40 nouvelles espèces migratrices vont être protégées
Lors de l'ouverture de la COP15, le 23 mars, à Campo Grande au Brésil. - © Fernando Donasci / Brazil's ministry of environment / AFP
Lors de l'ouverture de la COP15, le 23 mars, à Campo Grande au Brésil. - © Fernando Donasci / Brazil's ministry of environment / AFP
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Peu connue, la Convention pour la conservation des espèces migratrices est le seul cadre juridique international à protéger quelque 1200 espèces sauvages. Sa COP15, qui vient de se tenir au Brésil, a été l’occasion d’un état des lieux.
Une fois n’est pas coutume, 132 États et l’Union européenne se sont réunis dans l’optique de protéger des espèces tout au long de leur migration. La rencontre s’est faite à l’occasion de la quinzième Conférence des parties (COP15) de la Convention pour la conservation des espèces migratrices (CMS), du 23 au 29 mars, à Campo Grande au Brésil.
Peu connue, cette convention des Nations unies de 1979 est pourtant antérieure à la Convention sur la diversité biologique de 1992. Et son droit international s’est imposé pour protéger « des espèces migratrices qui traversent des zones juridiques différentes : des États, des zones économiques exclusives, les eaux internationales, explique la juriste de l’environnement Isabelle Michallet, professeure à l’université de Rennes. Alors que différents pays partagent des responsabilités sur des espèces en commun, la convention organise aussi la coopération entre les États. »
Ainsi quelque 1 200 espèces sont protégées par la CMS, des oiseaux mais aussi des mammifères terrestres et marins, des poissons, des insectes, etc. Cette année, 40 nouvelles espèces proposées par des États membres de la CMS ont été ajoutées à la liste. Dont deux portées par la France, la loutre géante (Pteronura brasiliensis), présente notamment en Guyane française, et le puffin à pieds pâles (Ardenna carneipes) qui séjourne en Nouvelle-Calédonie.
L’ajout du Petit Chevalier (Tringa flavipes), un petit échassier à pattes jaunes, à la demande de l’Uruguay, aura valeur de test pour l’engagement de la France, puisque cette espèce est chassable dans les Antilles françaises, commente Jean-Philippe Siblet, du Muséum national d’histoire naturelle, membre de la délégation française au Brésil.
Un quart des espèces menacées d’extinction
« La liste des espèces s’allonge d’année en année, un succès qui s’explique par le fait que la CMS est le seul droit international disponible pour protéger individuellement des espèces, explique Jean-Philippe Siblet. Le problème est que les moyens alloués ne suivent pas. » Sachant que certains pays les plus pauvres ne paient pas et que les pays riches refusent d’augmenter leurs contributions.
Et la situation globale des espèces migratrices, à l’instar du reste de la biodiversité, ne s’améliore pas. En 2024, la CMS a publié un premier état des lieux. Son évaluation internationale a été mise à jour pour la COP15 de 2026. Bilan : la moitié des espèces migratoires concernées par le traité de la CMS sont en déclin et un quart sont menacées d’extinction.
« Le droit de la biodiversité n’est certes pas la priorité des États et la CMS n’a pas de pouvoir de sanction. Pour autant, il y a un réel effet sur la mise en place de mesures de conservation depuis quarante ans, comme les réglementations sur la chasse ou la protection des habitats », estime Isabelle Michallet. Ainsi, la moitié des zones identifiées comme clés dans la vie des espèces listées par la CMS font l’objet de mesures de protection à travers le monde.
« Il y a un réel effet sur la mise en place de mesures de conservation »
La CMS a à son actif de nombreux accords dédiés à certaines espèces, qui engagent les pays concernés, comme l’accord relatif à la conservation des chauves-souris en Europe ou l’accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie (AEWA). Ainsi que des plans d’actions d’envergures moindres mais qui, là encore, sont salués par les spécialistes.
Olivier Duriez, écologue au CNRS qui a participé à la rédaction d’un plan d’action pour la protection des vautours publié par la CMS en 2017, défend aussi cette convention.
« La mise en commun des connaissances scientifiques a permis de donner un cadre de référence aux agents de la conservation concernés par les vautours migrateurs. Ce travail international a aussi permis d’identifier les principales menaces, qui n’étaient pas toujours là où on les attendait. » Le long de la route migratoire, l’Europe s’est avérée ainsi plus dangereuse que l’Afrique, à cause notamment des collisions et électrocutions avec les infrastructures électriques.
L’exploitation des fonds marins
Réunie tous les trois ans, la COP s’intitulait cette année « Connecter la nature pour préserver la vie ». « La surexploitation, la perte et la fragmentation des habitats sont les principales menaces à l’encontre des espèces migratoires à travers le monde », lançait à l’ouverture de la COP15 Amy Fraenkel, la secrétaire exécutive de la CMS.
Un nouveau rapport sur les poissons d’eau douce montre ainsi que 81 % des populations migratrices ont disparu depuis 1970, en particulier à cause de barrages et d’aménagements humains qui entravent la circulation des poissons. Autre coup de projecteur cette année, l’exploitation des fonds marins — qui menace la moitié des espèces marines protégées par la convention — a fait l’objet d’une étude.
« Parmi les barrages à la circulation, il y a les murs construits aux frontières »
La question des installations électriques était aussi à l’ordre du jour des inquiétudes. Déjà perçues comme une menace majeure, elles sont appelées à largement se développer dans les années à venir, face à une demande exponentielle d’électricité. Tout comme les parcs éoliens, en général installés dans les couloirs de vent qui sont également les couloirs de migration.
« Parmi les barrages à la circulation qui s’érigent, il y a aussi les murs construits aux frontières », ajoute Jean-Philippe Siblet, qui rappelle que les guerres ont aussi des conséquences dramatiques sur la biodiversité.