Municipales : « L’intérêt pour l’écologie échappe aux radars, mais il est réel »
La secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier votant à Hénin-Beaumont, le 15 mars 2026. - © Sameer Al-Doumy / AFP
La secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier votant à Hénin-Beaumont, le 15 mars 2026. - © Sameer Al-Doumy / AFP
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Municipales — En 2026, un reflux de l’écologie dans les urnes ? Pas forcément, même si les scores du parti vert ont baissé, car de nombreux maires ruraux ont l’environnement « au cœur de leur programme », explique le politiste Simon Audebert.
Le 15 mars, à la tombée de la nuit, tombaient les premiers résultats des élections municipales 2026. Six ans après ce qui a été qualifié de vague verte dans de nombreuses métropoles du pays, le retour aux urnes des maires et candidats écologistes s’annonçait compliqué. Doctorant au Centre d’études européennes et de politique comparée, Simon Audebert analyse celui-ci pour Reporterre. Le politiste appelle surtout à décentrer nos regards des grandes villes, pour observer ce qu’il se joue dans les territoires ruraux.
Reporterre — Les premières tendances du scrutin confirment-elles le reflux annoncé de la vague verte observée en 2020 ?
Simon Audebert — Cette vague verte souvent évoquée s’inscrivait dans une dynamique très différente, ce qui rend la comparaison assez compliquée. En 2020, nous n’avions pas observé d’alliances d’ampleur dans la plupart des grandes villes, lors du premier tour. Les négociations avaient eu lieu pendant l’entre-deux-tours, où Les Écologistes avaient réussi à s’imposer comme tête de liste dans bien des communes. Au second tour, leur réussite avait été largement commentée par la presse, mais il s’agissait surtout de victoires d’alliances de gauche.
Cette fois-ci, ces alliances se sont beaucoup construites dès le premier tour. Et Les Écologistes y figuraient moins en tête de liste, à l’image de Paris, Marseille et Nantes [où des représentants du Parti socialiste (PS) occupent la première place des candidatures communes]. D’où la difficulté à comparer les deux scrutins. Quoi qu’il en soit, a priori, les résultats ne sont pas aussi défavorables que certains sondages auraient pu le laisser penser.
Lyon en est l’illustration parfaite.
Oui, les sondages plaçaient Jean-Michel Aulas [ancien président de l’Olympique lyonnais aujourd’hui candidat de droite à la mairie de Lyon] largement en tête. Et à la surprise générale, le maire écologiste sortant, Grégory Doucet, le devance finalement [37,36 % contre 36,78%] à l’issue du premier tour.
Cela démontre parfaitement à quel point il faut être prudent avec les sondages, d’autant plus quand ils sont influencés par l’entrée en campagne d’une figure aussi médiatique que Jean-Michel Aulas.
À Strasbourg, Besançon et Annecy, trois mairies devenues écologistes en 2020, les candidats de ce bord-là faisaient toutefois grise mine à l’issue du dépouillement.
Certes, mais attention à ne pas tomber dans un piège courant. Les résultats des Écologistes dans les grandes villes ne sont pas représentatifs du rapport des Français et des Françaises à l’écologie, ni même de la place de l’écologie dans ces municipales.
Les médias ont tendance à largement commenter les scrutins des métropoles, en considérant que ça donne des indications sur les dynamiques politiques à l’approche de la présidentielle. Dès lors, on peut vite associer un mauvais score des Écologistes dans telle, telle et telle ville à un rejet de l’écologie comme thématique, ou un rejet de l’écologie politique. C’est faux, et c’est oublier que l’écologie existe sous d’autres formes, notamment dans les territoires ruraux.
« Beaucoup placent l’écologie au cœur de leur programme sans qu’il y ait d’affiliation partisane »
Avec la Fondation de l’écologie politique, pour décentrer nos regards des villes de plus de 100 000 habitants, on a comptabilisé le nombre de mairies « écologistes ». Pas uniquement les élus encartés affichant leur étiquette, mais aussi ceux se déclarant dans la presse comme étant écologistes. On en a identifié des dizaines et des dizaines.
Autrement dit, beaucoup placent l’écologie au cœur de leur programme sans qu’il y ait pour autant d’affiliation partisane. Se concentrer uniquement sur les grandes villes et les jeux de partis, c’est ne pas réaliser que ces élections municipales se passent très différemment, loin de ces débats, pour une immense majorité des communes.
Deux données nous le démontrent. Premièrement, en France — villes et villages confondus, 82 % des listes se sont présentées à ces élections sans étiquette. Soit à peu près 41 000 listes, contre 9 000 avec étiquette. Deuxièmement, 68 % des communes ne disposaient que d’une seule liste, et 25 % en avaient deux. Il s’agit souvent de petits villages, mais cela signifie que dans chacune d’elles, il n’y aura pas de second tour.
Le vote rural est souvent décrit comme un acquis de la droite et de l’extrême droite. Ce premier tour des municipales confirme-t-il cette idée ?
Les territoires ruraux sont très pluriels. Et le vote l’y est tout autant. Les discours et cadrages très urbains ont tendance à homogénéiser ces territoires, et les présenter comme votant tous à droite ou à l’extrême droite. C’est faux. On observe des zones rurales votant à gauche, voire où le vote écologiste est dominant.
Il est fondamental de rappeler que le vote est avant tout déterminé par des variables socio-économiques, comme le genre, l’âge, le niveau de diplôme, la catégorie socioprofessionnelle et le revenu. La première raison pour laquelle on va soutenir un parti ou un autre, ce n’est pas l’endroit où l’on habite.
Ça peut jouer, bien sûr, mais de façon complémentaire à ces variables qui restent largement prédominantes. Je ne nie pas la très grande réussite du Rassemblement national dans une grande partie des territoires ruraux, mais celle-ci s’explique par la surreprésentation de certains profils dans les zones en question.
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Par ailleurs, entre les municipales de 2020 et celles d’aujourd’hui, l’écologie a essuyé énormément d’attaques. Je pense notamment à la séquence post-Sainte-Soline et la stratégie de la droite et de l’extrême droite de criminaliser sans arrêt les mouvements écologistes. Pour autant, l’écologie demeure l’une des préoccupations des Français, et l’échelon local est cité comme l’échelon idéal pour agir sur le sujet.
L’association des maires ruraux de France, avec son Grand atelier, promeut par exemple un mécanisme de démocratie participative assez proche de la Convention citoyenne pour le climat pour se doter de propositions sur les sujets de transition écologique. Tout un tas d’initiatives émerge dans les mairies. Cet intérêt pour la thématique écologiste en dehors des jeux de partis échappe aux radars, mais est réel.
À l’issue du premier tour, Manuel Bompard (La France insoumise) a déclaré tendre « la main aux autres listes […] pour permettre la constitution d’un front antifasciste ». Marine Tondelier (Les Écologistes) a appelé à « éliminer la droite et l’extrême droite », tandis qu’Olivier Faure (PS) a refusé un accord national entre son parti et les Insoumis, sans fermer la porte à des alliances locales. Au regard de ce que vous nous dites, ces déclarations — qu’elles soient en faveur d’une gauche unie ou pas — sont assez éloignées des préoccupations des électrices et électeurs des territoires ruraux.
Encore une fois, une très grande majorité des communes connaissent depuis hier leur nouveau ou leur nouvelle maire. Pour bien des Françaises et des Français, les élections municipales se sont achevées au premier tour. Ces consignes de vote et ces jeux d’alliances concernent principalement les grandes villes.
Je n’ai pas de boule de cristal ; je ne veux pas faire de politique fiction. Les négociations à venir ces prochains jours seront intéressantes à suivre, et certains partis ont d’ailleurs sous-entendu qu’elles serviraient de tests pour certaines stratégies. Mais, ce que j’observe, c’est que les récentes séquences politiques ont participé à la prise de distance des électrices et électeurs avec le système partisan. Il y a une baisse d’affiliation partisane et une volatilité électorale.
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