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Numérique

Pourquoi les recherches Google se dégradent avec l’IA générative

Avec l'IA, la fin des recherches Google à l’ancienne ?

Le moteur de recherche de Google ne cesse d’évoluer, pour lutter contre les spams, accroître les revenus publicitaires… et imposer l’utilisation de l’intelligence artificielle générative. Au détriment de la qualité des résultats.

Aura-t-on encore le choix, dans quelques mois, de naviguer sur internet sans faire tourner des modèles d’intelligence artificielle générative ?

Google a annoncé le 19 mai « la plus importante mise à jour en vingt-cinq ans » pour faire une place prépondérante à son intelligence artificielle générative, Gemini, dans les résultats de nos requêtes quotidiennes : des résumés, des images et des présentations toutes générées par IA s’afficheront sans que les internautes puissent les refuser.

Google compte ainsi s’imposer dans la course à l’IA générative, profitant du tas de données qu’elle accumule via ses applications Google Maps, YouTube, les suites bureautiques, etc., pour entraîner des modèles d’IA toujours plus grands et énergivores et les imposer dans les usages.

Pour l’heure, la France n’est pas encore concernée. Google négocie encore avec les éditeurs — grands sites d’informations et autres producteurs de contenu en ligne — les droits voisins qu’il leur reverserait en échange du recours à leurs productions pour entraîner Gemini.

2 sur 3 recherches font désormais « zéro clic »

Ce mouvement est déjà largement enclenché à l’étranger. La société mère du moteur de recherche le plus utilisé au monde inclut déjà depuis 2025 des « AI Overviews », ou résumés générés par IA, en haut de ses pages de résultats. Le texte fournit une réponse lisible d’un coup d’œil et précède les liens qui renvoient traditionnellement l’internaute vers les multiples sites web susceptibles de lui apporter les informations qu’il ou elle cherche.

L’effet sur notre manière de naviguer est considérable : mi-2025, le site de statistiques Similarweb constatait que 69 % des recherches étaient devenues zéro clic (c’est-à-dire qu’elles ne produisaient aucun clic vers une autre page web) dans les pays où est déployé l’AI Overview. En ligne, si les internautes échangent des tactiques pour tenter de stopper le recours à l’outil, celui-ci continue d’apparaître dans l’essentiel des résultats de recherche.

Dans la plupart des pays, le moteur affiche aussi depuis près d’un an un « mode IA » aux côtés des icônes de recherche vocale et par image. Si l’internaute y recourt (et Google revendique que 1 milliard de personnes le font chaque mois), il trouve sa requête ouverte dans une interface similaire à celle des modèles d’IA générative les plus connus. Si cette fonctionnalité n’est pas encore présente en France, elle sera renforcée là où elle est déjà déployée, en s’appuyant sur Gemini 3.5, la dernière version du système génératif de la société de Mountain View.

Des résultats de moins en moins bons

À l’heure où Google passe tout à la moulinette de l’IA générative, faut-il craindre que les résultats des recherches simples se détériorent ? Beaucoup d’internautes le ressentent déjà dans leur utilisation du moteur de recherche le plus utilisé (89 % des parts de marché dans l’Hexagone), et ce jusqu’en France.

En 2024, une équipe de chercheurs allemands constatait justement une baisse de la qualité des résultats, en particulier sur les pages les mieux classées par les systèmes des moteurs de recherche, c’est-à-dire les premiers liens proposés aux internautes. Bing et DuckDuckGo sont aussi affectés, mais en sa qualité de leader incontesté, ce sont surtout les évolutions constatées sur Google qui attirent l’attention. Elles sont le reflet de transformations plus structurelles, relatives au fonctionnement et à l’économie du web.

Publicités et systèmes « entachés d’erreurs »

« La perception de la dégradation de la qualité de l’information remonte à bien avant l’arrivée de l’IA générative », estime Sylvain Peyronnet, fondateur de la société Babbar et créateur du moteur de recherche conversationnel Ibou. À l’origine, rappelle-t-il, Google triait les résultats qu’il proposait aux internautes de manière relativement simple : en calculant le nombre de liens qui renvoyaient d’une multitude de points du web vers une même page, son algorithme PageRank triait les pages en fonction de leur popularité.

« Ensuite, il y a eu les mécanismes de publicité », liste la professeure à l’université de Toulouse Florence Sèdes. Ceux-ci ont permis à des internautes ou des sociétés de maximiser leur visibilité en misant des enchères sur des mots-clés précis, pour faire remonter leur site web sur ces requêtes. « Et puis sont apparus les algorithmes de recommandation, qui ont permis de restituer en priorité ce qui intéressait déjà des internautes qui vous ressemblent », ajoute-t-elle.

C’est à ce moment-là que l’évolution est devenue la plus visible pour les internautes, explique Sylvain Peyronnet : « Google s’est mis à utiliser des modèles de récupération des signaux perçus par les utilisateurs » pour entraîner des systèmes supposés « prédire » quels sites web seraient aimés par les gens. « Mais, poursuit-il, ces systèmes sont entachés d’erreurs, et leur fonctionnement implique une évolution de l’estimation du résultat » : plutôt que de s’intéresser à la pertinence des pages web, les systèmes de Google se sont mis à prioriser des signaux comportementaux. « Or, ce n’est pas parce qu’on clique sur une page qu’elle est réellement pertinente », dit celui qui se définit comme un algorithmicien.

« Merdification »

Au fil du temps, une expression a même émergé pour qualifier ces contenus au titre suffisamment racoleur pour inciter l’internaute à cliquer, sans lui apporter d’information ou de divertissement satisfaisant une fois arrivé sur la page concernée : « putaclic », dérivé sexiste de l’anglais « clickbait (« appât à clic »).

Outre illustrer l’agacement de ceux qui s’y laissent prendre, l’injure traduit un enjeu régulier pour les moteurs de recherche : lutter contre les fabricants de spams et de contenus non pertinents, alors qu’eux bataillent sans relâche pour se retrouver en haut des pages de résultats.

« Avant, ces gens étaient des artisans, continue Sylvain Peyronnet. Avec l’IA générative, ils sont devenus de vrais industriels : un compte Claude ou ChatGPT bien configuré permet à une personne seule de produire des milliers de pages par jour. Et ces pages sont plus qualitatives qu’avant d’un point de vue algorithmique. »

En novembre 2024, la société Graphite constatait que le nombre d’articles écrits par des IA avait dépassé celui des articles écrits par des humains. Pour le public, cette tendance se traduit par une explosion de pages attractives mais creuses, fausses ou trompeuses, et par un sentiment d’enshittification (ou « merdification »), comme le blogueur Cory Doctorow a proposé de qualifier la baisse de qualité des services fournis par des plateformes numériques. Pour les moteurs de recherche, trier le bon grain de l’ivraie à désindexer est un casse-tête permanent.

Un public à former

Dans ce contexte d’un web rendu plus complexe au fil du temps, Google ne s’écarte pas de son cœur de métier, qui consiste à une seule chose : minimiser la friction des internautes pour accéder à l’information. Quitte à tourner la page de notre ancienne manière de faire des recherches. « Pour l’entreprise, on se dirige inéluctablement vers un système où on ne montre plus les sites web, mais où l’on répond directement », estime Sylvain Peyronnet.

Et le public dans tout cela ? Pour Florence Sèdes, pas de doute : il faut l’accompagner à mesure que les usages se déploient. « De la même manière que certains regardent BFM ou CNews toute la journée, de la même manière que certains regardent TikTok pour s’abêtir, d’autres pour s’informer, il faut former les gens à ne pas prendre tout ce que leur dit un robot d’IA pour argent comptant. » Et au passage, leur montrer qu’une information, qu’elle soit scientifique, journalistique ou autre, « a un coût, et une valeur dans le débat public ».

En attendant, depuis les annonces du 19 mai, le recours à DuckDuckGo a nettement progressé aux États-Unis. Centré sur la protection de la vie privée, ce moteur qui fait partie des alternatives les plus connues à Google propose aussi… un bouton pour désactiver simplement le recours à l’IA.

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