On arrête tout

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9 mars 2019 / Un collectif de citoyennes et de citoyens

Les auteurs de cette tribune prônent un « changement radical » et immédiat, seul à même de permettre un futur vivable « pour nous, nos enfants et nos petits enfants ». Ils proposent qu’on « arrête tout » le 16 mars.

Nous sommes des citoyen.es de toutes origines, de tous âges, de toutes classes sociales. Nous sommes Gilets jaunes, militant.e.s pour le climat, coquelicots, paysan.ne.s bio, lycéen.ne.s, étudiant.e.s, intellectuel.le.s, infirmier.e.s, pompier.e.s, etc. et nous appelons à un printemps jaune, vert et violet dès le 9 mars et de manière illimitée à compter de la date commune du 16 mars. Il est encore temps de tout arrêter pour changer nos vies et sauver la planète.


Nous constatons que les urgences climatiques, sociales et fiscales ont la même origine, les mêmes responsables et font les mêmes victimes. La destruction de la nature et l’appauvrissement des populations de la planète connaissent leurs origines communes. Loin de s’opposer, « fins de mois » et « fin du monde » s’assemblent. La fin du monde des « fins de mois » est pour bientôt.

Selon les différents rapports scientifiques, il nous faudrait agir de manière radicale dans un délai d’un à deux ans pour permettre un futur vivable pour nous, nos enfants et nos petits enfants. Marcher et revendiquer ne suffit pas, nous ne sommes pas à la hauteur des urgences actuelles.

Ce « changement radical » ne peut passer que par un abandon de la logique capitaliste dans laquelle nous sommes. Si cela est urgent pour le climat et la planète, c’est également la seule porte de sortie possible pour la misère sociale, les inégalités grandissantes que subissent notamment les femmes et l’ensemble les injustices dénoncées de longue date mais aujourd’hui avec encore plus force par les Gilets jaunes.

Nous avons un devoir historique à tout arrêter et à changer ce qui nous est proposé

Les 1 % les plus riches de cette planète détiennent autant que la moitié de la population mondiale et ne seront affectés qu’à la marge par les ravages du réchauffement climatique. Déjà à l’abri pour des siècles des fins de mois difficiles, ils sont également en mesure de se protéger de la « fin du monde qui vient ». Ce changement nécessaire ne pourra donc pas venir d’eux ni de ceux qui dépendent d’eux. Le capitalisme n’est en rien compatible avec la redistribution des richesses ni avec la limitation de l’exploitation des ressources pour préserver la planète.

Nous appelons à nous unir dès maintenant pour nos vies, la planète et ses habitant.e.s. Nous n’avons plus le choix si nous voulons vivre et non survivre.

Nous n’avons ni le choix ni le temps. Il ne s’agit pas ici de simplement approuver la démarche que nous vous proposons mais de tous s’y mettre dès maintenant. Quels que soient notre condition ou notre quotidien, aussi compliqués soient-ils, l’avenir de toutes et tous se joue maintenant. Pas l’année prochaine, maintenant !

Il ne s’agit donc pas d’un énième appel (nécessaire) à se mobiliser mais d’une injonction à se mobiliser. Nous avons toutes et tous une responsabilité morale, un impératif d’espèce, un devoir historique à tout arrêter et à changer ce qui nous est proposé.

N’en restons pas aux mots, repensons les choses et donnons la chance à d’autres mondes ! Les « élites » actuelles ne se laisseront pas déposséder facilement, seule la mobilisation des 99 % les fera plier pour le bien de nos vies et de l’humanité.

Nous avons aujourd’hui une chance à ne pas rater : les Gilets jaunes sont mobilisés depuis des mois et tiennent bon !

Les marches pour le climat et les coquelicots sont appelées à se renforcer et à se démultiplier.

Des grèves lycéennes et étudiantes commencent mi-mars pour l’urgence climatique et sociale.

Une grève des femmes est initiée le 9 mars. Des appels pour un printemps des luttes pour la justice climatique et sociale fleurissent et remportent un large succès.

Par arrêt total nous entendons la grève de toutes et tous, l’arrêt de toutes activités, le boycotte massif des multinationales, et la mise à l’arrêt de tout le pays 

Nous nous dirigeons donc vers un printemps au minimum jaune, vert et violet. Nous n’aurons peut-être plus jamais d’occasion de changer les choses à temps. Nos vies sont trop courtes pour être réduites à l’esclavage et à la contemplation d’un monde qui s’effondre !

Aucun de nous n’est devin ni n’a vécu une telle situation donc aucune solution toute prête ne saurait être prise comme solution miracle ni comme solution unique. L’alliance des colères et un printemps de mobilisations massives pour les justices sociales, fiscales et climatiques pourraient mettre des millions de personnes en manifestations, grèves ou autres formes [1].

C’est la seule manière d’espérer mais là encore, ne soyons pas dupes même avec 5 millions de personnes mobilisées, le système n’acceptera pas de lui-même son autodestruction. Pour changer radicalement la machine économique et politique dans laquelle nous sommes, il va falloir abolir le pouvoir en place, occuper des lieux de pouvoir, mobiliser des assemblées constituantes et mettre en place de nouveaux fonctionnements à différentes échelles (locale, régionale, nationale, mondiale).

Nous n’avons pas le luxe de nous poser la question de la faisabilité de la chose et nous serions coupables de ne pas essayer.

Nous appelons donc le 9 mars puis de manière illimitée à compter de la date commune du 16 mars à rejoindre les mobilisations, à stopper intégralement nos activités afin de se consacrer pleinement et collectivement à l’urgence à laquelle nous faisons face. La solidarité prendra le relais car s’arrêter totalement n’est jamais simple mais personne d’entre nous n’a de raison valable de s’en dispenser. Par arrêt total nous entendons la grève de toutes et tous, l’arrêt de toutes activités, le boycotte massif des multinationales, et la mise à l’arrêt de tout le pays. Plus nous serons nombreuses et nombreux, plus cela sera rapide. Ne nous lisez plus, rejoignez-nous !




[1Les Gilets jaunes, dont le chiffre de la mobilisation est largement minoré, sont debout depuis trois mois malgré une répression féroce. Aussi élevé que ce nombre puisse être, ni le gouvernement ni le système, certes vacillants, ne semblent en mesure de tomber. Les appels à un printemps pour la justice climatique notamment par les grèves mondiales pour le climat et la grève des femmes rencontrent un écho impressionnant. Cela dit, même très suivie, une grève ponctuelle ne fera pas vaciller suffisamment les responsables. Les directions nationales des organisations professionnelles et syndicats ne se mobilisent que ponctuellement (grève générale du 5 février, appel pour le 16 mars, etc.). En conflit avec leur base militante souhaitant plus d’actions, ces directions nationales sont cependant contraintes de faire des « gestes » envers les mobilisations en cours. « Gestes » insuffisants pour arrêter la machine mais nécessaires pour y contribuer.


Lire aussi : L’An 01

Source : Courriel à Reporterre

Photo : Photo Marie Christian, L’atelier des Gilets jaunes

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

DOSSIER    Gilets jaunes

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