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Reportage — Présidentielle

Pour l’union de la gauche, ils commencent une grève de la faim

Des militants de la primaire populaire en grève de la faim, lors d'une conférence de presse à Paris, le 7 janvier 2022.

Douze élus et militants ont commencé une grève de la faim le 7 janvier pour inciter les candidats de gauche et de l’écologie à se rassembler. Et à se soumettre au vote de la Primaire populaire.

Paris, reportage

Ils ne mangeront plus tant que l’union de la gauche n’aura pas lieu. Vendredi 7 janvier, douze élus et militants ont commencé une grève de la faim pour interpeller les candidats de gauche et de l’écologie à l’élection présidentielle. Les dits candidats sont déjà neuf [1] à s’être lancés dans la course.

C’est beaucoup trop, estiment les grévistes de la faim. « Si on reste divisés, on n’a aucune chance de gagner », a affirmé le député européen et gréviste Pierre Larrouturou, eurodéputé (Alliance progressiste des socialistes et démocrates), lors d’une conférence de presse rassemblant tous les grévistes, dans un café parisien. Or les enjeux climatiques sont trop importants pour se permettre de perdre cette élection, a-t-il souligné : « Le dernier rapport du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] nous dit qu’il ne nous reste plus que quelques années pour éviter un emballement climatique. [...] L’action d’Emmanuel Macron n’est pas à la hauteur. Cinq années de perdues de plus, ce serait suicidaire. »

Le député européen Pierre Larrouturou, 57 ans, est de nouveau en grève de la faim - il l’avait déjà été à l’automne 2020, pour demander un renforcement du budget de l’Union européenne en faveur du climat et de la santé. Aujourd’hui, il appelle au rassemblement des candidats de gauche et de l’écologie. © Justine Guitton-Boussion/Reporterre

Pour éviter cette situation, les militants appellent tous les candidats à rejoindre la Primaire populaire. Cette démarche a pour but de désigner un candidat unique à gauche. La désignation a lieu en deux étapes : la première, qui a réuni 300 000 votants permettait de plébisciter n’importe quelle personnalité, la seconde (prévue du 27 au 30 janvier) impose de choisir entre celles qui ont recueilli le plus de voix.

« Nous voulons qu’un grand débat soit organisé par les médias entre ces candidats, a poursuivi Pierre Larrouturou. Et nous appelons les citoyens à s’inscrire avant le 23 janvier pour le vote. Si on était 400 000 ou 500 000, ce serait aussi un élément qui pourrait faire bouger les candidats. »

Anne Hidalgo, Arnaud Montebourg et Christiane Taubira ont fait quelques pas vers la Primaire populaire. Mais Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon refusent de se plier à ce vote. « Quand c’est non, c’est non », a déclaré le candidat d’Europe Écologie — Les Verts (EELV), interrogé sur cette grève de la faim, lors de ses vœux à la presse.

« L’acte de la dernière chance »

Pourtant, certains adhérents d’EELV espèrent qu’il se prête au jeu. Comme Pierre, enseignant-chercheur de 30 ans. Face au refus constant des différents candidats, il a décidé de se lancer dans une grève de la faim, en ayant conscience qu’il s’agit « un peu de l’acte de la dernière chance ». « On a essayé de les convaincre, on a tenté le niveau 1, le niveau 2... Là, on en est au niveau 10. C’est une action radicale qui appelle à une réponse radicale », a-t-il affirmé.

Pierre, 30 ans, est enseignant-chercheur. Il vit à Annecy et adhère à EELV. Il souhaite que Yannick Jadot s’engage à participer à la primaire populaire. « Si on loupe cette élection, on n’aura une autre chance qu’en 2027. Ce sera trop tard », confie-t-il. © Justine Guitton-Boussion/Reporterre

« J’ai envie qu’on nous écoute, a abondé Juliette, militante de 24 ans. On n’est peut-être que douze à faire cette grève de la faim, mais on est 300 000 à vouloir ce rassemblement ! »

Juliette, 24 ans, vit à Lyon. Elle vient de finir ses études de droit du climat. Une grève de la faim ? « C’est malheureux d’en arriver là quand on a 24 ans. Mais aux grands maux, les grands remèdes. » © Justine Guitton-Boussion/Reporterre

D’ailleurs, l’élection présidentielle n’intéresse pas que dans l’Hexagone. Yéléna, une des grévistes, vit à Bruxelles. « On vit tous sur la même planète, donc l’enjeu de ce scrutin est important pour tout le monde, a déclaré cette Franco-belge de 22 ans. La crise climatique ne s’arrête pas aux frontières. »

Yéléna, 22 ans, habite à Bruxelles. Elle est préoccupée par l’issue de l’élection présidentielle française car « la crise climatique ne s’arrête pas aux frontières. » © Justine Guitton-Boussion/Reporterre

Faim d’une autre politique

Le menton haut, l’air déterminé, les grévistes semblaient prêts à affronter ces prochains jours sans se nourrir. « Mes enfants me disent que je vais avoir mal à la tête et au ventre, a témoigné Pierre Larrouturou. C’est vrai, mais je pense aux centaines de morts qu’il y aura dans le monde, parce qu’ils n’auront pas assez d’eau ou de quoi se nourrir à cause du changement climatique. Ce n’est pas l’avenir de Jadot ou d’Hidalgo qui se joue, c’est l’avenir de l’humanité. »

Rémy, Parisien de 25 ans, travaille dans l’audiovisuel. Il aborde cette grève de la faim sans appréhension : « Je suis en phase avec mes convictions. » © Justine Guitton-Boussion/Reporterre

« Je n’ai pas d’appréhension, je suis en phase avec mes convictions, a ajouté Rémy, militant de 25 ans. Je me sens entier. » D’après Anne Hessel, fille du résistant Stéphane Hessel, cette action permet de « porter une parole de résistance ». « La seule chose sur laquelle j’ai du pouvoir, c’est mon corps. La grève de la faim, c’est un acte de désobéissance civile et un symbole », a poursuivi Arnaud, militant venu de Poitiers. Il a expliqué être « écœuré » des politiques menées jusqu’ici et avoir « faim d’autre chose, de justice sociale, d’arrêt de la précarité ».

Anne Hessel, 75 ans, est la fille du résistant Stéphane Hessel. « Le but de cette grève de la faim n’est pas de me mettre en danger, mais de soutenir les autres militants, et de porter une parole de résistance. » © Justine Guitton-Boussion/Reporterre

Les inscrits pourront tout de même donner une voix à Yannick Jadot ou Jean-Luc Mélenchon, du 27 au 30 janvier, même si ces derniers refusent de s’engager dans la Primaire populaire. La suite dépendra d’eux : ou les perdants se rangeront derrière le gagnant, ou la division continuera. « On espère que cette violence qu’on inflige à nos corps fera réagir les candidats », souffle Yéléna.

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