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ReportageMunicipales 2026

« Nous aurons besoin d’une gauche combative » : les militants écologistes tirent les premières leçons des municipales

Donné battu dans les sondages pendant des mois, Grégory Doucet, qui a fusionné sa liste avec celle de La France insoumise entre les deux tours, l'a finalement emporté.

Municipales — Entre division des gauches et difficulté à créer un ancrage populaire, Les Écologistes s’inclinent face au centre à Strasbourg et Bordeaux. À Lyon, les militants savourent une victoire remportée in extremis.

Lyon, Strasbourg, Bordeaux, reportage

À Lyon, les Verts sauvent la ville... mais pas la métropole

Une joie immense et un profond soulagement. Dimanche soir, la brasserie du Malting-Pot, dans le quartier de la Part-Dieu à Lyon, noire de monde, s’est enflammée lorsque la victoire de Grégory Doucet a été confirmée. Militants et proches y avaient été conviés pour suivre les résultats ; ils ont exulté à l’annonce de la réélection du maire écologiste face à Jean-Michel Aulas, ancien patron de l’Olympique lyonnais, soutenu par la droite et le centre.

Peu avant 22 h 40, l’édile est apparu avec toute son équipe, multipliant poignées de main et embrassades chaleureuses avec ses soutiens avant de rejoindre l’estrade. Très longuement acclamé, il a salué « le choix des Lyonnaises et des Lyonnais de maintenir une trajectoire responsable et républicaine, généreuse et universelle ».

Donné battu dans les sondages pendant des mois, le candidat de la gauche, qui a fusionné sa liste avec celle de La France insoumise entre les deux tours, a finalement renversé la tendance. Il l’emporte avec 50,67 % des voix contre 49,33 % pour son adversaire, selon les résultats définitifs.

Ces résultats ont toutefois été contestés dans la soirée par Jean-Michel Aulas. L’homme d’affaires de 77 ans a annoncé vouloir déposer un recours « le plus vite possible » afin de dénoncer « des irrégularités ».

« Des habitants ont besoin que leur quotidien s’améliore concrètement »

Dimanche, les électeurs lyonnais votaient également pour leurs conseillers métropolitains. Dans un communiqué, le président écologiste sortant Bruno Bernard a reconnu sa défaite face à la candidate Les Républicains, Véronique Sarselli, alliée à Jean-Michel Aulas. « Les conditions d’un rassemblement entre les deux tours n’ont pas pu être réunies. Contrairement à la ville de Lyon, ce rassemblement n’a pas pu se faire à la Métropole en raison des enjeux municipaux à Vaulx-en-Velin et Vénissieux », a-t-il regretté.

Face à ce résultat en demi-teinte pour le camp écologiste, la députée Marie-Charlotte Garin, élue d’opposition au conseil métropolitain, a appelé à dépasser les clivages institutionnels : « Le sujet n’est pas qu’il y ait des villes de gauche et une métropole de droite. Des habitants, partout sur le territoire, ont besoin que leur quotidien s’améliore concrètement. Notre objectif sera de défendre ce vivre-ensemble à la Métropole et d’empêcher qu’un système de clientélisme ne favorise que quelques-uns. »

Au milieu de la foule, Hugo, 35 ans, savoure une bière pour fêter la victoire. Engagé durant la campagne de l’entre-deux-tours, il se dit très satisfait de la victoire de Grégory Doucet. « Ça fait du bien de se dire qu’on repart sur un projet porteur d’espoir. »

Strasbourg passe au centre

« A priori, notre liste est en tête ! » Il est 21 heures quand les premières estimations déclenchent un tonnerre d’applaudissements au quartier général des Écologistes et de La France insoumise. Des drapeaux palestiniens et La France insoumise s’agitent dans l’assemblée avant que chacun ne sorte son téléphone pour regarder le détail des premières estimations. La maire sortante prend immédiatement la parole pour inviter à la prudence. « Nous avons deux informations contradictoires : une estimation nous donne en tête, une autre donne Catherine Trautmann gagnante. »

Quelques minutes plus tard, les résultats des premiers bureaux de vote s’affichent sur l’écran avec 300 voix d’avance pour la socialiste. Rapidement, l’écart se creuse. Et les mauvaises nouvelles tombent. Le sondage positif est le fruit d’une erreur : les chiffres de Jeanne Barseghian (Les Écologistes) et Catherine Trautmann (divers gauche) avaient été inversés. C’est la socialiste qui est donnée gagnante avec 37 % des suffrages, contre 31,7 % pour la maire sortante.

À 21 h 40, l’écart apparaît irrattrapable. Jeanne Barseghian reconnaît sa défaite devant les caméras en adressant à son adversaire ses « félicitations républicaines ». « Je suis fière d’avoir porté une dynamique d’union avec la lutte contre les inégalités et pour le climat, autant de sujets qu’on continuera à défendre contre vents et marées au conseil municipal. » « Nous aurons besoin d’une gauche combative à Strasbourg, réagit son colistier Florian Kobryn. Les Strasbourgeoises et Strasbourgeois peuvent être garantis de notre engagement. »

« “Écolo”, c’était presque devenu une insulte pour certains »

En quelques phrases, les deux têtes de la liste reposent le décor d’une lutte qui a opposé les gauches strasbourgeoises pendant six ans. Et polarisé la campagne. Ancienne ministre de la Culture dans le gouvernement de Lionel Jospin et maire de Strasbourg au début des années 1990, Catherine Trautmann a fait campagne avec sa notoriété, en promettant aux Strasbourgeois de leur « rendre » leur ville. Elle a capitalisé sur le mécontentement généré par les aménagements de la ville ces six dernières années.

« On nous a beaucoup parlé des pistes cyclables qui font “la taille d’une autoroute” », reconnaît Aurélien Bonnarel, élu communiste et colistier. « Il y a un enjeu pendant le mandat de faire changer la ville, de redistribuer l’espace public, qui n’a pas été accepté », juge de son côté Sylvie Pelletier, 63 ans, militante écologiste, qui juge que la maire a été victime de « bashing » tout au long de son mandat. « Pendant cette campagne, je me suis rendu compte que “écolo”, c’était presque devenu une insulte pour certains », se désole Florence Willer, 27 ans, sympathisante écologiste.

Au soir du premier tour, tout annonçait des résultats serrés. Mais la fusion entre les listes écologistes et La France insoumise n’aura pas suffi à battre l’alliance entre Catherine Trautmann (PS) et Pierre Jakubowicz (Horizons), pourtant désavoués par leur parti respectif après cet accord. « Strasbourg était à gauche depuis 2008, elle repasse au centre », juge Florian Kobryn. Et après six ans aux responsabilités, Les Écologistes sont de retour dans l’opposition.

À Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic n’est pas parvenu « à créer un ancrage populaire »

Sous les ors du grand salon d’honneur de la mairie de Bordeaux, où « tous les Bordelais » étaient conviés à suivre la soirée électorale, chacun affiche ses certitudes. Le résultats n’ont pas encore été donnés. Raoudha Brini, une militante de la liste du maire écologiste sortant Pierre Hurmic « Bordeaux en confiance », l’affirme avec aplomb : « Bien sûr que nous sommes confiants ! Et pourquoi pas ? »

Pourtant, le doute est permis après un vrai coup de théâtre, mardi, à quelques heures des dépôts des listes pour le second tour. L’économiste et candidat divers centre Philippe Dessertine, qualifié pour le second tour avec 20,20 % des voix, derrière Thomas Cazenave (union du centre) avec 25,58 % des voix, et Pierre Hurmic (27,68 %), a annoncé son retrait de la course électorale, sans consigne de vote. Le maire de Bordeaux, qui pouvait espérer une cannibalisation des deux candidats centristes, perdait alors son statut de favori.

 « Nous allons vivre six ans à rebours de tout ce qui a été réalisé »

Dimanche soir, la fébrilité gagne l’équipe de Pierre Hurmic. À 22 h 15, voilà l’édile qui traverse le grand salon jusqu’au pupitre dressé pour son allocution. La mine fermée et sans ambages, il reconnaît la victoire de Thomas Cazenave avec 50,8 % des votes, et il acte sa défaite à 49,2 %. « Je vous remercie », conclut-il, accompagné vers la sortie par une ovation. Les quelques sympathisants venus à l’Hôtel de ville sont sonnés. Des militants, les yeux embués s’échappent de la salle.

« Nous allons vivre six ans à rebours de tout ce qui a été réalisé par Pierre Hurmic, soupire Jennifer, sympathisante, accompagnée de son fils de 15 ans. Nous savons déjà que Thomas Cazenave souhaite recréer des places de parking pour favoriser le commerce. Mais l’avenir de nos enfants ne dépend pas de places de parking ! » Raoudha Brini est visiblement « très déçue » : « Je me prépare à un rapport de force avec la droite. » Car en effet, la Métropole bordelaise reviendra à la droite. « Ce sera un clivage encore plus fort, notamment sur les questions des mobilités, entre les zones rurales et urbaines », prédit Vincent, un élu d’un petit village de Gironde et sympathisant.

« Il aurait dû gagner », analyse Vincent Tiberj, politiste de Sciences Po Bordeaux. Pour le chercheur, cette défaite est due à des erreurs stratégiques. Notamment celle de n’avoir pas su « envoyer un message clair à la gauche de la gauche ». Pierre Hurmic s’était en effet opposé à toute alliance avec la liste LFI conduite par Nordine Raymond (9,36 % des scrutins). « Il y avait quand même cinq listes à la gauche de celle de Pierre Hurmic, qui totalisaient 17 % des voix. L’équipe de Pierre Hurmic n’est pas parvenue à créer un ancrage populaire. »



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