Notre-Dame-des-Landes : Ségolène Royal dit qu’il faut une nouvelle enquête publique

7 avril 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Les trois experts commissionnés par Ségolène Royal ont remis leur rapport concluant au « surdimensionnement » du projet d’aéroport du Grand Ouest. La ministre de l’Environnement semble vouloir une refonte du dossier. Et lance l’idée d’une nouvelle enquête publique.

« Surdimensionné. » Le mot est écrit noir sur blanc dans le rapport d’experts remis mardi 5 avril à Mme Royal : « Force est de constater que le projet, fruit d’une conception ancienne, est surdimensionné. » Et Ségolène Royal, toujours gênée aux entournures par ce dossier (comme lors de ses vœux de début d’année), rebondit pour introduire le doute sur le projet d’aéroport.

« Plus personne maintenant ne peut nier, premièrement, que cet aéroport est disproportionné. Deuxièmement, plus personne ne peut contester que l’aéroport initial aurait très bien pu, au moment où les choses ont été décidées, être aménagé pour faire face aux besoins », aurait dit la ministre mardi soir, selon plusieurs médias.

 Tweet autoritaire du Premier ministre

Sauf que le Premier ministre, Manuel Valls, fervent partisan du projet d’aéroport, s’est empressé de désavouer sa ministre de l’Environnement, par un tweet autoritaire :

Ségolène Royal n’en a pas ravalé son chapeau. Et a maintenu ses positions, d’abord sur BFM, chez Jean-Jacques Bourdin, puis à la sortie du Conseil des ministres.

Elle s’est expliquée plus longuement, lors d’une conférence de presse en fin de matinée, mercredi 6 avril. « Oui, il y a des alternatives », a insisté la ministre. La première d’entre elle ? Réaménager l’actuel aéroport, ce qui s’avère « parfaitement possible, techniquement possible », a-t-elle estimé.

Autre possibilité, maintenir le projet à Notre-Dame-des-Landes, « l’endroit le plus opérationnel », a-t-elle précisé. « Sauf que le projet tel qu’il a été présenté a été surdimensionné, avec 200 ha gelés en trop. » L’estimation est confirmée par Nicolas Forray, l’un des auteurs du rapport : « Les besoins du périmètre aéroportuaire passeraient de 540 ha à 340 ha, détaille l’ingénieur. La réduction de l’espace artificialisé est donc de 200 ha environ. 200 ha qui pourraient d’ailleurs être utilisés en partie pour mettre des mesures compensatoires. »

« S’il faut un aéroport plus petit, il y aura un nouvelle enquête publique » 

Principale proposition du rapport d’expertise : revenir à une seule piste pour le projet d’aéroport. « Si une seule piste permet l’accueil de 11 millions de voyageurs et que l’objectif, d’ici 2020, est de 5 millions de voyageurs, alors cela suffit, une seule piste », argue ainsi Mme Royal. À écouter Nicolas Forray, on se demande même comment une deuxième piste a pu être envisagée jusque-là :

Problème : une telle reconfiguration nécessiterait l’ouverture d’une nouvelle enquête publique… Ségolène Royal confirme : « Oui, s’il faut un aéroport plus petit, il y aura un nouvelle enquête publique, parce que c’est la loi. » Et tant pis pour le retard que cela préfigure sur des travaux que le Premier ministre annonce pourtant pour octobre. « Une enquête publique, c’est quoi, un an ? Il vaut mieux une enquête publique correctement faite sur la base d’un projet correctement calibré », assume la ministre.

N’en reprend-on pas pour plusieurs années de débat, interroge une journaliste ? La réponse fuse : « Et aujourd’hui, vous ne croyez pas que cela a pris des années ?! Ça fait 30 ans ! ça fait 30 ans, insiste la ministre. Et on dirait “non” à tout cela parce que ça prendrait une année de plus ? Il faut être sérieux… »

Mais Ségolène Royal maintient le projet de consultation locale annoncée il y a plusieurs semaines. La date a même été fixée au 26 juin. Quant à la question qui sera posée, « elle est très claire », estime Ségolène Royal : « Voulez-vous, ou non, le transfert de l’actuel aéroport vers un nouvel aéroport à Notre-Dames-des-Landes ? »

« Ça s’appelle la démocratie participative et l’intelligence collective »

Comment les votants pourraient-ils se prononcer s’ils n’ont pas une idée de la configuration définitive du projet ? « Ça, ça s’appelle la démocratie participative et l’intelligence collective. Maintenant, le débat va s’ouvrir, grâce au rapport. Les gens vont en parler, en discuter et ce, intelligemment, j’en suis sûre », évacue Ségolène Royal.

« Je fais confiance aux acteurs de terrain pour choisir tel ou tel sujet. Moi, j’ai à fixer les règles du jeu. » Mais Mme Royal a désormais tracé des lignes rouges : « S’il y a décision de transférer, le rapport s’appliquera, je vous le dis. Et ça ne sera en effet qu’une seule piste. Ce n’est pas la peine de faire croire aux gens que ce sera autrement. Il y a deux cents hectares qui seront rendus aux agriculteurs. Et par conséquent, oui, il y aura une enquête publique apaisée, je l’espère. »

Avant d’enfoncer le clou : « En plus, tous les contentieux ne sont pas terminés à cause des problèmes de compensation, et la déclaration publique actuelle, qui date de 2008, tombe en 2018. Donc, il faudrait que des travaux substantiels soient engagés avant 2018… Je demande à tous de bien réfléchir », interpelle Ségolène Royal, avant de conclure : « On va perdre beaucoup plus si on s’obstine ! » Manuel Valls est prévenu.




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Lire aussi : L’État empêtré dans l’organisation du « référendum » sur Notre-Dame-des-Landes

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photo : Mme Royal le 16 mars 2016 dans la cour de l’Elysée (© Barnabé Binctin/Reporterre).



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