« Pour la justice et l’écologie » : elles et ils disent pourquoi faire la « Fête à Macron »

5 mai 2018 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Ce samedi 5 mai, « la Fête à Macron » se tiendra à partir de midi, à Paris, place de l’Opéra. Après un pique-nique, le cortège s’élancera en direction de la place de la Bastille. Reporterre a interrogé six participants de la manifestation, qui disent pourquoi ils veulent faire sa « fête à Macron ».

« Faire nombre, renverser un peu le rapport de force »

  • Johanna Silva est attachée parlementaire et membre de l’équipe du journal Fakir, impliquée dans l’organisation de l’évènement

    Les cheminots, Air France, les Ehpad… on sentait la sauce monter, alors on s’est dit merde, qu’est-ce qu’on peut bien apporter ? Manifester un samedi, c’est l’occasion de faire nombre, de renverser un peu le rapport de force, de montrer qu’il y a plein de gens qui se reconnaissent dans les luttes menées en ce moment et n’osent pas forcément faire grève, notamment dans le privé. Le 5 mai, on a l’occasion d’être tous ensemble, au même endroit, au même moment, avec le premier anniversaire de Macron à la présidence pour dénominateur commun. Tout en sachant qu’il n’est qu’un symbole du monde de la finance, des patrons (…). On a choisi de jouer sur la polysémie du mot « fête » avec, dans l’idée, de faire une mobilisation des plus joyeuses et revendicatives.
    L’écologie est prégnante et sera représentée dans le cortège. Elle devrait innerver toutes les politiques et ne devrait même plus être représentée par un ministère. La transition écologique et la justice sociale devraient être les deux principes qui régissent la politique du gouvernement. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas et il faut vite que ça change. »


« Si ça continue, il n’y aura plus de planète pour faire des profits »

Loïc Canitrot, en janvier, à Paris.
  • Loïc Canitrot est membre de la compagnie Jolie môme, impliquée dans l’organisation de l’évènement.

    Nous avons bien identifié, tous autant que nous sommes, grévistes, postiers, cheminots, électriciens gaziers, sans-papiers (…) qu’il était temps de nous fédérer face à un adversaire commun qui, entre Bercy, l’Élysée et le Medef, est représenté par Macron. Dans cette manifestation pot-au-feu, chacun vient avec ses ingrédients pour faire déborder la marmite : ses colères, ses espoirs, ses propositions pour poser les bases d’autre chose.
    La dimension écologique n’est pas étrangère à ces combats et à ces fils de pensée, à travers les luttes en cours — Bure, Notre-Dame-des-Landes, les cheminots — et l’idée que le capitalisme macronien nous mène droit vers la rupture avec la nature et la planète. Cette politique crée des déséquilibres majeurs à l’échelle de la planète et, si ça continue, il n’y aura plus de planète pour faire des profits. Manifester un samedi, c’est aussi créer un espace de rencontre entre ceux qui luttent déjà et ceux qui devront lutter bientôt »


« Mille raisons de faire la fête à Macron »

  • Marion Rivet est étudiante.

    Il y a mille raisons de faire la fête à Macron. L’évènement de ce samedi est la seule date posée pour une manifestation nationale avec montée sur Paris. Des cars vont pouvoir converger de toute la France et, si on parvient à un effet de masse, on pourra cristalliser toute cette opposition contre Macron et son monde. Le cortège étudiant sera bien visible pour représenter notre mobilisation actuelle, notre lutte pour en finir avec la loi Vidal et pour encourager et mettre en avant un autre modèle de société. L’écologie est présente dans nos revendications, comme elle l’était au sein de nos occupations, notamment au fil des cours qui étaient proposés. Lutter contre les réformes ultralibérales de Macron, c’est aussi lutter contre des réformes qui sont anti-écologiques.
    Cette date va permettre à tous ceux qui n’ont pu participer à nos dernières mobilisations de manifester leurs désaccords, je pense notamment aux lycéens de banlieue. Dans les facs, aussi, beaucoup de gens étaient contre le plan des étudiants, mais pas forcément d’accord avec nos modes d’action : blocage et occupation. Ils vont pouvoir participer, et se rendre compte de l’importance de l’opposition. »


« Une dégradation de la politique gouvernementale sur le plan social et environnemental »

À Montreuil, en décembre 2015, lors de la COP21.
  • Gabriel Mazzolini est chargé de mobilisation aux Amis de la Terre France.

    En réalité, la question climatique a été posée par Macron lui-même, il y a un an, avec son coup de com’ « Make the planet great again ». Un an plus tard, force est de constater que le compte n’y est pas. On assiste à une dégradation de la politique gouvernementale sur les plans social et environnemental. La justice climatique et la justice sociale sont intrinsèques, indissociables et il est important qu’elles marchent main dans la main. Le cas des cheminots est central et typique du lien intime qui existe entre ces deux notions : on devrait s’inspirer de leur statut pour penser les emplois du futur, et les trains — beaucoup moins polluants que la voiture individuelle ou l’avion — doivent être accessibles au plus grand nombre. Dans cette société future, on aura besoin de plus de cheminots, de services publics, d’accessibilité aux transports ferroviaires. Pourtant, la tendance est au démantèlement de ces services, à la précarisation des statuts de ceux qui travaillent dans ces secteurs vitaux pour une transition écologique et sociale. Ce gouvernement se targue d’être leader sur les questions climatiques, mais ses politiques sont en contradiction totale avec ce discours. »


« Le monde que construit Macron est très patriarcal »

  • Heloïse Duché est militante féministe et signataire de la tribune « Nous, féministes, ferons la fête à Macron le 5 mai » publiée dans Mediapart.

    Le monde que construit Macron n’est pas seulement libéral et antisocial, il est aussi très patriarcal. Depuis son arrivée au pouvoir, il a baissé le budget alloué aux droits des femmes, n’a pas offert de véritables moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes, a précarisé les plus vulnérables d’entre nous, méprisé les organisations féministes de terrains… Il appartient aux mouvements féministes de lutter contre Macron et son monde. Le mouvement social devra être féministe pour gagner. Les féministes, comme les écologistes, ont un rapport au pouvoir et une réflexion autour du changement de société qui est utile à la réflexion du mouvement social. L’appel initial à une mobilisation le 5 mai ne mentionnait pas les luttes féministes comme étant légitimes et ayant toute leur place dans un cortège de lutte contre Macron et son monde. Pourtant, en ce moment, il y a un vrai renouveau des luttes féministes dans le pays, une forme de bouillonnement d’initiatives, présentes notamment dans les mouvements étudiants. »


« La qualité des soins est menacée »

Le 19 avril à Paris.
  • Catherine Fayet est infirmière syndiquée Sud-Santé.

    La fête à Macron est l’occasion d’alerter le plus grand nombre sur nos luttes du moment. Il y a urgence. Le secteur de la santé, les hôpitaux, les Ehpad, sont confrontés à des suppressions de poste massives, des fermetures de lit, des fermetures de services, des fermetures d’hôpitaux… Les urgences sont pleines à craquer. En 2017, nous avons pu comptabiliser près de 700 conflits et luttes, rien que dans le secteur de la santé. Or, ces luttes sont souvent invisibilisées, on ne les voit pas, on n’en parle pas. Au-delà des conditions de travail qui en pâtissent grandement, la qualité des soins est pourtant directement menacée, le patient trinque et nos directions n’ont aucune marche de manœuvre. Je travaille dans le 91 et, dans le nord de l’Essonne, trois hôpitaux vont fermer au détriment d’un seul, sur le plateau de Saclay. Résultat : moitié moins de lits et 500 équivalents temps pleins en moins. On a des propositions pour faire face à la crise sanitaire, à la crise de nos métiers, à la crise de l’hôpital. On aimerait être entendus et on sera là, ce samedi, avec ou sans étiquettes, et avec nos blouses. »


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Lire aussi : Lancement dans l’enthousiasme du « Grand débordement » du 5 mai

Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos :
. chapô : Le 19 avril à Paris. © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre
. Loïc Canitrot : © Lorène Lavocat/Reporterre
. justice climatique : Flickr (Takver/CC BY-SA 2.0)
. 19 avril : © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre

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