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Luttes

« Personnel en voie d’extinction » : grève illimitée au Muséum

Le personnel en grève devant le Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, le 26 février 2022.

Conditions de travail, personnel surdiplômé... Les agents du Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, sont en grève illimitée depuis le 26 février.

« Personnel en voie d’extinction. » Depuis le 26 février, les personnels d’accueil, de billetterie et d’animation scientifique du Muséum national d’histoire naturelle ont déposé un préavis de grève illimité pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et la précarisation rampante de leur métier. Ils occupent chaque week-end l’entrée du musée et font signer une pétition aux passants.

Fondé en 1793 sur le terrain du Jardin royal des plantes médicinales à Paris, le Muséum est l’un des plus anciens musées d’histoire naturelle du monde. Connu notamment pour sa galerie de zoologie, appelée la Grande galerie de l’évolution, et qualifiée de « Louvre de la science », le Muséum a cinq missions fondamentales : la conservation de collections scientifiques, la diffusion de la culture scientifique, l’enseignement, la recherche et l’expertise scientifique.

Mais depuis le décret du 1er octobre 2014, l’établissement public doit s’adapter aux nouvelles politiques étatiques. « Ce texte a aggravé la mise en concurrence des équipes de recherche et la marchandisation des activités du Muséum », dit un salarié. Parmi les médiateurs scientifiques, le niveau d’études est particulièrement élevé. De bac+5 à bac+8, voire plus, ces « guides » ont un parcours universitaire de chercheur.


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« Des métiers sont en train de disparaître »

Laura [*], animatrice scientifique, possède un bac+5. Elle milite depuis le premier jour du mouvement social. Être recrutée par le Muséum faisait partie de ses objectifs. « Ici, mon métier est de valoriser les collections [le Muséum possède des dizaines de millions de spécimens répartis sur quatorze sites], de vulgariser et de faire comprendre aux visiteurs ce dont il s’agit. Mais je suis en temps partiel avec un CDD d’un an reconductible. » Après trois CDD consécutifs sur une période de dix-huit mois, elle devra donc trouver un poste ailleurs, sauf si le Muséum lui propose un CDI, comme la loi l’exige. Reste que sa hiérarchie considère son travail comme un « emploi tremplin » ou « starter job ». Pas de quoi être sereine.

Malgré le niveau d’études des salariés, cet « emploi tremplin » est de catégorie C ; il nécessite ainsi « des qualifications professionnelles spécialisées de type BEP/CAP. Souvent il suffit de détenir le brevet et parfois, aucun diplôme n’est exigé », précise le site Vocation service public.


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Émeline Parent, directrice générale déléguée aux musées, jardins et zoos au Muséum, dit comprendre les revendications des grévistes, mais précise que les contractuels « ont postulé avec des conditions de diplôme et travail qu’ils ont acceptées de facto ». Pourtant, lors des recrutements, les annonces indiquent que le candidat devra avoir « une bonne connaissance des contenus, de l’histoire du site, de ses collections, des expositions le cas échéant, des fonds et missions et de ses liens avec Muséum », soit des exigences nécessitant d’avoir un bagage universitaire conséquent.

Par ailleurs, pour justifier le recours systématique au temps partiel, Émeline Parent précise qu’il s’agit d’une « adaptation du site selon les aléas des fréquentations ». Pourtant, le Muséum ne désemplit pas. « Il y a certes des périodes plus chargées que d’autres, mais on tourne toute l’année », fustige Rémi, animateur scientifique dont la liste de diplômes donne le vertige. Il possède un master d’éthologie, un master en philosophie des sciences et a fait une thèse sur le comportement des fourmis. « Le projet à terme, ici, c’est de faire un Disneyland. On dénonce le fait qu’ils externalisent tout et que des métiers sont en train de disparaître. Même les expositions sont externalisées ! Le fonds scientifique est devenu assez pauvre. »

Depuis 2017, le naturaliste et président du Muséum, Bruno David, a décidé d’en finir avec les externalisations et « d’internaliser » les contrats de médiation scientifique. Créant ainsi des CDD en temps partiels, ceux-là mêmes que dénoncent aujourd’hui les grévistes.

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