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ReportageMégabassines

« On ne me parle que mégabassine » : à Melle, des municipales sur fond de guerre de l’eau

À Melle, les soutiens du maire écologiste sortant Sylvain Griffault essaient de convaincre les indécis.

Municipales — Arrivé deuxième au premier tour de l’élection de Melle, le maire écologiste non-encarté Sylvain Griffault se voit reprocher son soutien aux antibassines. La Coordination rurale s’est invitée dans la campagne, menaçant l’élu sortant.

Melle (Deux-Sèvres), reportage

« Griffault, non : sur les bassines, il nous a mis dans la merde ! » Entre deux bacs de géraniums sur le perron d’un petit pavillon de Melle, dans les Deux-Sèvres, un trentenaire en plein porte-à-porte tente de dévier la conversation de la question du stockage d’eau agricole qui colle à l’écharpe de son favori : « Est-ce que ce n’est pas important pour vous que la commune soit autonome en eau ? » « Non ! » balaye l’électeur avant de refermer doucement la porte sur toute discussion programmatique. Un refrain déjà entendu dix fois dans cet entre-deux-tours dont le sujet central est le soutien du maire sortant aux antibassines.

Élu avec 60 % des suffrages en 2020, l’écologiste non-encarté Sylvain Griffault n’a récolté dimanche 15 mars que 37,32 % des voix, largement distancé par Ryan Lequien, ancien référent départemental La République en marche étiqueté divers centre, à 49,25 %. Une situation qui fait des 4 318 inscrits de cette commune les seuls du département à voter pour un second tour. Avec, en prime, la candidate divers gauche Muriel Sabourin Benelhadj qualifiée à 13,42 %.

« Vous imaginez un maire macroniste à Melle ? »

« On a un écologiste, un macroniste et une socialiste, dégaine Bernard, soutien du maire venu frapper aux portes du quartier du Tapis Vert sous le soleil de mars. Vous imaginez un maire macroniste à Melle ? » Ses cabas Super U à peine déchargés de son Kangoo, la quadragénaire hésite : « Je sais plus pour qui j’ai voté… » Une aubaine pour le militant : mission lui a été confiée d’aller convaincre les indécis.

Seule difficulté : la réserve d’abstentionnistes est presque à sec. Outre une participation de près de 67 % au premier tour, contre 57,1 % à l’échelle nationale, l’électorat qui ouvre la porte s’avère extrêmement clivé. Dans la rue du Temple protestant, Marc se voit arracher son tract avec enthousiasme par une trentenaire encore en blouse d’infirmière qui presse contre son cœur une « liste vraiment diverse et participative ». Cinq sonnettes plus loin, le même papier tendu, il se fait claquer la porte au nez sur un catégorique : « Si c’est pour Griffault, c’est non ! »

En porte-à-porte, les habitants de Melle sont très polarisés avant le second tour des municipales. © Sylvain Lapoix / Reporterre

Les électrices et électeurs qui acceptent le dialogue évoquent le « traumatisme » des manifestations contre les mégabassines. Base arrière des manifestants lors des marches d’octobre 2022 et mars 2023 contre la réserve de Sainte-Soline, à quinze minutes de là, le maire avait accepté d’accueillir le Village de l’eau des opposants à l’irrigation extensive à l’été 2024 dans une ferme appartenant à la commune.

« Il y a un vrai climat de terreur qui s’installe… »

« Les militants avaient tout remis en ordre après ! défend Bernard face à un retraité sceptique. Ce sont les flics qui ont mis le chantier. » « Pas d’antibassines, pas de flics ! coupe son interlocuteur. Et qui les a invités les antibassines ? C’est Griffault ! »

Soutien du maire, Amélie décrit entre deux rangées de chaussettes mises à sécher un glissement des riverains sur la question de l’eau. « Depuis deux ans, ça se radicalise, constate cette commerçante de 24 ans. Des clients me sortent sans que je dise rien “Les écolos font chier” ou “Je suis pour les bassines !” Il y a un vrai climat de terreur qui s’installe… »

«  Depuis deux ans, ça se radicalise  », constate Amélie, qui soutient le maire écologiste. © Sylvain Lapoix / Reporterre

« La terreur » c’est aussi le mot employé pour décrire l’arrivée brutale de la Coordination rurale (CR) dans la campagne. Après avoir détourné une manifestation contre le Mercosur pour déverser des dizaines de tonnes de déchets agricoles en centre-ville en décembre dernier, la section des Deux-Sèvres du syndicat agricole aux accointances avec l’extrême droite a tendu sur les ronds-points à l’entrée de Melle des banderoles menaçantes, dans la nuit du lundi 16 au mardi 17 mars : « Griffault : la bassine est vide mais les bennes sont pleines », déroule l’une d’elles en référence à la bassine de Sainte-Soline, interdite de remplissage par une décision de justice.

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« Il faut sauver le soldat Ryan ! CR79 », scande une autre bannière. Démentant fermement tout lien avec le syndicat, malgré des vidéos où il est identifié aux côtés des responsables des dégradations, Ryan Lequien reste un quasi inconnu malgré son score.

Sur le paillasson, Cécile doit décrire physiquement le candidat LREM pour que des riverains remettent un nom sur leur bulletin du premier tour : « Elle a voté pour Lequien et elle s’en souvient pas… Elle voulait juste voter contre Griffault. »

À Melle, la participation au soir du premier tour était plus haute que la moyenne nationale. © Sylvain Lapoix / Reporterre

Boucles grisonnées par son mandat, le maire sortant sacrifie son entre-deux-tours à ce coup de pression, enchaînant les entretiens : « Je défends la création d’un centre de santé, d’un pôle de solidarité, d’un système de préservation de l’eau et on ne me parle que mégabassine, soupire l’élu sortant interrogé par Reporterre. Je n’ai eu qu’un seul élu qui m’a soutenu publiquement face aux attaques de la CR, le maire de Chizé [dans les Deux-Sèvres également]. Ça dit quelque chose de la peur que font régner ces gens. »

Contactés par Reporterre, Ryan Lequien et la Coordination rurale des Deux-Sèvres n’ont pas donné suite à nos sollicitations.



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