Manifeste pour l’interdiction des pesticides dans les zones non agricoles

23 mars 2019 / Association Noé

Si les pesticides de synthèse sont interdits aux particuliers et aux collectivités, de multiples lieux échappent par dérogation à cette législation, expliquent les auteurs de ce manifeste. Ils réclament leur interdiction totale d’ici à 2020 pour toutes les zones non agricoles.

L’association Noé, fondée en 2001, s’est fixé comme mission de sauvegarder la biodiversité en France et à l’international. Son manifeste a reçu le soutien de Bio consom’acteurs, Canopée, La Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, Générations futures, la Ligue pour la protection des oiseaux, Nature & Progrès, Terre & Humanisme et Terre de liens.


L’usage des pesticides de synthèse nuit fortement à la biodiversité et à la santé humaine. Pour cette raison, la loi Labbé a interdit leur utilisation aux collectivités depuis 2017, et aux particuliers depuis le 1er janvier 2019. Pourtant, 69 herbicides et insecticides de synthèse sont encore autorisés en France sur environ 20 millions d’hectares de zones non agricoles, dont la plupart accueillent du public (forêts, terrains de sport, parcs et jardin, etc.) Pour la biodiversité et la santé humaine, nous demandons l’arrêt de l’usage des pesticides de synthèse sur toutes les zones non agricoles.

Prudemment appelés produits « phytosanitaires » de synthèse, ils sont généralement utilisés pour éradiquer des espèces animales, végétales ou fongiques. Toutefois, ils ne sont pas utilisés dans des environnements clos et peuvent donc avoir des effets négatifs sur d’autres organismes non ciblés.

Aujourd’hui, nous savons que l’usage de pesticides néonicotinoïdes est une des causes principales du déclin dramatique des abeilles. Or, sans elles et sans leur action de pollinisation, ce sont plus du tiers de nos ressources alimentaires qui disparaissent. De même, l’usage du glyphosate, désherbant le plus utilisé en France, est corrélé à des troubles de la reproduction chez les mammifères et les oiseaux ainsi qu’à des lésions d’organes vitaux chez les amphibiens et les poissons.

Les êtres humains subissent des effets similaires. Ainsi, l’expertise collective menée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), montre, chez les riverains de zones d’épandages de pesticides, une plus grande occurrence de leucémies, tumeurs cérébrales, malformations congénitales, troubles neurocomportementaux et du développement.

Dans les forêts françaises, 40 pesticides de synthèse sont autorisés 

Sur le fondement de ces constats, la loi Labbé interdit aux collectivités d’utiliser ou de faire utiliser des produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces verts, forêts, promenades et voiries accessibles ou ouverts au public depuis 2017. Les jardiniers amateurs sont également concernés depuis le 1er janvier 2019, date à laquelle la vente en libre-service de ces produits a été interdite.

Toutefois, certains lieux publics tels que les cimetières et terrains de sport bénéficient de dérogations, et les jardiniers amateurs peuvent toujours avoir recours aux pesticides de synthèse à condition de les faire appliquer par un professionnel. En outre, de nombreuses zones non agricoles ne sont pas concernées par cette loi.

Dans les forêts françaises, ce sont 40 pesticides de synthèse qui sont autorisés, dont 23 à base de glyphosate. Ces derniers sont pourtant classés comme pouvant entraîner des effets néfastes à long terme pour l’environnement aquatique, s’accumulant dans l’organisme des poissons, crustacés, algues, et plantes. D’autres, au nom évocateur tel que le « Fusilade Forêt » commercialisé par Syngenta, présentent des risques pour l’enfant pendant la grossesse.

En 2018, 2.000 hectares de forêts landaises ont été traités au glyphosate pour permettre aux pins de pousser plus vite, contaminant ainsi les abeilles et le miel de la région, devenu impropre à la consommation. Même problème dans l’Aisne, où des parcelles de forêts classées Natura 2000 ont été traitées avec ce produit par l’Office national des forêts (ONF) après l’entrée en application de la loi Labbé. En effet, bien que la loi s’applique aux espaces forestiers publics, de nombreuses parcelles peuvent encore être traitées car elles sont considérées comme des espaces de productions et non comme des « lieux de promenade ». Pourtant, le plus souvent, rien n’indique aux promeneurs qu’il s’agit d’une zone traitée…

Ces pesticides de synthèse sont utilisés sur les sites tertiaires et de production d’entreprises, c’est-à-dire tant sur les espaces verts des sièges sociaux ou des zones industrielles, que sur les milliers d’hectares des réseaux ferrés et autoroutes par exemple. Certains de ces espaces sont ouverts au public, c’est le cas notamment des terrains de sport, parcs d’attractions, parcs et jardins de monuments historiques et des golfs sur lesquels l’usage de fongicides SDHI alarme les scientifiques.

Les collectivités et les jardiniers amateurs le prouvent tous les jours : ils sont capables de se passer des pesticides de synthèse 

Sur ces zones, 16 des 35 pesticides de synthèse autorisés sont des produits à base de glyphosate, et deux autres herbicides sont classés « cancérogènes probables » [1]. La SNCF, premier consommateur de glyphosate en France pour les usages non agricoles, en utilise 36 à 45 tonnes par an.

Glyphosate, néonicotinoïdes… Le niveau de toxicité de produits utilisés massivement depuis des dizaines d’années est régulièrement mis à jour. Qu’allons-nous découvrir demain ?

Les collectivités et les jardiniers amateurs le prouvent tous les jours : ils sont capables de se passer des pesticides de synthèse. Ils adoptent pour cela de bonnes pratiques de jardinage qui permettent de conserver les équilibres naturels, accueillent les insectes « utiles » qui se chargent des indésirables, et ont recours au désherbage manuel, électrique ou thermique par exemple. Tandis que le gouvernement français avait pour objectif initial de réduire de 50 % le recours aux pesticides entre 2008 et 2018 [2] mais que leur consommation a au contraire augmenté de plus de 10 % depuis 2009 [3], légiférer pour une sortie définitive de l’usage des pesticides de synthèse sur toutes les zones non agricoles apparaît comme une première étape nécessaire vers l’unique cap acceptable pour la conservation de la biodiversité et de la santé humaine en France : le zéro pesticide total [4].

Pour la biodiversité et la santé humaine, nous, associations à but non lucratif et reconnues d’intérêt général, demandons l’interdiction des pesticides de synthèse sur toutes les zones non agricoles dès 2020 !

Dites aux décideurs politiques et économiques que vous souhaitez l’interdiction des pesticides sur toutes les zones non agricoles : signez la pétition !




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[1Elegia Gold et Kerb Forestier Liquide. Source : www.ephy.anses.fr.

[2Plan Ecophyto 1 en 2009 : objectif de 50 % de réduction du recours aux pesticides entre 2008 et 2018. Plus d’infos ici.

[3Ecophyto, note de suivi 2017 (juillet 2018). Pour info : augmentation constante entre 2009 et 2014 (source : plan Ecophyto2), + 12 % entre 2014 et 2016, chiffre reparti à la hausse en 2017 selon les Échos.

[40 pesticide de synthèse et 0 biocide de synthèse sur toutes les zones agricoles et non agricoles.


Lire aussi : Le coquelicot, une fleur anarchiste contre les pesticides

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : la SNCF, premier consommateur de glyphosate en France pour les usages non agricoles, en utilise 36 à 45 tonnes par an. Pixabay (CC0)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.


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