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Eau, rivières, océans

Les six enjeux (et oublis) du One Ocean Summit

Un cargo en partance du Havre vers Dégrad des Cannes, en Guyane, en 2019.

Du 9 au 11 février se tient à Brest, en Bretagne, le One Ocean Summit. Surpêche, verdissement du transport maritime... Reporterre fait le point sur les six enjeux phares qui seront discutés lors de ce sommet international dédié à la protection des océans.

Brest (Bretagne), correspondance

« Nous, les scientifiques, attendons beaucoup de ce sommet, nous ne savons pas jusqu’à quand l’océan pourra jouer son rôle de régulateur du climat », assurait Françoise Gaill, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique, CNRS, lors d’une conférence de presse. De mercredi 9 février à vendredi 11, Brest se mue en « capitale mondiale des océans », accueillant le One Ocean Summit, ce rendez-vous international dédié à la protection des océans. ONG, scientifiques, financiers, entreprises et politiques sont conviés. Des dizaines de chefs d’État sont attendus par les organisateurs, mais le nom de ceux qui seront effectivement présents n’est pas encore connu.

« La santé de l’océan est en déclin, mais nous pouvons l’interrompre dès 2022 », a annoncé, enthousiaste, Peter Thomson, envoyé spécial de l’ONU sur les océans. L’ambition est haute, mais le détail du programme reste flou et de nombreuses associations regrettent déjà que certains sujets, comme la pêche industrielle, ne soient pas au centre des débats. Une manifestation contre la « privatisation des océans » aura lieu à l’extérieur du sommet, à l’appel d’organisations écologistes et de pêcheurs, vendredi matin.

Reporterre fait le point sur les enjeux de ce sommet :

1. Le plastique, fléau des océans

« En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans l’océan », a répété Peter Thompson. Le One Ocean Summit veut agir en lançant des « initiatives importantes […] pour la lutte contre les pollutions, notamment plastique » qui seront connues vendredi, à l’issue d’un échange entre chefs d’État, chefs d’entreprise et différentes organisations.

2. Un traité pour la haute mer

La haute mer, c’est près de 45 % de la surface de la planète. Or, dans ces immenses espaces, le droit international et les normes environnementales sont lacunaires. Le sommet entend faire progresser les travaux sur le sujet de la gouvernance en haute mer afin d’y protéger la biodiversité. L’accord devrait aboutir en mars prochain, à New York. Sur ce point, plusieurs ONG environnementales s’attendent à des progrès notables.

3. « Verdir » le transport maritime

« Tous les jours, nous commandons des produits qui sont acheminés par bateau », a dit la ministre de la Mer Annick Girardin. Problème : le fret maritime est responsable d’environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et de multiples pollutions. La ministre espère « entraîner, à Brest, des grands armateurs et grands ports » dans la logique du « verdissement » du transport maritime. Le sommet fera la part belle au retour du transport à la voile, mais aussi des navires propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL). Pour l’heure, difficile de savoir si une décroissance du trafic est envisagée.

4. La surpêche, absente des débats ?

80 % de la pêche mondiale est réalisée par seulement 10 % des pêcheurs. Mais de nombreuses associations — y compris de pêcheurs — et ONG regrettent que la question de la pêche industrielle et des bateaux-usines ne figure pas au premier plan du One Ocean Summit. « Quelle crédibilité politique ? », s’est interrogé Nicolas Fournier de l’ONG Oceana. Même remarque pour le chalutage, cette technique de pêche très destructrice des fonds marins : les écologistes en demandent tout simplement l’interdiction.

5. Développer les aires marines protégées

C’est un point sur lequel de nombreuses ONG environnementales espèrent des avancées concrètes : l’extension des aires marines protégées. Emmanuel Macron devrait annoncer, à l’issue du sommet, l’agrandissement de la réserve marine des Terres australes en Océan indien. Côté Polynésie, un agrandissement est également attendu. Tout cela devrait permettre à Emmanuel Macron d’atteindre son ambition de 30 % d’aires protégées d’ici la fin du quinquennat.

« On parle d’aires marines protégées, mais de quoi protègent-elles au juste ? » s’interrogeait un journaliste lors de la conférence de presse de présentation du sommet. « C’est de la communication politique : on nous donne un pourcentage d’aires protégées alors que les pires activités s’y déroulent », a d’ailleurs regretté Nicolas Fournier, d’Oceana. 1,6 % seulement est sous protection dite forte, contre un objectif initial de 10 %. Quant aux pêcheurs traditionnels locaux, ils sont parfois exclus de la gestion de ces aires marines. Selon certaines associations, ces dernières peuvent être le tremplin d’« un colonialisme bleu ». Les aires terrestres protégées sont d’ailleurs ardemment dénoncées par des organisations de défense de peuples autochtones, comme un pur et simple accaparement des terres par des États et ONG du Nord.

Lire aussi : Nouvelle-Calédonie : en mer de Corail, une biodiversité mal protégée

6. L’exploitation minière sous-marine

Les fonds marins regorgent de minerais et autres ressources qui attisent les convoitises. L’industrie minière en eau profonde se développe. Face aux risques environnementaux, une demande de moratoire a été cosignée par des dizaines d’États, et même de multinationales. Emmanuel Macron s’est jusque là abstenu d’y apposer l’appui de la France. La logique de « croissance bleue » que prône le président français repose entre autres sur l’exploitation des ressources sous-marines, les associations craignent ainsi que le One Ocean Summit ne soit l’occasion pour les États et multinationales d’accentuer le développement de l’industrie minière en eau profonde.

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