Mondial des clubs : le tournoi de trop pour le football et le climat
Les matches de la Coupe du monde des clubs vont se jouer en plein après-midi dans des régions parmi les plus chaudes des États-Unis. - © Domenic Aquilina / NurPhoto / AFP
Les matches de la Coupe du monde des clubs vont se jouer en plein après-midi dans des régions parmi les plus chaudes des États-Unis. - © Domenic Aquilina / NurPhoto / AFP
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Néfaste pour le climat, rejetée par les joueurs eux-mêmes, financée par des pétromonarchies... La Coupe du monde des clubs de football fait la quasi-unanimité contre elle avant même son coup d’envoi, le 15 juin.
Dimanche 15 juin débutera aux États-Unis une compétition inédite : la Coupe du monde des clubs, qui verra s’affronter 32 équipes dans 11 villes de tout le pays, jusqu’à la finale le 13 juillet. Ce tournoi, voulu par Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football (Fifa), s’annonce d’ores et déjà comme l’un des événements les plus controversés de l’histoire du football moderne.
Dans un rapport publié cette semaine, l’ONG Fossil Free Football dénonce le coût climatique, social et politique de ce tournoi. Son analyse estime que les clubs engagés parcourront au moins 564 877 kilomètres en avion, soit plus de 733 heures de vol cumulées, sans compter les déplacements des supporters. L’aviation étant l’un des modes de transport les plus émetteurs de CO₂, cette logistique représente une contradiction flagrante avec les engagements climatiques affichés par la FIFA.
« Nous voyons déjà les effets du dérèglement climatique sur le football, alors organiser un tournoi ultrapolluant financé par les revenus du pétrole saoudien est une décision aussi dangereuse que cynique », alerte Peter Crisp, porte-parole de Fossil Free Football.
Des matches à midi en plein mois de juin
La compétition se tiendra en plein été dans des villes déjà exposées à des records de chaleur. À Orlando, en Floride, la température moyenne en juin dépasse 33 °C, avec un taux d’humidité élevé. Pour convenir aux téléspectateurs européens, certains matchs sont prévus en milieu d’après-midi, dans des stades sans ombre. Lors de la Copa America 2024, déjà organisée en juin aux États-Unis, un arbitre avait perdu connaissance sur le terrain en raison de la chaleur, et plusieurs joueurs s’étaient plaints de conditions « invivables ».
En plus de son impact sur la planète, la compétition va essorer un peu plus des athlètes déjà soumis à des cadences infernales. Elle s’ajoute aux compétitions nationales, continentales et internationales. Le syndicat des joueurs FIFPro alerte : au-delà de 55 matchs par an, la charge devient excessive. Le joueur uruguayen du Real Madrid Federico Valverde pourrait atteindre les 80 cette saison.
« Qui veut vraiment cette compétition ? Personne »
Les critiques sont nombreuses parmi les personnalités du monde du football : l’entraîneur allemand Jürgen Klopp a qualifié le tournoi « d’inutile » et l’Espagnol Rodri, élu Ballon d’Or en 2024, a évoqué une possible grève des joueurs. « Qui veut vraiment cette compétition ? Personne », lançait Thomas Frank, ex-entraîneur de Brentford, en Angleterre.
Arabie saoudite et Qatar comme mécènes
Autre sujet sensible : le financement de la compétition par l’industrie fossile. Face au désintérêt des diffuseurs traditionnels, la Fifa a obtenu un accord à hauteur d’un milliard de dollars (925 millions d’euros) avec la plateforme DAZN, récemment renflouée par le fonds public d’investissement saoudien. Ce même fonds est aussi à l’origine du milliard de dollars de primes promises aux clubs. La compagnie aérienne Qatar Airways, marraine de l’événement, est également pointée du doigt.
Les enjeux vont donc bien au-delà du sport. « La Fifa se rapproche toujours davantage de régimes autoritaires et de sponsors polluants. Elle lie l’avenir du football à des acteurs qui sapent les droits humains et sabotent les efforts climatiques internationaux », conclut Fossil Free Football.
Malgré les efforts de communication, l’engouement populaire n’est pas au rendez-vous. À quelques jours du match d’ouverture entre l’Inter Miami de Lionel Messi et les Égyptiens d’Al Ahly, des milliers de sièges restaient invendus. Pour relancer les ventes, la Fifa s’est résolue à baisser drastiquement les prix de certaines places — de 300 à 48 euros pour les billets les moins chers du match d’ouverture — et créer des packs permettant d’accéder aux tickets de la Coupe du monde des nations, bien plus prestigieuse, organisée en Amérique du Nord en 2026.