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Animaux

Animaux du Marineland : un sanctuaire « idéal » en Grèce, bloqué par les lobbies

Spectacle d'orques au Marineland d'Antibes, en 2015.

Un sanctuaire en Grèce a les conditions « idéales », selon Sea Shepherd, pour accueillir les cétacés du Marineland d’Antibes. Problème : les lobbies du secteur font pression pour qu’il n’ouvre pas ses portes.

Athènes (Grèce), correspondance

Il attend un feu vert des autorités locales pour ouvrir ses portes… depuis plus de six ans. En Grèce, un sanctuaire marin naturel unique de plus de 30 000 m2, situé dans la baie de Vroulia, sur l’île de Lipsi, a pour objectif d’accueillir et de soigner des mammifères marins sauvages ou captifs. « Fin prêt » depuis des années, le sanctuaire fondé par l’Institut de conservation marine Archipelagos n’a toujours pas reçu les autorisations pour ouvrir. Il serait pourtant une solution « rapide et pérenne » pour au moins une partie des quatorze cétacés du Marineland d’Antibes (Alpes-Maritimes).

Après la fermeture du parc à thème marin azuréen, en raison de l’interdiction des spectacles de cétacés en 2026, une solution d’accueil est en effet activement recherchée depuis plusieurs mois pour les 12 dauphins et les 2 orques du parc, Wikie et Keijo.

Lire aussi : L’impossible retraite de Wikie et Keijo, dernières orques du Marineland d’Antibes

Parmi les potentiels lieux d’accueil toujours identifiés par le ministère français de la Transition écologique et Sea Shepherd, figurent le sanctuaire de Lipsi et celui de Tarente, en Italie. « Nous cherchons une solution en Grèce pour les orques. Quant aux dauphins — constitués de deux groupes inséparables de 5 et 7 —, ils pourraient tout à fait être dispatchés entre la Grèce et l’Italie, ou tous aller dans l’un ou l’autre. Toutes les pistes sont possibles », affirme à Reporterre Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France.

Si le centre de Lipsi a initialement été pensé pour l’accueil des dauphins et non des orques, l’ONG, elle, pense que Lipsi ou un autre sanctuaire en Grèce pourrait être adapté aux deux. « Contrairement aux idées reçues, un sanctuaire méditerranéen est tout à fait envisageable pour les orques, puisqu’elles sont nées dans l’eau de la Méditerranée », précise Lamya Essemlali.

Le bâtiment pour les équipes du sanctuaire de Lipsi est déjà prêt. Le sanctuaire, lui, est déjà doté de centres de soins vétérinaires. © Institut de conservation marine Archipelagos

Le sanctuaire de Lipsi est d’ores et déjà doté d’une structure complète pour la prise en charge de cétacés captifs, ou d’individus sauvages blessés ou malades. « C’est un site inédit en Méditerranée », se réjouit Thodoris Tsimpidis, président d’Archipelagos, qui précise que seuls les dauphins sont actuellement concernés par le projet. 

Dans cette aire marine protégée, cloisonnée et sauvage, éloignée de toute interférence humaine et industrielle, les cétacés seraient suivis par une équipe de vétérinaires et de scientifiques. Une fois soignés, certains seraient ensuite libérés — pour le cas des animaux sauvages —, d’autres resteraient à Lipsi ou seraient accueillis dans divers sanctuaires.

« Lipsi serait un lieu d’accueil idéal et une vraie solution, notamment pour les dauphins, avec une configuration de la baie, une surface, une profondeur et une température de l’eau idéales », indique Lamya Essemlali, qui s’est rendue il y a quelques semaines sur place. À cette occasion, Sea Sheperd France avait convaincu la ministre française de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, d’envoyer avec eux une délégation du ministère, afin de constater le potentiel d’accueil de la réserve, et voir où en était le projet.

L’influence des parcs comme Marineland

Actuellement, l’option d’un transfert vers le sanctuaire de Lipsi reste en suspens, les autorités grecques retardant sans cesse la délivrance d’un permis d’exploitation à l’Institut Archipelagos.

« L’ironie est qu’aucune délégation gouvernementale grecque n’a jamais visité le site. Nous attendons depuis plusieurs années des autorisations de leur part, la toute première demande ayant été déposée en 2018 », regrette Thodoris Tsimpidis, d’Archipelagos.

Ce dernier voit dans ces lenteurs administratives une volonté de ralentir l’ouverture du sanctuaire, en raison de « pressions exercées par les parcs à thème marins ». Pour Lamya Essemlali, il existerait en effet en Grèce « une réelle volonté » de blocage : « L’ouverture de sanctuaires marins signifie la fin de la captivité. C’est un enjeu énorme pour les lobbies des parcs à thème marins, en Grèce comme ailleurs. »

La baie de Vroulia, sur l’île de Lipsi, en Grèce, constitue un sanctuaire naturel, qui sera délimité avec le reste de la mer par un filet en cuivre, sans conséquence pour la faune et la flore. © Institut de conservation marine Archipelagos

Pour la présidente de Sea Shepherd France, la ministre française doit « peser de tout son poids pour convaincre son homologue grec qu’il y a une immense opportunité de collaboration franco-grecque » dans la mise en place de sanctuaires. Pour Thodoris Tsimpidis, « la pression française pourrait faire la différence et permettre de débloquer la situation ». Il suffirait alors « d’un mois, deux tout au plus, pour être en mesure d’accueillir, entre autres, des cétacés de Marineland ». Et l’ouverture de la réserve de Lipsi ouvrirait ainsi, selon lui, « la voie à l’ouverture d’autres sanctuaires ».

Contacté par Reporterre, le secrétariat général des forêts, en charge du dossier au sein du ministère grec de l’Environnement, indique de son côté que « la procédure d’autorisation pour un centre de conservation de la faune sauvage a été discutée pour la première fois au sein du Comité consultatif central il y a deux mois et [qu’]une décision est en attente ». Quant à la question des sanctuaires pour mammifères marins issus de la captivité, comme celui de Lipsi, « le Comité consultatif central a demandé la tenue d’une réunion […] afin de clarifier cette question, très discutée ces dernières années ».

« Le comble, dénonce Lamya Essemlali, est que ce même permis a été obtenu en très peu de temps par le parc zoologique de l’Attique [région d’Athènes] pour son “centre de réhabilitation de phoques”, qui est en réalité une honte absolue : il s’agit d’un préfabriqué de 20 m2 aux conditions épouvantables. »

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