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Habitat et urbanisme

« On a bouffé des terres » : les résidences secondaires, un gouffre écologique et social

Cancale (Ille-et-Vilaine) compte 41 % de résidences secondaires.

De plus en plus de villes touristiques interdisent la construction de résidences secondaires. Prises pour limiter la pression immobilière sur les habitants, ces mesures ont aussi des bienfaits écologiques.

À Cancale, charmante bourgade bretonne réputée pour ses huîtres et ses balades le long du littoral, c’en était trop. Avec près de 41 % de résidences secondaires sur son territoire, la commune d’Ille-et-Vilaine a décidé de reprendre la main. Le 29 août, le conseil municipal a voté une restriction de construction de logements secondaires sur plusieurs parcelles de la commune.

Des décisions similaires ont été prises à Chamonix (Haute-Savoie) et Bonifacio (Corse-du-Sud), ou encore par la communauté d’agglomération du Pays basque. Si la motivation principale est de freiner l’augmentation des prix de l’immobilier et de maintenir des habitants à l’année dans ces villes touristiques, ces mesures ont aussi un effet sur le plan écologique.

« En Bretagne, on a bouffé des terres pour ces résidences secondaires. Ces restrictions permettront de réduire l’artificialisation des sols », estime le journaliste Benjamin Keltz, auteur du livre Bretagne secondaire (éd. du Coin de la rue, 2023). « Ici, dans le neuf, les résidences secondaires sont plus consommatrices de mètres carrés que le logement permanent », détaille Éric Fournier, maire (UDI) de Chamonix. En mars, il avait été le premier maire à faire restreindre la construction de ces habitations, qui sont au nombre de 3,7 millions sur le territoire français.

« La problématique de l’eau est cruciale »

« Interdire les résidences secondaires neuves, c’est du résiduel, tempère Julien Watine, doctorant en urbanisme. La majorité d’entre elles s’acquièrent dans le parc de logement existant. » Une situation problématique, notamment lors du rachat de bâti et de terres agricoles. « Dans le Pays basque, des maisons de campagne sont achetées comme résidences secondaires alors que c’étaient des fermes », illustre Elouan Trichard, membre de la plateforme Se loger au pays - Herrian Bizi. Les terres agricoles perdent alors leur fonction productive. Un enchaînement d’effets qui « repose la question de la souveraineté alimentaire », selon Julien Watine.

Lire aussi : Au Pays basque, les résidences secondaires mangent les terres agricoles

Même sans nouvelles constructions, la concentration de logements secondaires dans certaines communes peut cependant créer des tensions sur les ressources en eau et sur les réseaux d’assainissement. « L’été, tout le monde arrive dans sa maison secondaire, donc la population croît énormément et ça consomme beaucoup d’eau potable », constate Benjamin Keltz. Lors de l’été 2022, l’île de Groix (Morbihan) avait dû faire face à une pénurie d’eau potable, à la suite d’une période de sécheresse. Dans cette commune insulaire, plus de la moitié des logements sont des résidences secondaires.

Le problème est le même pour la gestion des eaux usées. Certaines communes voient leurs réseaux d’assainissement surchargés durant les quelques semaines de l’été. Une situation qui a pu déboucher sur des débordements dans la mer entraînant des pollutions.

Multiplication des déplacements

Les 3,7 millions de résidences secondaires du territoire favorisent aussi une augmentation des déplacements des populations. « Les propriétaires réalisent des allers-retours pour leurs vacances dans ces logements. Parfois en voiture, ou même en avion », expose Bailey Ashton Adie, géographe à l’université d’Oulu (Finlande) et coautrice de l’ouvrage Second Homes and Climate Change (Routledge, 2024). Cette mobilité a des effets non négligeables : le transport correspond à 69 % de l’empreinte carbone du tourisme en France.

Autre conséquence indirecte : l’augmentation des résidences secondaires sur un territoire repousse les travailleurs et habitants à l’année de plus en plus loin de leurs lieux de vie et de travail. Un problème social, mais pas seulement estime Elouan Trichard : « Ça a un impact écologique, car les déplacements pendulaires ne font qu’augmenter, ce qui veut dire de plus de CO2. »

Pourtant, il reste difficile d’estimer précisément les effets sur l’environnement de ces lieux de villégiature. « On n’a pas de chiffres sur le fait que les résidences secondaires jouent sur le surtourisme, la surfréquentation d’espaces naturels et la dégradation de la biodiversité, reconnaît Elouan Trichard. Mais c’est évident qu’il y a un impact. »

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