ? Nulle part. Une version précédente de ce plan, qui date de juillet, mentionnait un fonds d’adaptation de 150 millions d’euros. C’était largement insuffisant, mais cela avait au moins le mérite d’exister. Dans le Pnacc 3, il a disparu du texte mis à la concertation !

En parallèle, on nous dit que 75 millions d’euros seront alloués au fonds Barnier, qui a par ailleurs des défauts structurels. Non seulement ce n’est pas assez, mais, dans le même temps, pour 2025, l’État prévoit de supprimer 5 milliards d’euros du budget dédié aux collectivités territoriales ou encore 1,5 milliard d’euros de celui du Fonds vert. L’État ne peut pas à la fois jouer le rôle du parangon de l’adaptation avec le Pnacc et, de l’autre côté, jouer des politiques d’austérité qui continuent d’accélérer la vulnérabilité des territoires et à porter atteinte aux droits fondamentaux des Françaises et Français.

D’autant que ce plan reste largement aveugle aux inégalités. Le changement climatique touche certes toute la France, mais pas tout le monde de la même manière : il a d’abord des effets sur les personnes les plus précaires, isolées, âgées, les enfants et les femmes. À l’heure où 20 % des plus riches bénéficient aujourd’hui davantage des politiques d’adaptation que les 20 % les plus pauvres, le gouvernement a décidé de maintenir ce niveau d’inégalités.


Le Pnacc incite davantage qu’il ne contraint, et toutes les propositions ne sont pas accompagnées d’un calendrier. Est-ce problématique ?

Alors que le réchauffement climatique a déjà des effets très concrets — en 2023, plus 5 000 personnes sont mortes en raison des vagues de chaleur en France —, il s’agit d’un problème majeur. Certes, il faut une acceptabilité socio-économique de l’adaptation par les territoires. Mais on voit bien que, quand il le désire, l’exécutif n’hésite pas à contraindre : pensons à la réforme des retraites, à la loi Immigration…

Par ailleurs, sans indicateurs et dates butoirs, on ne peut pas contrôler ce que fait l’État. Or, au même titre que l’atténuation du réchauffement climatique, nous estimons que l’adaptation doit également être contraignante et opposable juridiquement.

L’exécutif affirme aussi que l’adaptation est une notion qualitative, qui est difficilement mesurable. C’est faux : l’adaptation est tout autant mesurable quantitativement que qualitativement. Le gouvernement pourrait très bien fixer des objectifs : par exemple 40 % d’infrastructures adaptées en 2030, puis 100 % en 2050.


Identifiez-vous quelques avancées ?

Il y a eu un saut qualitatif, oui, mais ce n’était pas difficile à faire ! Il y a effectivement une meilleure analyse de ce que représente l’adaptation au changement climatique. Mais, sans financements et moyens contraignants, il y a fort à parier que ce plan ne sera pas réellement mis en œuvre, d’autant que les mesures annoncées sont insuffisantes. Nous sommes inquiets de la possibilité que l’État se serve de ce plan comme d’un objet de communication politique alors que, en parallèle, il continue à mener des politiques contradictoires avec notre adaptation.

legende