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N’en déplaise à Laurent Wauquiez, il faut créer le parc naturel de la Dombes

16 mars 2016 / Alain Chabrolle



La Dombes (Ain) est l’une des dernières grandes zones d’étangs en France. Des démarches pour en faire un parc naturel régional ont été lancées en 2007. Pourtant, Laurent Wauquiez, nouveau président de région, veut empêcher ce projet de protection de la nature.

Alain Chabrolle était vice-président du conseil régional de Rhône-Alpes, délégué à la santé et à l’environnement, jusqu’en 2015.

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Alain Chabrolle.

Il y a des grands projets inutiles, mais il y a aussi des grands projets très utiles : c’est le cas de la création du parc naturel régional (PNR) de la Dombes.

Ce projet était engagé depuis 2007 par le conseil régional Rhône-Alpes, avec l’appui du conseil général de l’Ain, et sa pertinence a été validée par le ministère de l’Écologie fin 2015.

Or, le 4 février 2016, M. Laurent Wauquiez, le nouveau président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes a communiqué son intention de suspendre ce projet. Il serait amené à prendre une décision définitive fin mars.

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La Dombes compte près de 1.400 étangs.

M. Wauquiez, lors de sa dernière campagne électorale, n’a pas caché sa volonté d’enterrer purement et simplement le PNR de la Dombes, entraînant d’ores et déjà le désengagement du nouveau conseil départemental de l’Ain par la voix de son président, Damien Abad (LR).

Pourquoi cependant faut-il sauver la Dombes ? La Dombes, qui compte 1.400 étangs, constitue une des dernières et des plus grandes zones d’étangs et de zones humides en France, au même titre que la Sologne ou la Brenne. Au nord-est de Lyon, entre Saône et Rhône, elle couvre 130.000 ha. Elle se situe sur un des axes migratoires majeurs d’Europe et présente une biodiversité remarquable : 150 espèces d’oiseaux nicheurs, 500 espèces de flore associées aux étangs, des centaines d’espèces d’insectes.

Difficile de résister aux sirènes du maïs 

La Dombes constitue aussi un riche patrimoine culturel, le système « dombiste » d’exploitation des étangs (un quart de la production française de carpes et brochets). Malgré cette valeur patrimoniale, la Dombes ne possède aucun statut à la hauteur de ses enjeux.

D’autant que la Dombes est menacée : l’urbanisation galopante (surtout en habitat pavillonnaire diffus), sous la pression de la métropole lyonnaise, s’est faite au détriment des espaces agricoles et naturels (2.000 ha d’étangs asséchés depuis vingt ans).

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Le système « dombiste » d’exploitation des étangs fournit un quart de la production française de carpes et de brochets.

Entre 1979 et 2008, les prairies permanentes sont passées de 26 % à 5 % de la surface agricole utile, tandis que le maïs passait de 22 % à plus de 40 %. Les politiques structurelles et la conjoncture économique ont favorisé l’agriculture intensive, contexte alimentant un sentiment de ras-le-bol vis-à-vis des « contraintes environnementales ». Difficile de résister aux sirènes du maïs dans un système mondialisé !

Le cas de l’étang des Échets illustre cette dégradation. Dépression de 1.000 ha connexe à la Dombes, cet étang avait permis l’installation d’une végétation exceptionnelle et d’une faune rare (râle des genets, courlis cendré…). Mais, à partir des années 1960, il a été asséché, mis en culture et urbanisé, entrainant sa perte irréversible.

La Dombes est un bien commun 

Aussi l’idée d’un PNR est apparue au plus grand nombre comme le seul véritable projet de territoire, apte à concilier les divers usages, les activités économiques et les enjeux écologiques et surtout détaché des enjeux politiciens puisqu’inscrit dans une durée de 12 ans renouvelables.

Ce futur PNR sera un projet de développement territorial, qui va donner à la Dombes un avenir et les moyens de développer chacun de ses atouts avec un objectif de qualité, de cohérence et de gouvernance des politiques menées, et de durabilité. Ce projet sera aussi un projet d’expérimentation et d’innovation, de soutien aux initiatives locales, aux nouvelles pratiques.

La Dombes est un bien commun qui va bien au-delà de son simple périmètre : en témoignent toutes les familles, tous les touristes lyonnais, rhône-alpins mais aussi de toute la France et de l’Europe qui viennent chaque année goûter son exceptionnel patrimoine.

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Au nord-est de Lyon, entre Saône et Rhône, la Dombes couvre 130.000 ha.

Le projet a mobilisé pendant plus de huit ans le conseil régional, les élus, les acteurs locaux, les associations. L’association de préfiguration du PNR regroupe déjà 51 communes, cinq communautés de communes, les acteurs de la pisciculture et du tourisme… et les associations de la Dombes. Des financements importants ont été engagés pour des actions concrètes sur le terrain (luttes contre les espèces exotiques, recherche et développement d’aérateurs solaires pour les étangs, éducation au jardinage sans pesticides).

Malgré cela, M. Wauquiez demande des preuves de mobilisation avant fin mars 2016 pour ne pas stopper définitivement le projet du PNR.

Il y a urgence ! Agissons ensemble pour que le projet du PNR de la Dombes continue à se construire avec les citoyens.


Une pétition a été lancée pour obtenir la création du parc naturel régional de la Dombes, « Sauvons la Dombes ».




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Lire aussi : Laurent Wauquiez, l’homme qui insulte les écologistes

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos : © Association de préfiguration du PNR de la Dombes.

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