« Non à la guerre » : les producteurs d’huile d’olive espagnols redoutent les représailles de Trump
Les menaces de Trump inquiètent vivement l’industrie de l’huile d’olive en Espagne (photo d'illustration). - © Jorge Guerrero / AFP
Les menaces de Trump inquiètent vivement l’industrie de l’huile d’olive en Espagne (photo d'illustration). - © Jorge Guerrero / AFP
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Les menaces de représailles économiques de Trump, après le refus de l’Espagne de soutenir la guerre en Iran, inquiètent l’industrie de l’olive. Ils exportent massivement olives et huile vers les États-Unis.
Madrid (Espagne), correspondance
« Non à la guerre », c’est par ces mots que le Premier ministre espagnol de gauche s’est de nouveau opposé mercredi 5 mars aux attaques israélo-étasuniennes menées en Iran, dans une intervention télévisée. Une prise de position qui tranche avec les autres pays européens, mais qu’assume Pedro Sánchez, faisant valoir une violation du droit international.
Plus tôt, l’Espagne avait déjà refusé aux États-Unis l’utilisation de deux bases militaires aériennes situées dans le sud du pays. « Nous ne mettrons pas nos bases à disposition pour une action […] non conforme à la Charte des Nations unies », s’était justifié le ministre des Affaires étrangères espagnol.
La réponse de Donald Trump ne s’est pas fait attendre. L’Espagne est « un allié terrible », a réagi le président, qui a menacé de couper tout commerce avec le pays et évoqué un possible embargo. Des menaces qui inquiètent vivement l’industrie de l’huile d’olive en Espagne, premier producteur et exportateur mondial.
« Même s’il y a encore beaucoup d’incertitudes sur ce qui pourrait réellement se passer — des droits de douane ou un blocus commercial —, ce dont on est sûr, c’est que les conséquences seraient énormes », prévient déjà Jaime Martinez-Conradi Álamo, directeur général des coopératives agroalimentaires d’Andalousie, une organisation qui représente les producteurs locaux.
Un marché clef
Les États-Unis, troisième plus grand consommateur mondial d’huile d’olive, importent près d’un tiers de leur huile d’olive depuis l’Espagne. En Andalousie, qui produit à elle seule près de 80 % de la production d’huile d’olive espagnole, les exportations vers les États-Unis représentent près de 800 millions d’euros pour 2024-2025.
« Une grande partie de l’agriculture espagnole dépend du marché américain. Chaque décision de Trump a donc des répercussions concrètes sur nous », explique à Reporterre Francisco Serrano, propriétaire d’Esencia Andalusí, une entreprise qui produit de l’huile d’olive dans la province andalouse de Jaén.
Il exporte près de 15 % de sa production vers les États-Unis.
Ces rétorsions pourraient ajouter un défi de plus à cette industrie, déjà très fortement touchée ces dernières années par de graves sécheresses et, plus récemment, par de fortes précipitations. « On doit sans cesse se réinventer pour pouvoir survivre. On a déjà eu des récoltes plus faibles avec les changements climatiques, des coûts qui sont de plus en plus élevés et maintenant cette instabilité causée par Trump », détaille Francisco Serrano.
« Une grande partie de l’agriculture espagnole dépend du marché américain »
Les exportations d’olives de table vers les États-Unis pourraient être aussi en jeu alors qu’ils ont absorbé 17 % du total des olives andalouses exportées l’an dernier.
Ces tensions arrivent à un bien mauvais moment pour l’entreprise familiale Escamilla, qui produit des olives de table. « Nous avons actuellement un projet avec une grande chaîne de distribution américaine qui devrait en principe voir le jour en avril. Ça pourrait représenter pour nous un chiffre d’affaires de 400 000 euros au minimum, explique Francisca Escamilla Fernández depuis Séville. C’est sûr que ça pourrait potentiellement nous affecter et ralentir notre positionnement aux États-Unis. »
Le gouvernement espagnol se veut rassurant
Les menaces de Donald Trump se concrétiseront-elles ? Le président avait déjà menacé de sanctionner commercialement l’Espagne, après que le pays a refusé de se conformer au nouvel objectif de l’Otan de consacrer 5 % de son PIB à la défense, sans que ses mots ne soient suivis d’actions concrètes. Toutefois, lors de son premier mandat, le président étasunien avait imposé des taxes de 30 à 44 % sur les importations d’olives noires espagnoles.
Face à ce climat d’incertitude, le gouvernement espagnol se veut rassurant et affirme avoir les ressources économiques suffisantes pour soutenir l’industrie en cas de représailles économiques, tout en rappelant que le pays est membre de l’Union européenne et que les États-Unis ne peuvent pas cibler uniquement l’Espagne.
En attendant, plusieurs représentants du secteur de l’huile d’olive appellent à la désescalade des tensions entre les deux pays. « Le gouvernement espagnol et les États-Unis devraient se réunir pour parvenir à un accord. Nous devons éviter que le secteur ne soit pénalisé, car nous avons déjà suffisamment souffert », espère Jaime Martinez-Conradi Álamo.