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Les vins bio ont leur concours, et c’est du bon !

1er juillet 2016 / Pascale Solana (Reporterre)



Depuis 20 ans, le concours international Amphore réunit vins biologiques et en conversion. Reporterre a assisté à la dernière édition en date de cet événement, vitrine de la viticulture bio, qui, du caviste au consommateur, rassemble tout un petit monde autour de vins dotés de « ce petit quelque chose en plus qui les placent au firmament ».

- Paris, reportage

Ambiance studieuse. Dans cette grande salle du 13e arrondissement parisien, ça cause pif et palais. « J’aime sa légèreté et sa petite acidité qui signe son terroir », note ce dégustateur à la table des alsaces. Ému presque, des trémolos dans le gosier, son voisin vient de détecter des notes de mirabelle et de coing dans la complexité aromatique d’un Gewurtz. « Un grand », prédit-il. Un peu plus loin, aux tables des bordeaux, ça clape aussi du bec. On hume et rehume après avoir tendu victorieusement les verres au bout du bras pour admirer les robes vineuses dans la lumière. Et hop, gorgeon ! Avant, arrière, rétro-olfaction et reclappement de langue. Et de recracher dans le pot commun. Notations puis commentaires.

Les 150 jurés du concours Amphore sont tout à leur dégustation : sérieux, méthodiques, ils parlent bas. Cavistes, acheteurs, commerçants, conseillers, étudiants, bloggeurs, courtiers, journalistes, œnologues, formateurs ou consommateurs, experts, hommes, femmes, tout un petit monde du vin s’y retrouve chaque année. Tel Bilhal, qui vise un diplôme de Master of Wine ou Maryse, bloggeuse d’infos 100 % comestibles et bio.

La particularité du concours international Amphore, qui vient de fêter ses 20 ans le 23 mai dernier, est de récompenser les vins biologiques ou en reconversion. Certifiés AB, ils peuvent être, en plus, biodynamiques ou naturels. Il est parrainé par l’humoriste Marc Jolivet. Son initiateur, Pierre Guigui, le « Monsieur bio du vin », auteur d’une dizaine d’ouvrages dont un consacré aux meilleurs vins récompensés par Amphore, à paraître chez La Martinière, observe que « les plus grands vins en France sont en grande majorité bio » et ce depuis des années. Rapportés au nombre de producteurs bio, la proportion de ceux qui sont connus nationalement voire internationalement et distingués est plus importante en bio qu’en non bio. « En alsace, citons Marcel Deiss, Zind-Humbrecht, Bott-Geyl… en bourgogne, la Romanée Conti, considérée comme l’un des plus grands vins du monde, Bernard Dugat-Py, Domaine Leroy…Et quand la bio n’est pas revendiquée, les pratiques sur le terrain le sont. Tous les guides, tous les experts le constatent, les vins bio et en biodynamie ont ce petit quelque chose en plus qui les placent au firmament. »

« Deux siècles pour passer tout le vignoble français en bio » 

Le déroulé du concours est toujours le même. Au départ, chaque table, avec ses quatre jurés, se cale sur le premier vin, qui va servir de base. Il sera réevalué à la fin. Puis, la dégustation se déroule à l’aveugle. Une robe cartonnée masque contenant et étiquettes, les breuvages sont répartis par table selon les régions et les appellations : Champagne, Bordeaux, Bourgogne, Vallée-de-la-Loire, Languedoc, Provence, Vallée-du-Rhône… Au rythme des vins dégustés, chaque juré remplit sa grille — aspect visuel, qualité et intensité olfactive, qualité et persistance olfactive, impression général — et des notes de 0 à 20, de mauvais à excellent. Il additionne puis compare, justifie et débat avec ses collègues.

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Pierre Guigui, le « Monsieur bio du vin », auteur d’une dizaine d’ouvrages dont un consacré aux meilleurs vins récompensés par Amphore.

Ainsi l’édition 2016 d’Amphore aura testé 700 vins, dont 86 étrangers et distingué 229 de médailles d’or, d’argent ou de bronze. Cette proportion étant la norme réglementaire de concours agréés comme Amphore.

Avec 5.186 exploitations (+ 2% vs 2014) sur 28.884 fermes, auxquels s’ajoutent déjà 150 nouveaux domaines engagés dans une conversion au 1er semestre 2016, avec des exportations qui s’envolent (+ 26 % ) et + 10 % de surfaces entre 2014 et 2015, la part du vignoble bio français a dépassé la barre des 9%. En bonne voie mais pas gagné, rappelle Pierre, parce qu’il reste encore 91% de non bio. Et l’on sait que la viticulture conventionnelle est particulièrement goulue d’intrants chimiques. « Il y a 20 ans, lors du premier Amphore, il y avait à peine 300 producteurs en bio en France, observe Pierre Guigui. Maintenant ils sont 16 fois plus, certes, mais à ce rythme, il faudra deux siècles pour passer tout le vignoble français en bio. » Il ne veut pas jeter l’opprobre sur des viticulteurs non bio « pris dans un cercle vicieux “banque, production intensive, grande distribution” ». Il faut réussir à « offrir plus de vins bio et qui soient accessibles à plus de consommateurs encore », dit-il, conscient que l’objectif reste difficile à atteindre car « faire du bon a un prix et malheureusement le pouvoir d’achat des Français baisse. Mais, parmi les points positifs, j’observe un réel intérêt des crus classés, qui se tournent vers la bio et la biodynamie ». Alors le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein ? C’est à boire… [1]


Les palmarès Amphore sur http://www.concoursamphore.fr/




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[1L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.


Lire aussi : « Les vins bio sont meilleurs parce que les viticulteurs y ont une façon de penser liée au respect de l’environnement »

Source : Pascale Solana pour Reporterre

Photos : Pascale Solana/Reporterre sauf chapô (Pixabay/CC0 domaine public)

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