Lyon, « ville écolo » ? Le bilan des Écologistes entre avancées et promesses non tenues
L'école primaire Condorcet, à Lyon, se trouve désormais dans une rue végétalisée et sans voiture, avec des arceaux pour vélos. - © Antoine Boureau / Reporterre
L'école primaire Condorcet, à Lyon, se trouve désormais dans une rue végétalisée et sans voiture, avec des arceaux pour vélos. - © Antoine Boureau / Reporterre
Durée de lecture : 8 minutes
Municipales — En six années à la tête de Lyon, Les Écologistes ont végétalisé la ville, développé le vélo, amélioré la qualité de l’air et encadré les loyers. Ce, malgré les obstacles de la droite, des frictions liées à de longs travaux et des promesses non tenues.
Lyon (Rhône), correspondance
En cette matinée ensoleillée de janvier, la piste cyclable qui longe le Rhône bruisse d’un flot continu de cyclistes. Des employés de bureau pédalent vers la Part-Dieu, des parents accompagnent leurs enfants à l’école en vélos cargos, des livreurs filent à toute allure… Candidats écologistes élus en 2020 sur la promesse de transformer Lyon et sa métropole face à l’urgence climatique, le maire Grégory Doucet et le président de la Métropole Bruno Bernard ont profondément modifié l’espace urbain.
Six ans plus tard, la « ville écolo » » alors vantée est-elle devenue réalité, alors que l’ancien président du club de football de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas — soutenu par la droite et le centre — part grand favori des élections municipales de mars ? Reporterre a parcouru la métropole pour mesurer les mutations engagées et les résistances persistantes.
Sur les quais du Rhône, la circulation automobile a été réduite au profit d’une large piste cyclable. Elle fait partie des « voies lyonnaises », l’un des projets phares du mandat : douze axes cyclables sécurisés maillant le territoire métropolitain.
À quelques semaines des élections municipales, Les Écologistes ont réalisé 170 kilomètres de ces routes à vélos sur les 250 prévus, pour un investissement de 200 millions d’euros. Sur la plupart des sections, leurs travaux ont permis d’élargir les trottoirs et de végétaliser leurs abords en plantant des arbres.
« Pour la première fois, on a pensé le vélo à l’échelle de l’agglomération avec la volonté de construire un réseau structurant et qualitatif pensé sur plusieurs mandats, comme on le fait pour un réseau de transports en commun, se réjouit Thibaut Chardey, coprésident de l’association Ville à vélo, mais il subsiste encore de nombreuses discontinuités à l’intérieur des lignes, il faudra absolument les traiter lors du prochain mandat, car elles génèrent de l’insécurité et des conflits avec les automobilistes et les piétons. »
Le tracé des pistes vélos n’a pas été sans heurts. Le récit se tend à l’approche des communes périphériques dirigées par des élus de droite. À Oullins-Pierre-Bénite au sud comme à Caluire au nord, les maires Les Républicains locaux se sont fermement opposés au projet, bloquant ces aménagements qui modifient la circulation et réduisent les places de stationnement.
Les réunions publiques ont souvent été houleuses. « Les oppositions les plus fortes sont apparues quand le projet est devenu un enjeu politique local, parfois relayé par des inquiétudes commerciales », reconnaît Fabien Bagnon, vice-président à la Métropole en charge des voies lyonnaises. Selon lui, 85 % des chantiers se sont déroulés sans difficulté majeure.
12 % de trafic automobile en moins
Les chiffres de la métropole sur les mobilités traduisent un basculement : l’usage du vélo et des trottinettes a augmenté de 58 % et celui du trafic auto a reculé de 12 % entre 2019 et 2024. Une transformation visible, mais qui a crispé certains automobilistes.
À l’approche de la halle Tony Garnier, au sud de Lyon, les rails de tramway se multiplient. Depuis 2020, la Métropole a engagé un vaste plan de développement des transports en commun, ajoutant plusieurs dizaines de kilomètres de lignes nouvelles ou prolongées. L’objectif : mieux relier les communes populaires et périphériques — Vénissieux, Bron, Vaulx-en-Velin, Saint-Fons — aux pôles d’emploi et d’études et réduire la dépendance à la voiture.
Ces chantiers étalés sur plusieurs années ont profondément bouleversé le quotidien des Lyonnais. Embouteillages prolongés, rues barrées, commerces fragilisés : pour de nombreux automobilistes, l’accumulation des travaux a renforcé le sentiment d’être mis à l’écart. Si le ressentiment reste palpable, la Métropole assume ce choix au nom d’un rééquilibrage des mobilités.
Dans une rue calme du 8ᵉ arrondissement, l’asphalte a laissé place à des bacs de terre, des jeunes arbres et des bancs en bois. À la sortie des classes, les enfants jouent là où les voitures se garaient quelques années plus tôt.
Cette scène est devenue familière à Lyon, désormais dotée de dizaines de « rues aux enfants », fermées à la circulation. Elles font partie du « Plan Nature 2020-2026 » des Écologistes qui a rendu 13,8 hectares au végétal, soit 70 % des projets programmés, au coût de 141 millions d’euros. Un impératif pour lutter contre les canicules qui rendent les îlots de chaleur qui composent la ville irrespirables chaque été.
« Lyon est la grande ville française la plus exposée au réchauffement, dit le géographe Michel Lussault. La végétalisation est un outil essentiel pour atténuer les vagues de chaleur, elle favorise aussi le bien-être et la santé des habitants et permet de retisser des liens sociaux. »
Une végétalisation « abordée de manière beaucoup plus complexe et scientifique »
Il souligne un changement de conception dans la politique de végétalisation menée par Les Écologistes : « Elle est abordée de manière beaucoup plus complexe et scientifique avec une réflexion approfondie sur les écosystèmes urbains et un travail de fond sur la gestion de l’eau. »
Au nord de Lyon, le parc de Miribel-Jonage abrite le champ captant de Crépieux-Charmy, principale source d’approvisionnement en eau de l’agglomération. La gestion de l’eau, confiée à Veolia jusqu’en 2023, est désormais assurée en régie publique.
En reprenant la main, la Métropole a voulu rompre avec une logique de rentabilité privée, afin de mieux préserver la ressource, maîtriser les tarifs et investir sur le long terme. Un choix politique discret pour les usagers, mais central dans la philosophie de l’exécutif lyonnais, soucieuse de la protection de l’environnement et de la santé des habitants.
Dans ce contexte, Les Écologistes ont accordé une attention particulière à la qualité de l’air de Lyon, qui est régulièrement dégradée par les particules fines du trafic routier et du chauffage. Selon Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, les efforts engagés ont permis de réduire, entre 2019 et 2024, l’exposition moyenne des habitants au dioxyde d’azote de 34 %, et celle aux particules fines de 18 %.
Cette amélioration s’inscrit dans une tendance de fond liée aux progrès technologiques, mais qui s’est accélérée à l’échelle lyonnaise. La mise en place de la zone à faibles émissions (ZFE), qui limite la circulation des véhicules les plus polluants, a favorisé un renouvellement plus rapide du parc automobile qu’ailleurs. Si cette mesure s’est montrée efficace d’un point de vue sanitaire, elle a aussi cristallisé de fortes tensions sociales, notamment chez les ménages modestes dépendants de leur voiture.
La santé passe aussi par l’assiette des enfants. En 2020, les Verts promettaient du « 100 % bio et 50 % local » dans les cantines scolaires. L’objectif ne sera pas atteint en 2026, mais la progression est nette : dans les collèges métropolitains, la part de produits bio est passée de 6 à 53 % en trois ans. Pour faciliter l’accès à des denrées saines, la Métropole a créé une ferme urbaine à Chassieu, dans l’est de l’agglomération, destinée à fournir fruits et légumes bio aux établissements scolaires.
Loyers réglementés
Cette préoccupation pour la santé et le cadre de vie s’inscrit dans l’ambition de faire de la transition écologique un levier de justice sociale. Dans une métropole marquée par une forte tension immobilière, l’encadrement des loyers, mis en place à Lyon et Villeurbanne depuis 2021, est l’un des instruments de cette politique.
En 2024, 134 procédures ont abouti à une régularisation de loyer et à la restitution de 200 000 euros de trop-perçus, avec une moyenne de 1 843 euros par dossier. « C’est un enjeu majeur pour le pouvoir d’achat », dit Antoine Boussard, juriste chez Assobail, une association qui accompagne les locataires dans ces démarches.
Ce volontarisme social montre toutefois ses limites lorsqu’on lit les affiches placardées sur plusieurs façades d’écoles à travers la ville : « Des enfants dorment ici », « Un toit c’est un droit », « Famille sans toit »… Malgré le plan « Zéro enfant à la rue », lancé en 2021 par la ville de Lyon, 315 enfants scolarisés étaient sans solution d’hébergement sur toute la Métropole début janvier, dont 84 occupaient des écoles dans la seule ville de Lyon, selon le collectif Jamais sans toit.
Lire aussi : « Bébés à la rue » : à Lyon, l’ambition des Écologistes n’a pas suffi
Faute de solutions pérennes et dans un contexte de désengagement de l’État, la municipalité se heurte à une réalité plus rude que ses ambitions. Un angle mort qui fragilise le bilan social du mandat écologiste.
Refus de la reconnaissance faciale
Sur la place Bellecour, agora du centre-ville, une caméra fixe surplombe la foule. En six ans, le nombre total de caméras a augmenté de 16 %. « Notre approche vise à limiter leur extension et d’en garder un usage proportionné, en refusant les technologies dangereuses pour les libertés individuelles comme la reconnaissance faciale », déclare Mohamed Chihi, adjoint au maire à la Sécurité. L’élu écologiste revendique une politique de sécurité « globale et humaine », à l’opposé du « tout répressif » et de la « surenchère policière ».
Durant le mandat, deux axes principaux ont été développés : renforcer la police municipale et sa présence de proximité ; mener des actions de prévention ciblée autour de la vie nocturne, des jeunes en difficulté et des violences. Avec une baisse de la délinquance de 11,9 % entre 2019 et 2024, la municipalité met en avant les résultats de cette approche.
Entre transformations visibles et défis persistants, Lyon avance vers une métropole écologique et solidaire, même si le chantier est loin d’être terminé.
Retrouvez tous nos articles sur les municipales ici.