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Luttes

Les professionnels de la petite enfance mobilisés contre la loi Asap

En parallèle d’un appel à la grève, plusieurs rassemblements ont eu lieu un peu partout en France — Lyon, Toulouse, Bourges, Annecy… — jeudi 3 décembre contre le projet de réforme des modes d’accueil préparé par le gouvernement. À Paris, quelque deux cents professionnels de la petite enfance se sont rassemblés le matin devant le ministère des Affaires sociales en présence de membres du collectif Pas de bébés à la consigne et de l’intersyndicale Petite enfance ville de Paris, selon le syndicat unitaire des personnels des administrations parisiennes (Supap-FSU).

Ils redoutent une dégradation de leurs conditions de travail et de la qualité d’accueil des tout-petits à la suite de l’adoption de la loi d’accélération et de simplification de l’action publique (Asap). En effet, l’article 36 de cette dernière permet au gouvernement de procéder par ordonnances des mesures de simplification des normes d’accueil des jeunes enfants, dans un délai d’un an. Et les contours de la réforme, qui font l’objet de concertation depuis deux ans, ne sont pas rassurants. Ils prévoient par exemple un ratio de six enfants par adulte : cela constitue une amélioration pour les enfants qui marchent (le ratio est actuellement de huit par adulte), mais une dégradation pour les plus petits bébés (cinq par adulte). Le texte prévoit aussi une souplesse en cas de surnombre d’enfants.

« Nous avons porté, à plusieurs reprises l’année dernière, les inquiétudes des agent.e.s et des salarié.e.s qui se sont massivement mobilisé.e.s contre cette réforme néfaste. Leurs revendications n’ont pas été entendues. Nous n’avons, à ce jour, toujours pas obtenu de réponses sur la réforme à venir et nos inquiétudes restent entières quant à la diminution du nombre de professionnel.le.s diplômé.e.s pour l’encadrement des enfants ; l’augmentation du taux d’encadrement ; l’accueil en surnombre possible tous les jours ; l’accueil en surnombre pour les assistantes maternelles comme cela a été le cas pendant le 1er confinement (accueil jusqu’à six enfants) ; l’accueil jusqu’à seize enfants dans les micro-crèches ; l’accueil de trois enfants par un.e professionnel.le seul.e avant 8 h et après 18 h ; la réduction de la surface d’accueil par enfant de 7 mètres carrés à 5,5 mètres carrés ; l’administration de médicaments par des personnels non qualifié.e.s. Cette dégradation de l’accueil des enfants démontre votre volonté d’imposer la rentabilité et la productivité dans les établissements d’accueil du jeune enfant », dénonce la CGT Services Publics dans un communiqué.

« Nos revendications — cinq enfants par adulte, encadrement composé de 50% de professionnels diplômés d’État [éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture, etc.] et 50 % de personnels qualifiés [CAP petite enfance] au lieu du ratio actuel de 40 %/60 % — vont dans le sens de ce que conseille la commission des mille jours mise en place par Emmanuel Macron. Laquelle va même plus loin, en préconisant trois enfants par adulte et 70% de personnels diplômés, explique à Reporterre Émilie Philippe, éducatrice de jeunes enfants et une des porte-parole du collectif Pas de bébé à la consigne. Cette réforme était pourtant l’occasion d’aller plus loin. Nous sommes un des pays de l’OCDE où le taux d’encadrement est le moins favorable aux enfants. On ne veut plus seulement les garder en toute sécurité, on veut faire de la pédagogie. Les enfants sont notre avenir, même s’ils ne rapportent pas et que les crèches coûtent cher. » Mme Philippe est d’autant plus amère que la crise sanitaire avait fait naître un espoir dans la profession : « Les métiers de la petite enfance avaient été reconnus comme essentiels pour faire tourner le pays. Les questions relatives à la jeunesse sont souvent mises en avant dans les discours mais dans la réalité ce sont toujours les considérations économiques qui prennent le dessus. »

  • Source : Reporterre

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